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Ayotzinapa – Deux ans après la disparition des 43 étudiants, que sait-on du drame ?
Publié: 27/09/2016
Source: Le Grand Journal
223240_Xalapa_Marcha_Estudiantes10Deux ans après la disparition de 43 étudiants de l’Ecole Normale d’Ayotzinapa, dans l’Etat du Guerrero, au Mexique, le Mexique cherche toujours des réponses. Entre commémorations et accusations: recherche de la vérité !

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté ce dimanche dans différentes villes du pays, et une nouvelle marche se tiendra ce lundi à Mexico, pour réclamer la vérité. Deux ans jour pour jour après la disparition de 43 étudiants dans la localité d’Iguala, enlevés par la police locale, le peuple mexicain veut savoir.

42 corps introuvables

Le 26 septembre 2014, un groupe d’étudiants de l’Ecole Normale d’Ayotzinapa, réputée pour son militantisme, se rend dans la ville d’Iguala pour y manifester contre le gouvernement et commémorer le massacre d’étudiants ayant eu lieu le 2 octobre 1968.

Arrêtés puis enlevés par la police locale, avec l’aide du cartel Guerreros Unidos (Guerriers Unis, allusion également à l’Etat où le cartel est présent, du nom de Guerrero), de nombreux étudiants mexicains disparaissent. Un seul corps a depuis été identifié, celui d’Alexander Mora Venancio, âgé de 19 ans. Les 42 autres corps restent introuvables.

Pas de conclusions

Deux ans plus tard, l’enquête est toujours en cours. La Commission nationale des droits de l’homme a rappelé que ces crimes « ne pouvaient rester impunis », et a demandé à l’Etat mexicain de « faire la lumière » pour que les responsables répondent de leurs actes devant la loi et la société.

De nombreux points restent à éclaircir, dont le(s) lieu(x) où les étudiants ont été emmenés après leur kidnapping. « Pour la Commission nationale des droits de l’homme, il est important que la vérité soit connue, que les droits des victimes puissent être réparés, et que des mesures soient prises pour éviter de nouveaux crimes de ce genre », a estimé l’organisme dans un communiqué.

Symbole

La disparition des 43 étudiants a suscité un véritable émoi dans l’ensemble du pays, au point de faire vaciller le président Enrique Peña Nieto. Cette histoire révèle surtout les collusions entre les différentes sphères du pouvoir avec les cartels du pays, la corruption et l’immobilisme dans la lutte contre ces groupes armés.

La pression populaire parviendra-t-elle à faire avancer l’enquête ? Pour l’heure, 128 personnes ont été arrêtées, dont 70 directement accusées d’avoir participé à la séquestration et à la disparition des 43 étudiants. Parmi elles, 30 sont membres du cartel Guerreros Unidos et fonctionnaires de l’Etat mexicain, dont le maire de l’époque José Luis Abarca.

Article du 24 janvier 2016 – Ayotzinapa – Trois suspects arrêtés et l’enquête continue…!

5607071760200mexique-pancarteLes autorités mexicaines ont arrêté trois nouveaux suspects dans l’enquête sur la disparition de 43 étudiants de l’école d’Ayotzinapa, une affaire qui secoue encore le pays et l’opinion internationale.

Les trois hommes, dont l’un est âgé de 19 ans, suspectés de faire partie d’un groupe criminel, ont été arrêtés à Iguala, dans l’État de Guerrero (sud), la ville où les élèves-enseignants avaient disparu le 26 septembre 2014.

Deux des suspects auraient reçu les étudiants «des mains de la police municipale d’Iguala», a indiqué le responsable national de la sécurité, Renato Sales, lors d’une conférence de presse.

Le troisième homme, âgé de 40 ans, est le «principal» suspect dans le meurtre de Julio Cesar Mondragon, un étudiant dont le corps avait été retrouvé le visage écorché, a indiqué M. Sales.

Au total, 113 personnes ont été détenues depuis le début de cette affaire qui a provoqué une indignation internationale et généré de nombreuses critiques à l’encontre du gouvernement du président Enrique Pena Nieto.

Venus manifester à Iguala, les élèves de l’école normale d’Ayotzinapa avaient été attaqués par des policiers municipaux qui les auraient ensuite livrés à un cartel de la drogue. Les membres de ce groupe criminel les auraient alors assassinés puis brûlés dans une décharge, selon la version des autorités.

