Nicolas Sarkozy quittera l’Élysée mardi. Sans amertume. Convaincu que les Français « l’adoreront dans un an ». Pas un mot. Rien. Nada. ne nous avait pas habitués à une telle cure de silence. « Je vous aime! » Ses derniers mots auront été pour ses partisans rassemblés à la Mutualité, dimanche 6 mai, juste après sa défaite. Un discours fair-play à l’endroit de François Hollande.
Certains – surtout à gauche – y ont vu son meilleur discours. N’exagérons rien. Mais c’est vrai que Sarkozy a surpris par sa dignité dans la défaite après une campagne aussi acharnée et parfois si violente. « On est grand dans l’échec. Soyons dignes, soyons patriotes, soyons français », a-t-il lancé, à la Mutualité, après avoir souhaité « bonne chance » à François Hollande. En bon sportif, le bientôt ex-Président connaît les règles du jeu et il a compris qu’il devait être beau joueur. Devant des supporters en larmes, l’homme a paru touché et bouleversé par les témoignages de sympathie qu’il a reçus ce dimanche 6 mai et après. « C’est très dommage, mais on l’impression qu’il a fendu l’armure depuis sa défaite. Il se laisse envahir par ses émotions », constate avec une pointe de regret une de ses ministres. Vendredi devant les membres de son cabinet, il a voulu positiver : « La tristesse, elle est autorisée ; c’est un sentiment qui peut être créatif et c’est un sentiment qui a une fin. »
« Il avait intégré secrètement la possibilité de la défaite »
À défaut de gagner, Nicolas Sarkozy aura, en tout cas, atteint les trois objectifs qu’il s’était secrètement assignés en cas de défaite. D’abord, ne pas subir un score humiliant ; ensuite, ne pas déstabiliser sa famille politique comme l’avait fait Lionel Jospin en 2002, en annonçant aussitôt qu’il quittait définitivement la vie politique ; enfin, s’épargner une sortie ridicule pleine d’aigreur et de rancœur. « Il avait intégré secrètement la possibilité de la défaite sans jamais l’exprimer. Il ne s’est donc pas effondré au moment on lui a annoncé dimanche dernier, à 18 h 40″, révèle un membre de son cercle rapproché.
Depuis lundi, il a reçu moult appels téléphoniques de ses pairs étrangers : d’Obama (qui l’a invité en séjour privé à Washington) à Merkel, en passant par l’Israélien Netanyahou. Son attitude pendant le 6 mai puis le 8 a désarmé beaucoup de ses adversaires.
Le Président sortant est en train de réussir sa sortie. Lui qui avait raté son entrée – Fouquet’s, croisière sur le yacht… – met en scène avec soin et sobriété les dernières heures de son quinquennat. Un de ses amis résume le paradoxe de la situation : « Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais reçu d’éducation, fait une sortie de prince alors que l’aristocrate Giscard avait fait une sortie de palefrenier! » L’ancien candidat à la présidentielle étonne jusqu’à ses ministres et dirigeants de la droite. Parfois les mêmes qui critiquaient hier son style. Les Français plébiscitent son attitude : selon un sondage Sofres/i > Télé, 81 % jugent sa sortie réussie, mais 6 sur 10 ne croient pas à l’arrêt de sa vie politique de Sarkozy.
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ce ne sera pas une grosse perte!