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Dossier Ayotzinapa – Démission du responsable de l’enquête !
Publié: 16/09/2016
Source: Le Grand Journal

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Le responsable de l’enquête sur la disparition de 43 étudiants au Mexique en 2014 a présenté sa démission, a annoncé mercredi le ministère mexicain de la Justice dans un communiqué.

Le procureur général, Mme Arely Gomez, a accepté la démission de Tomas Zeron de son poste de directeur des enquêtes criminelles au sein du ministère, deux semaines avant le second anniversaire de la tragédie.

Mme Gomez a « reconnu les efforts » de M. Zeron et lui a souhaité « succès dans ses projets personnels et professionnels », signale le communiqué, sans toutefois préciser les raisons de cette démission.

Les parents des 43 étudiants avaient exigé ce départ. Ils critiquaient la manière dont M. Zeron avait dirigé l’enquête sur la disparition, dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014 à Iguala, dans l’Etat de Guerrero (sud), de ces élèves-enseignants de l’école d’Ayotzinapa.

En avril dernier, les autorités judiciaires avaient ouvert une enquête interne sur diverses irrégularités commises sur la scène supposée de crime par l’équipe de Zeron. Une source gouvernementale a indiqué à l’AFP que cette investigation interne était « toujours en cours ».

Cette procédure faisait suite à certaines irrégularités pointées par des experts indépendants étrangers, membres de la commission interaméricaine des droits de l’Homme. Elles visaient notamment la façon dont un fragment d’os calciné, provenant d’un des étudiants, avait été retrouvé dans une rivière en octobre 2014, les experts reprochant à Zeron de n’avoir pas respecté « les protocoles internationaux minimums ».

Ils avaient également signalé que, selon un rapport médical, le suspect ayant conduit le chef de l’enquête à cette rivière présentait des blessures suggérant qu’il avait été torturé.

M. Zeron avait fortement rejeté ces critiques.

Ce fragment d’os, dont l’ADN a été analysé par un laboratoire autrichien, reste à ce jour la seule trace d’un des 43 étudiants disparus.

Selon la version officielle, des policiers municipaux corrompus d’Iguala auraient livré les étudiants au cartel de drogue des « Guerreros Unidos », qui les auraient assassinés puis incinérés dans une décharge, avant de disperser leurs restes dans une rivière.

Les enquêteurs indépendants ont cependant estimé qu’une incinération de cette ampleur ne pouvait avoir eu lieu à cet endroit.

La disparition des 43 étudiants en 2014 avait provoqué un tollé international et une grave crise politique deux ans après l’élection d’Enrique Peña Nieto aux fonctions de président.

Article du 17 avril 2016 – La Commission nationale des droits de l’homme enquête !

Deux officiers fédéraux auraient participé à la disparition de 43 étudiants au Mexique en 2014, a révélé jeudi 14 avril la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH).

C’est la première fois que cet organisme d’Etat accuse la police fédérale dans cette affaire qui fait grand bruit dans le pays.

Les conclusions de la CNDH se fondent sur les témoignages d’une source qui n’a pas été publiquement identifiée en conférence de presse. Si on savait que les élèves-enseignants de l’école d’Ayotzinapa avaient été attaqués par des agents municipaux corrompus à Iguala dans le sud du pays, l’implication de membres des forces de l’ordre fédérales était, en revanche, inconnue.

De son côté, la police fédérale a estimé quelques heures après ces révélations que les investigations de l’organisme n’apportaient rien de nouveau au dossier. Tous ses agents présents dans le secteur lors de la disparition avaient témoigné.« Pour le moment, leur responsabilité n’a pas été prouvée. »

Selon la commission, le témoin a relevé la présence de deux officiers fédéraux à l’endroit où un bus transportant entre 15 et 20 étudiants a été stoppé par des policiers locaux. D’après les détails fournis par la CNDH, les policiers fédéraux auraient demandé à leurs homologues municipaux ce qui se passait après que ces derniers eurent immobilisé l’un des autocars en tirant notamment dans les pneus.

L’un d’eux aurait alors expliqué que les jeunes gens allaient être envoyés à Huitzuco, une ville voisine, où « le boss » (le patron) allait « décider quoi faire avec eux ». Les policiers fédéraux auraient répondu, « OK, c’est bon », avant de les laisser les emmener.

Cette version des faits pourrait fournir une nouvelle piste de recherche aux autorités qui ont toujours affirmé que les élèves-enseignants d’Ayotzinapa avaient été incinérés dans la décharge de la ville de Cocula, ce qu’avaient remis en question des experts de la Commission interaméricaine des droits de l’homme.

Cette révélation intervient après une série de vives critiques formulées par des organisations des droits de l’homme et des enquêteurs indépendants à l’encontre de l’enquête officielle. Cela « confirme la participation de plusieurs corporations policières locales et fédérales, et la nécessité de poursuivre l’investigation », a réagi de son côté l’avocat des familles des 43 disparus, Vidulfo Rosales.

Les autorités judiciaires mexicaines ont pour leur part assuré qu’elles allaient« approfondir cette piste de l’enquête » et qu’elles allaient prendre des mesures pour assurer la sécurité du témoin.

La disparition de ces 43 étudiants dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014 avait provoqué un tollé international et une grave crise politique dans le pays deux ans après l’élection du président Enrique Peña Nieto. Au Mexique et ailleurs dans le monde, de nombreuses manifestations, parfois violentes, avaient dénoncé l’inaction de l’Etat et la corruption au sein des forces de l’ordre.

Source – Le Monde et agences