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La présence africaine au Mexique, nouvelles perspectives
Publié: 13/07/2011
Source: Valérie Guillamo

Costa chica carréeIl y a t-il une présence noire au Mexique ? Dans quelle mesure l’influence afro a contribué à la création des nations en Amérique latine ? Voilà les questions auxquelles s’attachent à répondre deux chercheuses françaises Elisabeth Cunin et Odile Hoffmann à travers deux ouvrages publiés en espagnol dans la collection Africanía.

À travers la compilation d’articles de plusieurs chercheurs internationaux, les ouvrages abordent le thème de l’héritage africain dans les pays latino-américains et caribéens depuis l’époque de la colonisation jusqu’aujourd’hui. Se concentrant particulièrement sur l’Amérique centrale et le Mexique, une facette d’habitude moins étudiée, les auteures mettent en exergue la contribution des Africains et de leur descendance dans la construction des nations.

Revendiquer l’importance de la tercera raíz, l’influence africaine au Mexique et en Amérique centrale, voilà ce que les auteurs cherchent à accomplir dans leurs recherches. Tout au long des pages de « Mestizaje y diferencia : lo « negro » en América Central y el Caribe et Política e identidad, afrodescendientes en México y en América Central (références complètes au bas de l’article), les deux chercheuses françaises démontrent que l’influence africaine est souvent marginalisée, au point que la majorité des gens ne définit le pays et la région souvent que comme la rencontre entre les peuples autochtones et les Espagnols. Leur objectif : lutter contre l’idée reçue qu’au Mexique, si l’on fait partie d’un groupe ethnique, c’est qu’on est forcément « indien ».

De l’importance de l’influence africaine au Mexique

À Veracruz par exemple, qui fut le premier port d’entrée du pays des esclaves venant d’Afrique, la tradition jarocha, les musiques métisses originaires de Cuba comme le danzón ou le son montuno, sont autant de traits culturels du métissage mexicain mis en avant par les politiques publiques comme stratégie politique et touristique et qui occultent parfois peut-être la réalité d’une communauté afro-descendante dont on sait finalement peu de choses.

Ou sur la Costa Chica du Pacifique dans les Etats de Guerrero et de Oaxaca, où surgissent actuellement les mouvements de reconnaissance ethnique et politique les plus dynamiques. Impulsé par le programme de la « Tercera raíz » qui a vu le jour dans les années 1980, les gouvernements locaux avancent de plus en plus vers une reconnaissance de la population d’origine africaine. Notamment, bien qu’il n’y ait pas encore aujourd’hui de recensement officiel des Afro-descendants dans le pays, des universitaires du monde entier étudient le phénomène de la Costa Chica et les populations s’organisent progressivement sur le plan politique, comme dans le Guerrero où plusieurs communes se sont déclarées « afro-mexicaines ».

Enfin, comme dernier exemple, à Mexico où la Santería, cette religion – exemple même du syncrétisme – venant de Cuba, derrière laquelle chaque saint catholique se cache une divinité aux origines africaines, connaît un succès grandissant et revendique des origines directement africaines plutôt que caribéennes.

Une coopération scientifique franco-mexicaine

Fruit d’une coopération entre la France et le Mexique, les deux ouvrages ont été publiés aux côtés de deux autres livres de la collection compilés par des chercheurs mexicains, María Elisa Velázquez et Juan Manuel de la Serna. Les ouvrages sont tous publiés par el Instituto Nacional de Antropología e Historia (INAH), la Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM), l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et le Centre d´Études Mexicaines et Centraméricaines (CEMCA).

Des ouvrages académiques complets et plutôt denses donc qui s’adressent principalement aux initiés ainsi qu’aux chercheurs et étudiants s’intéressant à la question. Les livres de la collection Africanía ont le mérite cependant d’aborder ce thème de l’héritage africain au Mexique, souvent négligé et bâclé, à partir de perspectives nouvelles, en séparant le niveau politique du culturel et en analysant les problèmes actuels de discrimination, de racisme et d’instrumentalisation de « l’identité noire », pour lutter contre les aprioris.

Alors qu’une traduction en anglais est en cours de préparation, on regrette qu’une publication en français ne soit pas à l’ordre du jour. Vous pouvez trouver les deux ouvrages d’Odile Hoffmann et d’Elisabeth Cunin ainsi que le reste de la collection Africanía à Mexico à la représentation de l’IRD au Mexique (Anatole France No. 17, Col. Chapultepec Polanco, C.P. 11560, México, D.F., Tel. 52 82 06 36 poste 11) ainsi que prochainement dans les librairies de l’INAH et de l’UNAM.

Pour plus d’information sur le sujet, contactez le programme Afrodesc :

afrodesc8@gmail.com
http://www.ird.fr/afrodesc/

Valérie Guillamowww.legrandjournal.com.mx

Source photo : phylevn sur FlickR

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Mestizaje y diferencia : lo « negro » en América Central y el Caribe, Elisabeth Cunin, Coédition : Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos – Institut de Recherche pour le Développement – Instituto Nacional de Antropología e Historia – INAH, Universidad Nacional Autónoma de México – Colección Africanías, 336 pp., 2010

Política e identidad, afrodescendientes en México y en América Central, Odile Hoffmann, Coédition : Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos – Institut de Recherche pour le Développement – Instituto Nacional de Antropología e Historia – INAH, Universidad Nacional Autónoma de México – Colección africanía, 343 pp., 2010

De la libertad y la abolición: africanos y afrodescendientes en Iberoamérica, Juan Manuel de la Serna, Coédition : Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos – Institut de Recherche pour le Développement – Instituto Nacional de Antropología e Historia – INAH, Universidad Nacional Autónoma de México – Colección Africanías, 284 pp, 2010

Debates históricos contemporáneos: africanos y afrodescendientes de México y Centroamérica, María Elisa Velázquez, Coédition : Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos – Institut de Recherche pour le Développement – Instituto Nacional de Antropología e Historia – INAH, Universidad Nacional Autónoma de México – Colección Africanías, 2010