Le gouvernement modère les ambitions de la taxe carbone
Publié le 25/08/2009 par " Le Grand Journal "
Un niveau de 14 à 20 euros la tonne de CO2 est actuellement envisagé. Soit moitié moins que les recommandations de Michel Rocard, auteur d’un rapport sur le sujet.
La taxe carbone entrera bien en vigueur l’an prochain. Mardi, le secrétaire d’Etat au Budget Eric Woerth a annoncé que ce mécanisme serait inscrit dans la loi de Finances 2010. Mais alors que Michel Rocard avait recommandé de taxer la tonne de CO2 à hauteur de 32 euros dans un rapport remis au gouvernement fin juillet, un niveau «inférieur» devrait finalement être privilégié. Les calculs actuels dans les ministères portent ainsi sur une fourchette de 14 à 20 euros, soit moitié moins, a indiqué Chantal Jouanno. «Trente-deux euros, c’est trop haut», a expliqué la secrétaire d’Etat à l’Ecologie.
Ces querelles de chiffres cachent une réalité très concrète. Plus le montant de la contribution climat énergie est élevé, plus les répercussions seront importantes pour les Français. Un niveau de 32 euros la tonne est ainsi susceptible de renchérir de 7 ou 8 centimes le prix du litre de sans plomb. Entre les taxes sur l’essence et les autres énergies fossiles (gaz, fioul ou charbon) fortement émettrices de gaz à effet de serre, la taxe devrait s’élever en moyenne à 300 euros pour la moitié des foyers.
Or, le gouvernement redoute l’effet que pourrait avoir un tel prélèvement. «On n’est pas là pour remplir les caisses de l’Etat. L’idée, c’est la pédagogie, on n’est pas là pour matraquer les Français», a assuré la secrétaire d’Etat, qui répète depuis plusieurs mois que cette taxe d’un genre nouveau, qui suscite de vives réticences chez les associations de consommateurs, «ne passera pas en force». La semaine dernière, Claude Allègre, ancien ministre socialiste, avait qualifié la taxe «d’initiative catastrophique, inutile climatiquement, injuste socialement, nuisible économiquement».
Incertitudes sur la redistribution
Les plus fervents partisans de la taxe carbone estiment au contraire qu’un niveau trop bas, plus facile à faire passer politiquement, risquerait de faire perdre à cette taxe sa vertu pédagogique, et donc sa raison d’être. La contribution climat énergie doit en effet inciter les Français à se tourner vers des énergies moins polluantes, non taxées. Avec un niveau de départ trop bas, la crédibilité serait «incertaine», expliquait le rapport de Michel Rocard, car il serait plus difficile d’atteindre les 100 euros préconisés en 2030. Dès lors, certains experts recommandaient même de débuter à un niveau de 45 euros.
Le montant n’est du reste pas le seul sujet de discorde, sur lequel l’arbitrage de François Fillon et Nicolas Sarkozy est attendu. «Plutôt que de parler du taux, on voudrait parler de la redistribution», explique Arnaud Gossement, porte-parole de fédération France nature environnement (FNE). En juillet, le gouvernement avait indiqué que les 8 milliards d’euros récoltés auprès des ménages seraient «strictement compensés». Mais la nature et les bénéficiaires de la compensation sont encore flous, alors que le projet de loi de Finances doit être présenté fin septembre en Conseil des ministres.
Le Figaro.fr
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