PS: l’heure des comptes
Publié le 08/06/2009 par " Le Grand Journal "
Le conseil national du PS, réuni mardi soir à huis clos dans un hôtel parisien pour tirer les leçons du scrutin européen, s’annonce houleux après la déroute des socialistes. Martine Aubry, fragilisée par cet échec et critiquée de toutes parts depuis dimanche soir, a promis lundi une “refondation” du parti.
Le PS, sonné par son calamiteux 16,48%, deuxième plus mauvais score de son histoire, est replongé dans la crise six mois après le désastreux congrès de Reims. Pour son premier test électoral à la tête du parti, Martine Aubry a fait à peine mieux que les 14,5% de Michel Rocard en 1994, qui lui avaient à l’époque coûté son fauteuil de Premier secrétaire. Les listes PS ont devancé de seulement 24.760 voix celles d’Europe Ecologie.
“La campagne électorale a été très mal menée du début à la fin. On a fait les choses un peu à l’envers, en partant sur le vote-sanction”, commente Bruno Le Roux, l’ancien M. élections du PS.
La Première secrétaire exclut cependant de démissionner après cette bérézina. “Je prends toute la mesure de la responsabilité du Parti socialiste”, a-t-elle dit dimanche soir, laissant entendre que la responsabilité de l’échec serait partagée. Les statuts du PS la protègent: depuis 1995, le Premier secrétaire du PS est élu par les militants.
Et il y a peu de candidats. Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, notamment, se font discrets depuis dimanche. L’ex-candidate “travaille, consulte, a réuni son équipe”, selon sa porte-parole Delphine Batho.
Personne n’a demandé la tête de Martine Aubry, hormis Malek Boutih. “La logique voudrait qu’on redonne la parole aux militants parce que Martine Aubry a échoué”, a déclaré à l’Associated Press l’ancien secrétaire national du PS aux questions de société.
Reste que la Première secrétaire devrait vivre un conseil national difficile, au vu des critiques qui s’abattent sur elle depuis la défaite.
Les appels à des changements profonds montent de toutes parts, notamment parmi les soutiens de Ségolène Royal au congrès de Reims. “Tout doit changer du sol au plafond au PS”, a estimé Aurélie Filippetti.
Pour Manuel Valls, le PS “parle une langue morte”, qui a conduit beaucoup d’électeurs de gauche à s’abstenir. “Il faut se transformer, dépasser le PS, sans doute créer une autre formation politique”, a déclaré le député-maire d’Evry, qui veut “tout remettre à plat”, la ligne polique comme la composition de la direction.
Arnaud Montebourg, membre de la direction, a lancé le même appel à un “dépassement” du parti d’Epinay, prônant dès dimanche soir un “nouveau parti de toutes les gauches”, capable de “proposer une alternative” à Nicolas Sarkozy. Daniel Cohn-Bendit a rejeté lundi cette idée d’une “UMP de gauche”.
Sur l’aile gauche, Razzye Hammadi attend de Martine Aubry “des signaux en direction d’un rassemblement de la gauche avec un calendrier”. Et surtout, “pas de blabla, des propositions concrètes, tangibles, immédiates”, a prévenu ce proche de Benoît Hamon. Battu dimanche, le porte-parole du PS est sur la sellette.
L’échec de dimanche repose deux questions explosives au PS, celle des alliances et celle du mode de désignation du candidat socialiste pour 2012. Plusieurs voix se sont élevées, de Pierre Moscovici à Manuel Valls, pour réclamer des primaires ouvertes aux sympathisants de gauche, et non plus une désignation par les seuls militants socialistes.
Martine Aubry s’est bien gardée de répondre à ces appels. La Première secrétaire s’est contentée lundi de promettre une “refondation” du PS, qui paie selon elle “les divisions d’hier” et “une insuffisante ouverture” sur la société et les autres forces de gauche.
Selon Claude Bartolone, secrétaire national aux relations extérieures et membre de sa garde rapprochée, Mme Aubry devrait annoncer mardi un nouvel élargissement de la direction, appeler à un “nouveau rassemblement de gauche”, et détailler son plan de travail pour la construction du projet socialiste pour 2012. Un séminaire de la direction a déjà été convoqué pour le 7 juillet afin de lancer la préparation du projet.
Seule bonne nouvelle pour le PS: la déroute du MoDem. “Il n’est pas sûr que demain beaucoup d’intervenants proposent une alliance avec lui”, remarque M. Bartolone.
AP -(legrandjournal.com.mx)
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