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Blue Parrot – La Presse révèle des accointances avec la pègre de Montréal ! (Videos)
Publié: 17/01/2017
Source: Revue de Presse

1332542-tuerie-eclate-lors-festival-musiqueLe bar Blue Parrot, où s’est produite la fusillade qui a fait cinq morts, dont un Canadien, et plusieurs blessés, dans la nuit de dimanche à lundi à Playa del Carmen, appartiendrait à deux Québécois. Un d’eux aurait des accointances avec le crime organisé montréalais, a appris La Presse.

L’une des victimes est le Canadien Kirk Wilson. Il travaillait pour la sécurité au festival annuel de musique électronique BPM tenu au Mexique. Affaires mondiales Canada a confirmé l’identité de la victime lundi soir.

Selon nos sources et certaines informations provenant de l’enquête Magot-Mastiff, qui a décapité le crime organisé montréalais en novembre 2015, Grégory Sénécal, 39 ans, serait copropriétaire de la populaire discothèque. M. Sénécal aurait été vu en compagnie du chef de gang Gregory Woolley, qui fait partie des principaux individus arrêtés et accusés à la suite de Magot-Mastiff. M. Woolley est toujours détenu et est accusé, entre autres, de gangstérisme et d’avoir comploté avec l’ancien chef guerrier des Hells Angels Maurice Mom Boucher pour assassiner le caïd Raynald Desjardins.

L’autre propriétaire du Blue Parrot serait le Montréalais Benoît Lamy. « Un bon père de famille, qui vit ici depuis plusieurs années, avec sa conjointe et leurs enfants », selon Robert Bélanger, un Québécois qui administre un autre resto-bar à Playa del Carmen.

TROIS VICTIMES ÉTRANGÈRES

Un Canadien, un Italien et un Colombien figurent parmi les victimes, qui assistaient au festival de musique électronique BPM, un événement qui attire chaque année des visiteurs du monde entier. Les tirs ont également fait 15 blessés.

Le procureur général de l’État du Quintana Roo, Miguel Angel Pech, avait d’abord fait état en conférence de presse de deux Canadiens tués, avant de ne mentionner qu’une seule victime canadienne dans un communiqué diffusé en milieu de journée.

Un ami, Neil Forester, a décrit Kirk Wilson comme un habitué de la vie nocturne de Toronto. Il était un homme imposant avec des tresses rastas jusqu’à la taille et effectuait des contrats de sécurité et surveillait les entrées de différents bars de Toronto. M. Wilson, 49 ans, était marié et père de deux enfants. Il vivait dans la région de Hamilton, en Ontario.

Le tireur, agissant apparemment seul, aurait échangé des tirs avec une autre personne à l’intérieur du bar. Des membres du personnel de sécurité qui ont tenté de s’interposer ont été pris pour cibles.

Les coups de feu ont causé la panique. Les gens se sont précipités en courant vers les sorties du club, situé sur la plage, et la seule femme parmi les morts aurait été tuée dans la bousculade.

Plusieurs médias locaux rapportent que le tireur serait un vendeur de drogue ayant été expulsé du bar un peu plus tôt dans la soirée. D’ailleurs, sur la page Facebook du festival BPM, plusieurs participants se plaignent de la forte présence de vendeurs de drogue sur les lieux pendant l’événement, et de leur insistance.

« LA FUMÉE DU REVOLVER »

« Nous avons entendu des coups de feu, et tout le monde tentait de se sauver », a indiqué William Om, un Montréalais qui se trouvait sur les lieux, à la télévision de Radio-Canada.

Joint par La Presse, le Canadien Aleks Samardjiza a raconté : « Nous étions tout près de la sortie par laquelle le tireur est entré, peut-être à cinq ou six pieds. J’ai vu plusieurs personnes tomber sous les balles. On s’est jetés par terre en essayant de se protéger les uns les autres. On pouvait même sentir la fumée du revolver. »

Chaque année, le jeune homme de 30 ans et une dizaine d’amis de partout dans le monde se donnent rendez-vous à ce festival. Aucun d’eux n’a été blessé.

