Le débat est loin d’être clos, mais les contours d’une initiative pour relancer la croissance en Europe commencent à se dessiner. Dimanche, le quotidien El Pais a évoqué une sorte de Plan Marshall à l’échelle européenne, qui mobiliserait 200 milliards d’investissements publics et privés.
Leur destination : des projets d’infrastructure, les énergies renouvelables et les technologies de pointe.
Plusieurs pistes auraient déjà été envisagées depuis plusieurs mois, souligne le quotidien. La plus probable passe par un « montage financier » qui ferait intervenir la Banque européenne d’investissement (BEI) et le Mécanisme européen de stabilité financière (EFSM). L’idée consisterait à utiliser les 12 milliards d’euros encore non utilisés du EFSM pour attirer des fonds privés, qui viendraient renflouer la BEI. De quoi servir de « garantie » pour pouvoir lancer des « projets d’infrastructures publics-privés ».
La question de la croissance revient
Une autre option possible passerait par l’injection de 10 milliards d’euros au capital de BEI, mais cette solution semble moins probable, en raison de l’ »asphyxie » des comptes publics des pays membres.
Les lignes commencent à bouger en Europe sur la question de la croissance, notamment sous l’impulsion du favori des sondages à l’élection présidentielle, François Hollande, qui a fortement insisté sur ce thème. La chancelière allemande Angela Merkel, championne de la réduction des déficits, a même adouci son discours sur la question, avertissant toutefois qu’il n’était pas question de renégocier le pacte budgétaire européen, comme le réclame François Hollande.
Un sommet crucial fin juin
« Nous préparons un agenda croissance pour le sommet européen de juin », a affirmé la chancelière samedi. Cette rencontre, qui se tiendra à Bruxelles les 28 et 29 juin, s’annonce comme un moment charnière.
Mais des propositions pourraient commencer à être discutées avant ce rendez-vous, lors d’un « dîner informel » de chefs d’Etat et de gouvernement, dont la tenue a été annoncée jeudi par Herman Van Rompuy, président de l’Union européenne. Cette réunion aura lieu après le 6 mai, date du second tour de l’élection présidentielle.
La crise espagnole donne le vertige à l’Europe
Le tourbillon qui semble aspirer par le fond l’économie espagnole donne le vertige à toute l’Europe. Les chiffres du désastre s’aggravent chaque jour. Vendredi 27 avril, l’institut espagnol de la statistique a dénombré 366 000 chômeurs supplémentaires au premier trimestre : 5,6 millions d’Espagnols, un quart de la population active, sont sans emploi. Et la Banque d’Espagne a indiqué que 60 % du portefeuille des banques lié à la construction (184 milliards d’euros) seraient problématiques.
La cure d’austérité dans un pays qui, avant de basculer dans la crise en 2008, avait l’une des dettes publiques les plus faibles de la zone euro et des comptes publics en excédent, est exigée par les partenaires européens de l’Espagne et par le Fonds monétaire international (FMI), éventuels bailleurs de fonds dans le cas où il leur faudrait se porter au secours de l’Espagne. Elle soulève cependant nombre de questions.
Pendant des années, la croissance espagnole était tirée par la construction et les millions d’emplois qu’elle offrait. Aujourd’hui, et pour des années sans doute, le BTP est incapable de fournir à nouveau de l’activité. Qui le remplacera ? Sûrement pas l’automobile, premier secteur exportateur, qui connaît les mêmes difficultés que dans d’autres pays. Pas plus le tourisme, qui peut difficilement faire davantage qu’aujourd’hui. De ce point de vue, personne n’apporte de perspective aux 25 % de chômeurs.
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