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Dossier – Pourquoi Michelin, Renault et PSA investissent en Amérique latine !
Publié: 13/07/2016
Source: Le Grand Journal

Publicité Michelin au Mexique (2016)

Michelin annonce 450 millions d’euros d’investissement au Mexique. Renault lance son pick-up Alaskan produit aussi au Mexique et bientôt en Argentine. PSA prévoit seize nouveaux modèles. Mais pourquoi les Français investissent-ils donc dans une Amérique latine en crise?

Le fabricant de pneus auvergnat a annoncé ce lundi 450 millions d’euros d’investissement à Leon (région centrale de Guanajuato au Mexique) pour produire 4 à 5 millions d’unités annuelles dès la fin 2018. Le constructeur automobile au losange a, pour sa part, dévoilé la semaine dernière à Medellin (Colombie) son nouveau pick-up Alaskan, produit à Cuernavaca (Mexique) et bientôt également à Cordoba (Argentine). Pour sa part, PSA a annoncé seize lancements de nouveau véhicules sur place d’ici à 2021.

Marché en baisse de 8%

Constructeurs et fournisseurs continuent donc de parier sur le sous-continent. Pourtant, « le marché auto latino-américain aura baissé d’un million de véhicules en trois ans, à 5,2 millions attendus en 2016, avec une baisse de 8% encore prévue cette année », assure Olivier Murguet, Directeur Amériques de Renault. Et, au Brésil, il aura carrément chuté de 50% par rapport au record de 2012. Soit sa quatrième année consécutive de baisse.

Seulement, voilà, le marché finira par repartir. Il pourrait peser structurellement  la moitié du gâteau européen à moyen terme, Il recèle un grand potentiel. « La Colombie, par exemple, ne compte que 86 voitures pour 1.000 habitants, pour une moyenne de presque 600 en Europe, 770 aux Etats-Unis », explique-t-on chez Renault. Il y a donc de la marge. « Le potentiel de croissance en Amérique Latine est énorme: il dépend essentiellement de la résolution de la crise politique au Brésil. Le taux d’équipement y reste très faible« , renchérit Carlos Gomes, Directeur de PSA en Amérique latine.  « Je ne vois pas l’Amérique Latine comme un nouvel eldorado pour l’automobile, mais il y a des affaires à faire« , confie-t-il.

Profits pour Fiat dans les belles années

Et, si le marché est extrêmement cyclique, il peut permettre aussi de gagner beaucoup d’argent dans les années fastes. Les bénéfices de Fiat – numéro un au Brésil – en tout début de décennie lors de la forte croissance du marché, avaient permis à la firme italienne de compenser presque ses difficultés en Europe. Et, même dans les années noires comme c’est le cas actuellement, Renault et depuis peu PSA affirment être rentables.

Par ailleurs, le Mexique est, indépendamment de son marché intérieur majeur – c’est le deuxième derrière le Brésil -, très exportateur. Le nouveau pick-up Renault Alaskan est ainsi produit à Cuernavaca pour être vendu sur tous les marchés latino-américains. Le Mexique est aussi de longue date une base industrielle à bas coûts pour des ventes aux Etats-Unis. Le nouveau site de Michelin servira ainsi à alimenter en pneumatiques haut-de-gamme les marchés d’Amérique du nord.

Les constructeurs automobiles français se sont précocement installés en Argentine, dès les années 60. Ils sont arrivés au Brésil au tournant des années 90 et 2000. PSA est en revanche industriellement absent du Mexique. Et Renault n’y est que faiblement présent à travers son allié Nissan, lequel dispose de deux usines (Cuernavaca et Aguas Calientes).

Coûts logistiques, variations monétaires

Renault compte vendre « 340 à 350.000 unités en Amérique latine en 2016″, prévoit Olivier Murguet. Le Brésil reste le deuxième débouché de Renault, derrière la France. PSA y a écoulé l’an passé 157.000 unités, contre il est vrai 303.000 en 2013! Marché complexe et volatile, l’Amérique latine demande aux constructeurs d’avoir un taux d’intégration local de plus en plus élevé. Et ce, pour échapper aux nombreuses variations monétaires, aux droits de douane et aux coûts logistiques très élevés.

« Il est parfois moins cher de faire traverser l’Atlantique à une voiture que de la transporter d’un bout à l’autre du Brésil« , explique Carlos Gomes.  « Le taux d’intégration locale (pour PSA) est de 70% et notre but est d’arriver à 85% en 2021 pour les produits déjà fabriqués et à 90% pour les nouveaux modèles », assurait ainsi dernièrement Carlos Tavares, président de PSA, dans une interview au magazine économique brésilien Exame.