« Je sais que tout le monde parle d’un seul tireur, mais on entendait aussi des coups de feu venant de la plage. En sortant du bar, on devait enjamber des corps. Nous nous sommes réfugiés chez un ami qui habitait à un coin de rue du bar. Ça a été le chaos jusqu’à 5 h 30 du matin », a-t-il ajouté M. Samardjiza, alors que son avion venait de se poser à Calgary, moins de 24 heures après les tragiques évènements.

« Je vais quand même bien. Je crois que ça peut arriver partout dans le monde. Je suis juste reconnaissant d’être enfin à la maison et de dormir dans mon lit ce soir », a-t-il confié.

Les autorités de l’État de Quintana Roo ont précisé que quatre personnes avaient été interpellées dans le cadre de l’enquête.

GREGORY WOOLLEY ET D’AUTRES

Grégory Sénécal, qui semble passer beaucoup de temps au Mexique, affiche l’enseigne du bar Blue Parrot comme photo de profil de sa page Facebook. L’établissement fait aussi l’objet de très nombreuses photos et publicités d’événements sur son profil. Sur la page de Benoît Lamy, plusieurs internautes, qui semblent être des habitués de l’endroit, se sont spontanément inquiétés du sort de Grégory Sénécal dans les heures qui ont suivi la fusillade, avant d’être rassurés par d’autres adeptes des réseaux sociaux.

Selon nos informations, en plus d’avoir été vu en compagnie du chef de gang Gregory Woolley durant l’enquête Magot-Mastiff, M. Sénécal aurait quelques fois été observé en compagnie d’individus liés au crime organisé, durant des visites dans des établissements du groupe Éclipse du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), spécialisé dans la surveillance des bars le soir et la nuit.

Lors de l’audience du Muzique Audio Bar devant la Régie des alcools, des courses et des jeux, à laquelle La Presse a assisté, un policier d’Éclipse, Sébastien Gadoury, avait notamment raconté que Grégory Sénécal avait été vu dans l’établissement en compagnie de Jean-Guy Bourgouin et de Sébastien Beauchamp, deux anciens membres des Rockers, défunt club-école des Hells Angels, et de Jean-Philippe Célestin, chef présumé d’un réseau de trafic de stupéfiants opérant au centre-ville de Montréal et sur le Plateau Mont-Royal, démantelé par les enquêteurs des stupéfiants de la région Nord. M. Célestin, qui serait lié à Gregory Woolley, selon la police, est notamment accusé de gangstérisme et est toujours détenu.

Une boîte de nuit populaire

Le Blue Parrot, situé sur la plage de Playa Del Carmen, est l’un des bars les plus populaires de la localité. C’est là qu’un enquêteur du SPVM avait été violemment battu, en janvier 2011, après avoir photographié des individus liés au crime organisé québécois en compagnie de policiers. Shane Kenneth Maloney, lié au gang de l’Ouest, et Marc-André Lachance, ex-sympathisant des Hells Angels, ont été condamnés dans cette affaire après avoir plaidé coupable à des chefs de menaces et d’intimidation.

Un festival très couru

Le festival BPM (pour «?Bartenders, Promoters, Musicians?») se tient à Playa Del Carmen depuis une dizaine d’années. Ses principaux dirigeants sont les Canadiens Craig Pettigrew (originaire de Montréal), Phillip Anthony Pulitano et Alessandra Axelsson. Steve Blais, un DJ montréalais, a souvent participé au festival. «?J’ai été invité pendant les six premières années. C’est un festival très renommé, mais plutôt underground?», souligne-t-il, convaincu que le crime organisé n’est pas mêlé à l’organisation. L’événement, qui s’échelonne sur deux semaines, est fréquenté par des fans de musique techno de partout dans le monde.

Une région paisible

Située à 68 kilomètres de Cancún, Playa Del Carmen est très prisée des touristes canadiens, américains et européens. La région a été très largement épargnée par les guerres entre groupes criminels liés au narcotrafic. «?J’habite ici depuis sept ans, et il n’y a pas de guerres entre les cartels, pas de meurtres comme au nord, près de la frontière avec les États-Unis. Il y a de la drogue comme partout ailleurs, mais pas plus?», soutient le Québécois Robert Bélanger, gérant du resto-bar Los Tabarnacos, à Playa Del Carmen.

ISABELLE DUCAS, DANIEL RENAUD
La Presse – Avec Audrey Ruel-Manseau, La Presse, PC, AP et AFP