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La Vierge de Guadalupe: symbole du Mexique moderne (diaporama)
Publié: 11/12/2016
Source: Raphaël Moran

5067870748_dbf205594b_zDeux jours durant, les pèlerins des 4 coins du Mexique et d’Amérique latine ont afflué vers la Basilique de la Vierge de Guadalupe à Mexico, 2e lieu catholique le plus fréquenté du monde. Reportage au cœur de la spiritualité mexicaine.

De nos archives…

Luisa a le visage tendu par l’effort. Avec difficulté, elle progresse à genoux sur les marches conduisant au sommet du mont Tepeyac au nord de la ville de Mexico. « La Vierge m’a aidé lorsque ma fille a été malade », explique cette jeune femme, qui comme des milliers d’autres pèlerins, se rend cette année à la basilique de la Vierge de la Guadalupe.

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Près de 6 millions de personnes se rendent chaque année à pied, à vélo ou en voiture pour commémorer l’apparition de la figure religieuse qui caractérise la spiritualité du Mexique moderne.

C’était il y a 479 ans, en 1531, une dizaine d’années après que les Espagnols eurent vaincu l’empire aztèque. Juan Diego Cuauhtlatoaetzin, un berger mexica de 57 ans traverse la colline du Tepeyac pour se rendre au marché. Lorsqu’il entend une voix qui l’appelle par son nom : « Juan Diego, consacre-moi une chapelle ici même afin que je puisse écouter vos pleurs, votre tristesse ; purifier et soigner toutes vos misères, peines et douleurs ». La Vierge lui est apparue et lui a parlé en nahuatl.

Juan Diego se rend alors le jour même chez l’évêque espagnol Zumarraga qui ne croit pas un mot du récit du mexica. Ce dernier retourne alors le lendemain sur le mont Tepeyac et la Vierge lui demande à nouveau d’insister pour la construction du temple. « Mon fils, reviens demain et tu pourras porter au prêtre le signe de mon apparition », entend-il.

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Deux jours après, le 12 décembre, Juan Diego pressé d’aller chercher un prêtre pour donner l’extrême onction à son oncle mourant, contourne le Tepeyac. Mais la Vierge lui apparaît de nouveau et le rassure : « Ton oncle est guéri ». La sainte Vierge lui demande alors de cueillir des roses sur le mont et de les apporter à l’évêque. Nous sommes en hiver. Mais Juan Diego trouve effectivement des roses sur le mont. Il les cueille et les enveloppe dans son manteau tissé en fibre de cactus maguey.

En arrivant chez l’évêque, il déploie le manteau. Les magnifiques roses apparaissent. Et en même temps le miracle-reconnu par l’Eglise catholique- se produit : « A cet instant, apparut de manière inattendue sur cet humble manteau, la vénérable image de l’éternelle Vierge Marie de Dieu »…

Le manteau qui porte encore aujourd’hui des teintes exceptionnellement fraîches, est exposé dans la basilique de la Vierge de Guadalupe, au pied du Tepeyac, à côté de la chapelle construite par les Espagnols.

Apparue à un nahuatl et non à un Espagnol, la Vierge est devenue l’icône du catholicisme mexicain. Aujourd’hui, elle est vénérée par toutes les classes sociales, dont les plus humbles et les populations les plus marginalisées, qui mêlent à ce culte leurs traditions ancestrales.

Notons d’ailleurs que le culte marial au Mexique, s’est greffé à celui de la déesse Coatlicue, également appelée Tonantzin, mère des dieux et déesse de la fertilité des peuples de la vallée de Mexico.

basilica-de-guadalupe_1Le succès de cette apparition fut tel qu’il devint un symbole national. La Vierge noire devient patronne du pays, « Reine du Mexique » et même « Impératrice des Amériques » ! Sa figure dépasse en effet largement les frontières du Mexique. L’Eglise catholique a reconnu et encouragé ce culte jusqu’à très récemment en canonisant Juan Diego en 2002, lors de la venue du pape Jean-Paul II à Mexico.

Tous les ans, une foule populaire afflue pour assister à la messe du 2e lieu catholique du monde où se mêle la tradition catholique et les cultures anciennes du Mexique.

Danseurs aztèques « concheros », mariachis ou encore costumes rituels du Chiapas, tout se mêle sur le parvis de la basilique. Au cœur de  la basilique qui peut accueillir jusqu’à 15 000 personnes, des familles entières s’agenouillent, portant souvent une image de la vierge sur le dos, à l’image de celle qui trône au dessus de l’autel au fond de la basilique, avec un drapeau mexicain juste dessous.

Textes et photos: Raphaël Morán – (www.legrandjournal.com.mx)

Photo 1: Joaquín Martinez, Flickr.