Retraite: le PS se range timidement derrière Martine Aubry
Publié le 29/01/2010 par " Le Grand Journal "
Le 17 janvier dernier, Martine Aubry avait annoncé qu’”on allait aller très certainement vers 61 ans ou 62 ans” pour prendre sa retraite, une déclaration aussitôt interprétée comme une inflexion de la position socialiste sur l’âge légal de départ à 60 ans.
“Clarifier l’ambiguïté”
Le président du groupe socialiste à l’Assemblée Jean-Marc Ayrault a expliqué mercredi 27 janvier que le bureau national puis la Première secrétaire ont voulu “clarifier l’ambiguïté” de ces propos.
“Ce qui a été rappelé hier soir à l’unanimité par le bureau national du Parti socialiste, c’est que le droit à partir à la retraite à 60 ans, même si on n’a pas atteint toutes ses années de cotisations, doit demeurer”, a souligné Jean-Marc Ayrault sur Radio Classique. C’est aussi “rappeler qu’on peut partir à 60 ans même si on n’a pas toutes ses cotisations, donc qu’on ne partira pas à taux plein”.
“Il y avait une ambiguïté qui a été clarifiée”, a justifié le chef du groupe socialiste. “Pour le reste, le débat sur le financement durable des retraites est ouvert”.
“Pas un rétropédalage”
Pour le député socialiste du Doubs, Pierre Moscovici, “il y a eu une interprétation qui n’était pas tout à fait juste du propos de Martine Aubry”. “Ce n’est pas un rétropédalage”, a-t-il assuré sur Europe 1. “Il y a deux notions qu’il ne faut pas confondre: il y a celle de l’âge légal de départ à la retraite qui est 60 ans, qui doit rester 60 ans, et je suis persuadé pour ma part que Martine Aubry n’a jamais pensé le contraire, et puis il y a l’âge effectif de départ à la retraite, celui où on part en moyenne, qui est déjà supérieur à 61 ans”.
“Demi-tour, marche arrière toute”
Malgré les explications du PS, les commentaires de l’UMP ne sont pas tendres.
“C’est demi-tour, marche arrière toute, retraite en rase campagne”, a déclaré Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée nationale, sur Europe 1.
“C’est assez désolant, je trouve, pour une femme qui a des prétentions d’avenir, des ambitions. C’est désolant parce qu’il s’agit de l’avenir des retraites de tous les Français”, a-t-il ajouté.
“Il est trop tôt” pour abandonner l’espoir d’un consensus sur ce sujet, a poursuivi le président de l’Assemblée, souhaitant que ce ne soit, de la part de Martine Aubry, qu’”une retraite en phase de campagne électorale” à deux mois des régionales. Il a toutefois jugé que le débat sur les retraites était “mal engagé pour le Parti socialiste”.
“Désavouée” par son parti
Pour sa part, le secrétaire d’Etat à l’Emploi Laurent Wauquiez a qualifié d’”indigne” la position de Martine Aubry. “Elle vient de faire un rétropédalage qui est surréaliste”, a-t-il jugé sur France Info.
“Ce n’est pas de la clarification, c’est du reniement”, a estimé Laurent Wauquiez, jugeant que Martine Aubry avait cédé face “à la pression de tout l’appareil socialiste”. “La semaine dernière, elle a essayé de tenir un discours responsable sur les retraites, aujourd’hui elle se contente de battre en retraite en rase campagne”, a-t-il ajouté.
Quant au porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, il a estimé mardi soir que Martine Aubry avait été “désavouée” par son parti. “Pour une fois que le PS se comportait comme un parti de gouvernement, Martine Aubry proposant de participer à un débat de manière constructive en revendiquant un départ à la retraite à 61 ou 62 ans” la première secrétaire “est désavouée, le PS restant fidèle à l’anti-sarkozysme primaire plutôt qu’ouvert à un débat constructif” pour l’avenir des retraites, a fait valoir Frédéric Lefebvre dans un communiqué.
“Retour vers le passé 2″
Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel s’est également exprimé sur le “revirement” de la première secrétaire du PS Martine Aubry, estimant que l’on “n’est jamais déçu par les socialistes, le pire n’est jamais certain”.