Les familles des étudiants et des enquêteurs indépendants ont toutefois remis en cause cette version. Les autorités judiciaires mexicaines ont accepté de créer une unité spéciale chargée de poursuivre l’enquête et d’ouvrir de nouvelles pistes d’investigation.

Article du 26 septembre – Ayotzinapa – Un an après, des milliers de personnes défilent à Mexico ! (Video)

Des milliers de personnes défilaient samedi à Mexico au côté des parents des 43 étudiants disparus pour marquer le premier anniversaire d’une tragédie qui a suscité une émotion internationale et porté un coup à la crédibilité du gouvernement Peña Nieto. 

« Ils les ont emmenés vivants, nous les voulons vivants! » criaient les manifestants de cette « marche de l’indignation », partie des abords de la résidence présidentielle de Los Pinos en direction de la place du Zocalo, dans le centre historique de Mexico.

« Crime d’Etat », « Dehors Peña (Nieto) » pouvait-on lire sur certains panneaux brandis par les manifestants, qui défilaient derrière les parents des 43 disparus. »Nous sommes venus avec une soif de justice, il ne peut y avoir d’impunité. Derrière les 43, il y a des milliers de disparus », indiquait à l’AFP Sofia Rojas, une étudiante de l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM). « Le Mexique est triste car il lui manque plus de 20.000 de ses enfants » pouvait-on lire sur une autre pancarte.

Grève de la faim des parents des étudiants

Les parents, venus de l’Etat du Guerrero (sud) déchiré par les violences, sont arrivés mercredi dans la capitale où ils ont mené une grève de la faim de 43 heures. Le président Enrique Peña Nieto a reçu ces familles pour la deuxième fois en un an pour leur dire que l’enquête se poursuivait. « Nous sommes du même côté », leur a-t-il déclaré. « Nous cherchons ensemble la vérité. » « A un an de ces faits tragiques, je réitère l’engagement du gouvernement mexicain d’établir la vérité et la justice » sur ce drame, a tweeté le président Peña Nieto avant de partir pour New York où il assistera à l’Assemblée générale des Nations unies.

Le président a ordonné la création d’une unité spéciale chargée d’enquêter sur les nombreuses disparitions dans le pays, plus de 20.000 selon les chiffres officiels. Mais les parents, qui ont remis une liste de huit exigences, ont exprimé leur déception et se sont engagés à continuer à mettre la pression sur le gouvernement. « Nous n’allons pas nous reposer, nous serons un caillou dans sa chaussure », a déclaré Maria de Jesus Tlatempa, mère d’un des étudiants. Les familles exigent notamment des autorités judiciaires qu’une unité spéciale uniquement dédiée au cas des 43 étudiants soit constituée et placée sous supervision internationale.

60.000 fragments d’os examinés

Les élèves-enseignants de l’école d’Ayotzinapa ont disparu dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014 alors qu’ils se rendaient à Iguala (sud) pour s’emparer d’autobus et collecter de l’argent avant une manifestation dans la capitale. Ils ont alors été attaqués par des policiers municipaux d’Iguala qui ont tué trois d’entre eux avant de les livrer au cartel de la drogue Guerreros Unidos. Ce dernier les aurait tués avant de les incinérer dans une décharge, selon la version officielle.

Les restes d’un étudiant ont pu être identifiés grâce à son ADN par un laboratoire autrichien et les autorités ont annoncé la semaine dernière avoir « possiblement » identifié les restes d’un deuxième disparu. Des responsables ont annoncé vendredi que 60.000 autres fragments d’os étaient actuellement examinés.

La version officielle remise en cause

Mais les parents ont toujours rejeté la version officielle et récemment un groupe d’experts indépendants de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) a indiqué qu’il n’y avait pas de preuves que ces étudiants avaient été incinérés dans une décharge et demandé à ce que de nouvelles pistes soient explorées. « Nous sommes dans une voie sans issue car il n’y aura jamais une version des faits qui sera acceptée par tous », commente Jose Antonio Crespo, expert politique au Centre de recherche et d’enseignement économiques (Cide).

Le gouvernement « portera la marque négative » de ce drame jusqu’à la fin de son mandat en 2018, « comme ce fut le cas pour le gouvernement Gustavo Diaz Ordaz », ajoute Jose Antonio Crespo, en référence au massacre d’étudiants survenu en 1968 lors d’une manifestation dans la capitale.

Dossier rédigé par la rédaction web iTELE avec AFP