François Hollande participera lundi et mardi au Mexique à son premier sommet du G20, à 9.000 kilomètres d’une zone euro dont la crise persistante dominera les travaux du forum, avec en toile de fond les élections cruciales du week-end en Grèce.
Plusieurs pays membres, à commencer par les Etats-Unis, pressent les Européens d’accentuer les efforts pour enrayer une crise qui affecte aussi l’activité économique au niveau mondial.
Le G20 de Los Cabos, une cité balnéaire de la péninsule californienne, se tiendra au lendemain de nouvelles législatives en Grèce, après un premier scrutin inconclusif en mai, qui décidera du maintien ou non du pays dans la zone euro.
Il intervient également alors que la promesse d’une aide financière européenne aux banques espagnoles – qui pourrait atteindre 100 milliards d’euros – n’a pas suffi à rétablir la confiance des marchés qui, après l’Espagne, s’inquiètent également pour l’Italie, avec pour conséquence de fortes tensions sur leurs taux de financements.
Le ministre mexicain des Finances, Jose Antonio Meade, a souhaité que l’Espagne précise comment elle utilisera cette aide. « Certains détails font défaut et l’annonce a engendré des doutes que l’Espagne, nous l’espérons, clarifiera à cette occasion », a-t-il dit. Un souhait renforcé par l’abaissement de trois crans de la note de l’Espagne par l’agence Moody’s mercredi.
L’équilibre entre croissance économique et redressement budgétaire dans la zone euro sera discuté, certains comme les Français souhaitant que des mesures d’urgence soient prises fin juin au Conseil européen, l’Allemagne insistant pour sa part sur l’objectif d’une intégration politique plus approfondie.
« NI BLANC, NI NOIR »
« Cela va être le thème central. Cela va dominer les discussions », a dit jeudi la chancelière Angela Merkel, sans manifester aucun signe de fléchissement face aux pressions de ses partenaires européens, mais aussi des Etats-Unis, qui ont appelé Berlin à des mesures plus radicales face à la crise. « On n’adopte pas une politique pour faire plaisir aux marchés, mais pour protéger l’avenir de nos peuples », a-t-elle déclaré. ( ).
Le G20 sera suivi par un sommet des quatre grandes économies de la zone euro (Allemagne, France, Italie et Espagne), vendredi 22 juin à Rome, avant le conseil européen des 28-29 juin.
A Cannes, le sommet de la présidence française avait été perturbé par l’annonce d’un projet de référendum grec sur le plan de sauvetage du pays, qui avait provoqué une humiliante convocation du Premier ministre George Papandréou.
L’issue du deuxième tour des législatives françaises dimanche faisant peu de doutes, François Hollande devant selon tous les sondages disposer d’une majorité qui lui permettra de mettre en oeuvre sa politique, le sommet de Los Cabos sera aussi sous influence grecque après le scrutin du week-end.
« Si les élections grecques se passent mal, il faudra réagir, mais ce ne sera ni blanc, ni noir », explique un diplomate français, qui n’entrevoit « ni catastrophe, ni soleil radieux, mais des semaines compliquées avant de savoir quelles équipes, quelles politiques vont sortir de ce scrutin ».
Le G20 se penchera aussi sur l’augmentation de 430 milliards d’euros des ressources du Fonds monétaire international annoncée au printemps, dont le détail des contributions est attendu, ainsi qu’un accord sur les modalités de leur utilisation.
Les discussions se poursuivront sur le rôle de surveillance du FMI et sa gouvernance, la question de l’évolution des quote-parts ne devant quant à elle pas être tranchée avant l’automne.
POUR UN NOUVEL ORDRE MONÉTAIRE
Le G20 poursuivra également ses travaux sur la régulation financière, en particulier sur les marchés de produits dérivés, dont les credit default swaps (CDS), les paradis fiscaux et les agences de notation.
Autre thème récurrent, la discussion sur les taux de change, notamment de la monnaie chinoise, dont l’appréciation est souhaitée par de nombreuses grandes économies.
François Hollande s’est engagé pendant la campagne présidentielle à « agir dans le cadre du G20, pour une parité plus équilibrée de l’euro » vis-à-vis tant du dollar que du yuan « en proposant un nouvel ordre monétaire international », reprenant à son compte ce qui fut une des priorités de la présidence française du G20.
Hors agenda officiel, le G20 devrait se pencher sur la situation en Syrie et la question du nucléaire iranien.
François Hollande doit aussi rencontrer le président mexicain Felipe Calderon pour aborder le délicat dossier Florence Cassez, une Française emprisonnée au Mexique pour complicité d’enlèvement.
Dans la foulée du G20, François Hollande se rendra au sommet du développement durable de Rio de Janeiro, au Brésil, avec des attentes limitées. « Rio va être difficile », a-t-il dit début juin, invitant l’Europe à montrer l’exemple en s’engageant contre le réchauffement climatique.
PARIS, 14 juin (Reuters)