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Culture – Le MuCEM, nouveau phare de Marseille
Publié: 15/07/2015
Source: Revue de Presse

050_ONLY_0151585_0Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) est l’un des derniers grands chantiers culturels de la décennie. Le nouveau musée ouvrira ses portes au public ce vendredi 7 juin, soit au beau milieu de l’année célébrant Marseille et la Provence, en tant que capitale européenne de la culture.

D’un coût de 167 millions d’euros, c’est un projet financé à 65 % par l’État et à 35 % par les collectivités locales, le département et la région. Qui sait quand la France disposera à nouveau d’un tel budget pour promouvoir l’art?

Situé au bord de l’eau, le MuCEM est d’abord un grand geste architectural dû à Rudy Ricciotti. Les 44.000 m2, recouverts d’une résille en béton tenant du moucharabieh, sont reliés au fort Saint-Jean par une passerelle. Le vieux fort a été réhabilité, et le tout crée un ensemble ouvert sur la ville, qui sera entièrement consacré à des expositions, des ­débats et des concerts. Déjà, les promeneurs viennent au pied du bâtiment, empruntant un chemin jusque-là dédaigné. Le MuCEM a reconfiguré la zone du port, changeant une des faces de la Cité phocéenne.


Le MuCEM ouvre ses portes à Marseille por lemondefr

Une galerie permanente déroutante

À l’intérieur, tout est gris et noir, de la couleur des galets polis par le ressac. L’architecte voulait protéger les œuvres et les visiteurs du soleil, tout en le laissant filtrer par les résilles – de quoi faire une «casbah verticale», selon son expression. Il voulait également que le bâtiment semble érigé au milieu de l’eau. Ce qui fut fait: la vue sur la mer est exceptionnelle, surtout depuis la terrasse située sur le toit, qui a été investi par le chef étoilé Gérard Passédat.

Au rez-de-chaussée du musée, une galerie permanente, dite de la Méditerranée, explique aux visiteurs la singularité et la diversité de ce monde. Présentée en quatre parties, elle n’est pas d’un abord très évident, même si le déploiement de très beaux objets, au sein d’une scénographie élégante, permet de glisser d’une partie à l’autre. Invention de l’agriculture, partie consacrée à Jérusalem – où les trois religions monothéistes puisent leur source -, salle consacrée à la citoyenneté – appuyée sur des collections grecques – et dernier espace autour de la découverte des routes maritimes: si les choix prennent tout leur sens une fois expliqués, ils donnent parfois le tournis. D’autant que, çà et là, des œuvres contemporaines s’invitent, créant une surprise de plus. L’espace permanent est par ailleurs présenté comme temporaire…

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À l’étage, deux grands espaces d’expositions temporaires sont prévus, qui s’ajoutent à ceux du fort Saint-Jean. Remplir le tout est l’un des défis du musée. Car ses collections (250.000 objets) sont à la fois riches et pauvres. Riches, car elles s’appuient sur le patrimoine de l’ancien Musée des arts et traditions populaires (ATP), autrefois situé à Paris, dans le bois de Boulogne, ainsi que sur une partie des collections de l’ancien Musée de l’homme. Ces dernières années, des acquisitions ont également étoffé le fonds.

Jouets anciens et costumes de paysans

Pauvres, parce que ces milliers d’objets n’ont pas tous trait à l’Europe et à la Méditerranée. La vocation des ATP était d’exposer le patrimoine rural de la France. Dans les caisses du centre de réserves du MuCEM, se trouvent donc des centaines de jouets anciens, de costumes de paysans et de meubles traditionnels des différentes régions françaises. «On peut toujours estimer qu’une collection est lacunaire, rétorque sa responsable, Émilie Girard. Mais on peut aussi construire un message avec ce que l’on a.» La conservatrice, bonne connaisseuse de son fonds, escompte par exemple monter deux expositions en 2014, puis en 2015, sur les carnavals, puis sur l’image du divin. «Notre budget d’acquisitions s’élève à 300.000 euros. Il nous permettra de compléter si besoin est», explique-t-elle.

«Le MuCEM est un musée de société et d’idées, un genre qu’il faut réinventer», poursuit pour sa part Bruno Suzzarelli, son président, lassé de se voir renvoyer à un «musée de collections d’armoires normandes». Il voit le nouvel établissement comme porteur d’un rôle politique, autant qu’artistique. «Si on arrive, grâce à la culture, à rapprocher des civilisations et des sociétés, alors on aura réussi», plaide-t-il. Environ 300.000 visiteurs sont attendus en 2013, et au moins autant en 2014. Le musée devrait contribuer au développement touristique de Marseille, qui n’est pour l’instant pas à la hauteur. «Un grand équipement comme celui-ci peut aussi aider à modifier l’image de la ville, et inciter les entreprises à s’y implanter», explique encore Bruno Suzzarelli ; il y a un autre Marseille que celui de la criminalité ou d’un certain laisser-aller.

Source – Le Figaro.fr