“Le revirement n’a échappé à personne”, a déclaré Luc Chatel en rendant compte à la presse des travaux du Conseil des ministres.
“Nous avions eu il y a quelques semaines au Parti socialiste avec Lionel Jospin ‘retour vers le passé 1′, nous avons maintenant avec Martine Aubry et les retraites ‘retour vers le passé 2′”, a-t-il commenté en référence à la publication récente d’un livre d’entretiens de l’ex-Premier ministre.
“On n’est jamais déçu par les socialistes, le pire n’est jamais certain”, a poursuivi le ministre de l’Education.
Nouvelobs.com
Article du 27 Janvier 2010
PARIS – Après avoir suscité la polémique la semaine dernière sur la retraite, Martine Aubry a dissipé mardi les malentendus sur la position du PS, dont la direction a réaffirmé à l’unanimité la “défense” de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.
Les propos de la première secrétaire, qui avait évoqué le 17 janvier un départ à la retraite pouvant intervenir à 61 voire 62 ans, avaient suscité la controverse dans son camp sur un sujet sensible.
Invitée du journal de TF1, Mme Aubry a mis les points sur les i: “Nous pensons que chaque Français doit continuer à avoir le droit de partir à 60 ans, c’est le cas aujourd’hui, ça doit rester un droit”.
Une heure auparavant, le Bureau national (direction) du PS avait adopté à l’unanimité un texte préparé par son numéro un lui-même, réaffirmant le “maintien” de l’âge légal du départ à la retraite à 60 ans, “c’est-à-dire la possibilité de faire valoir ses droits, quel que soit le montant de sa retraite”.
“C’est le seul droit encore attaché à l’âge légal de départ à la retraite et nous le défendrons”, souligne le PS, au sujet de cette réforme emblématique de l’ère Mitterrand.
Le texte stipule aussi que les salariés qui ont occupé des “emplois pénibles” doivent bénéficier d’une “retraite anticipée”.
Dans ce texte de trois pages, le PS précise “ses grandes orientations” en particulier la sauvegarde du “système par répartition”, avec “un niveau de pension permettant aux retraités de vivre correctement”.
Il insiste aussi sur “l’introduction de nouvelles ressources” pour financer les retraites, notamment le prélèvement de cotisations sur les stocks-options et “l’alimentation du fonds de réserve des retraites”.
Mais la première secrétaire a redit aussi, comme elle l’avait fait la semaine dernière, que “beaucoup de Français partent à 61 et 62 ans” pour avoir une retraite à taux plein. Elle propose qu’ils puissent partir “plus tôt”, quand ils ont commencé à travailler à 17 ou 18 ans”.
Le maire de Lille s’est dit une nouvelle fois prêt à discuter avec le président Nicolas Sarkozy d’une réforme de la retraite, alors que lundi soir sur TF1, le chef d’Etat lui avait lui dit banco.
Mais pour Mme Aubry les organisations syndicales doivent être “les premières à parler avec le chef de l’Etat”. Elles sont “prioritaires” mais “nous sommes prêts à venir dans une discussion”, “nous sommes des gens responsables et serons à notre place pour faire des propositions”, a-t-elle dit.
Rappelant le niveau de chômage élevé des seniors, elle a lancé à l’adresse de Nicolas Sarkozy: “Relancez le pays et l’emploi, et on pourra parler de la réforme des retraites!”.
A l’issue de la réunion du bureau national, Razzy Hammadi, de l’aile de gauche du parti, qui la semaine dernière s’était inquiété d’un éventuel abandon des 60 ans, s’est réjoui auprès de l’AFP du texte adopté, le jugeant “clair et sans ambiguïté”.
Le PS a fixé son calendrier pour avancer et prendre “toute sa part dans le débat sur l’avenir des retraites”. La direction du parti rencontrera les organisations syndicales “dans les semaines qui viennent”, “évaluera” les propositions du gouvernement. Le PS présentera ensuite ses propres “propositions” puis les soumettra au vote des militants.
L’UMP a aussitôt réagi par la voix de son porte-parole Frédéric Lefebvre, qui a vu en Mme Aubry une responsable “désavouée” par ses troupes. Le PS reste fidèle “à l’anti-sarkozysme primaire plutôt qu’ouvert à un débat constructif”, a-t-il ajouté.
L’Express
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