Le fossé se creuse entre zones déshéritées et reste de la France

Publié le 01/12/2009 par " Le Grand Journal "

banlieue 150x150 Le fossé se creuse entre zones déshéritées et reste de la FrancePARIS – L’écart entre les quartiers dits sensibles en France et le reste du pays s’accroît en matière de pauvreté, de chômage et d’échec scolaire, selon un rapport.

Le rapport établi par l’Observatoire national des Zones urbaines sensibles, agence du ministère de la Ville, constate l’échec de la loi d’orientation et de programmation pour la ville, votée en 2003, même si le gouvernement relativise ce constat.

Son objectif était de réduire, en cinq ans, les écarts entre les territoires prioritaires (les Zones urbaines sensibles, Zus) et le reste des villes. Les Zus sont les 751 quartiers retenus par les pouvoirs publics pour être la cible prioritaire de la politique de la ville.

Le taux de chômage y est passé de 17,2% en 2003 à 16,9% en 2008, légère baisse qui masque une augmentation de l’écart avec les quartiers environnants, passé de 8,5 à 9,2 points.

Le chômage est fort chez les jeunes de moins de 25 ans, notamment les hommes.

De même, si le taux de réussite au brevet a augmenté, l’écart entre les collégiens des Zus et les autres est passé de 9,9 à 12,1 points.

La réussite aux baccalauréats généraux, technologiques ou professionnels dans les établissements en Zus reste inférieure aux moyennes nationales, entre un et cinq points d’écart selon la filière, avec des évolutions contrastées.

Le revenu par habitant représente, dans ces quartiers, 56% de celui mesuré au sein des agglomérations les abritant.

En 2007, un tiers des habitants vivait en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 908 euros par mois. Cette proportion a augmenté de 2,6 points entre 2006 et 2007 alors qu’elle est restée stable à l’échelon national, à 12%.

“Si le rattrapage des écarts entre les Zus et leurs agglomérations demeure faible en effet, la raison en est que ce ne sont pas les mêmes populations qu’au départ”, a déclaré le ministre du Travail, Xavier Darcos, lors de la remise du rapport.

Selon lui, les populations les moins fragiles quittent ces territoires, qui accueillent alors de nouveaux ménages en difficulté.

GHETTOS

Aux indicateurs sociaux, le gouvernement oppose son succès en matière de lutte contre l’insécurité.

La délinquance de proximité dans les Zus est inférieure de 12% à celle de leurs circonscriptions de sécurité publique, qui regroupent plusieurs communes.

La moitié des personnes interrogées dans le cadre d’une enquête sur le cadre de vie ont dit avoir été témoins de dégradations d’équipements collectifs dans les 12 mois précédents, et un quart des habitants considèrent la délinquance comme le principal problème du quartier (contre 33% en 2003).

Seule la sécurité intéresse Nicolas Sarkozy, estime le maire de Clichy-sous-Bois, Claude Dilain (PS). “La question de fond est: veut-on que les banlieues soient calmes ou veut-on résorber les ghettos ?”, lance-t-il dans Le Monde daté de mardi.

Cette image de ghetto, dit-il, est justifiée par les disparités en matière d’accès à la santé, aux services de proximité et au commerce. Le taux d’équipement en Zus est jusqu’à deux fois inférieur à celui de l’environnement direct.

Claude Dilain se réjouit en revanche du plan de rénovation urbaine lancé par Jean-Louis Borloo avant les émeutes dans les banlieues en 2005.

“Les habitants ont enfin le sentiment que l’on s’occupe d’eux, et ils voient leurs logements et leur cadre de vie s’améliorer”, dit l’édile socialiste.

Seulement 19.000 logements ont été construits à la fin 2008 depuis quatre ans, pour un objectif de 250.000 en 2013, mais démolitions et réhabilitations avancent plus vite.

“Le rythme de progression des réalisations et des engagements d’une année à l’autre témoigne d’une montée en charge effective pratiquement compatible avec le calendrier fixé par la loi”, peut-on lire dans la synthèse du rapport.

L’Express

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