Rencontre avec Arnaud Charpentier, directeur de la compagnie de théâtre “la Biznaga”

Publié le 30/01/2009 par " Nicolas Quirion "

arnaud Rencontre avec Arnaud Charpentier, directeur de la compagnie de théâtre la BiznagaLe grand Journal a interviewé Arnaud Charpentier, acteur et directeur de la compagnie franco-mexicaine « la Biznaga ». Il nous parle de sa troupe, de son identité multiculturelle, marquée par cette envie de faire un théâtre «qui va vers les gens».

Il nous donne également plus de détails sur la participation de la compagnie à la première «Noche de las estrellas» au Mexique. En effet, Samedi 31 janvier, vous pourrez participer à une observation du ciel à partir de 17 sites archéologiques et 5 lieux historique emblématiques. La Biznaga sera là pour vous guider «sur le chemin vers les étoiles»… Rencontre.

Le Grand Journal : Arnaud, pouvez-vous nous raconter l’histoire de la compagnie ?
Arnaud Charpentier : La Biznaga existe depuis 10 ans. A l’origine c’était une compagnie mexicaine fondée par mon épouse, Dora García. Elle mettait en scène des créations d’auteurs mexicains contemporains.  Et puis elle a commencé à faire des coproductions avec des compagnies françaises, notamment avec la compagnie dans laquelle j’étais, le théâtre du Versant à Biarritz. C’est là qu’on s’est rencontré ! On a multiplié les échanges, et finalement j’ai décidé de venir vivre à Mexico pour développer la Biznaga.moliere hypo centro Rencontre avec Arnaud Charpentier, directeur de la compagnie de théâtre la Biznaga

LGJ : Vous vous positionnez comme une compagnie franco-mexicaine ?
Arnaud Charpentier : Le noyau dur de la compagnie c’est moi et mon épouse, donc déjà à la base on a le franco-mexicain ! Pendant un temps on s’est spécialisé dans le répertoire français, les auteurs classiques et contemporains. On a monté notamment Sartre, ou Molière, avec «el hipocondriaco», qui a eu pas mal de succès et qu’on va peut être refaire cette année.

De plus, depuis 5 ans on travaille étroitement avec l’ambassade de France, le réseau des Alliances Françaises, et le lycée franco-mexicain. On travaille beaucoup avec Christian Moire, du service culturel de l’ambassade. Avec lui on a commencé à monter des cabarets poétiques, des formes de lectures très dramatisées, ludiques…

Les Alliances françaises ont constamment fait jouer nos spectacles, dans tout le pays… Chaque année on leur présente quelque chose de nouveau. Là on a une pièce pour enfants «antimagia y otras cosas» qui était a Guadalajara la semaine dernière.  Ce sont des mises en scène qu’on peut déplacer très facilement, avec trois personnes qui voyagent au maximum. C’est comme ça qu’on a pu tourner autant.

LGJ : Et comment le public reçoit-il ce théâtre franco-mexicain ?
Arnaud Charpentier : Bien, très bien ! Ici tout de suite il y a une curiosité et une envie de découvrir, les gens sont curieux de ça. En plus l’an dernier deux grands acteurs mexicains ont accepté de jouer dans notre spectacle : Miguel Flores et Carlos Cobos, qui a joué le rôle de Molière.
Il y a de plus en plus en plus de français qui viennent travailler avec la compagnie, on en a 3 ou 4 qui sont avec nous régulièrement, qui vivent ici à Mexico. Je ne suis donc pas le seul à avoir fait ce chemin!
Cependant, si on continue à développer un volet francophile, en même temps on essaye de s’enraciner dans la culture locale… On a fait beaucoup de rencontres, on a reçu diverses influences.  Ça nous a poussé à découvrir d’autres horizons, à essayer de trouver un dialogue avec les traditions théâtrales du Mexique.

intervencion ccri zacatecas 01 Rencontre avec Arnaud Charpentier, directeur de la compagnie de théâtre la BiznagaLGJ : Comment à évolué votre théâtre ?
Arnaud Charpentier : Au début on jouait les cabarets poétiques dans des cafétérias, des bibliothèques… tout sauf des théâtres ! Et petit à petit on est allé vers des formes de plus en plus grandes.
En 2007, pour le printemps des poètes, qui était sur le thème de la poésie amoureuse, on a fait une énorme installation où les gens pouvaient déambuler entre 9 stations poétiques. Et on a découvert que ce genre d’opérations -premièrement nous plaisait beaucoup à nous- mais surtout provoquait quelque chose de très fort chez le public !  La réception ici est très bonne, et ce genre d’événements finalement on en trouve pas beaucoup encore, c’est quelque chose à développer.
Donc, presque naturellement on a commencé à aller vers ce théâtre de rue,  qui a parfois à voir avec du happening. C’est ce qu’on appelle du théâtre d’intervention.
Nos spectacles se déclinent sous des formes très différentes. On a fait des interventions surprises dans le métro, pour proposer les nouveaux services première classe du métro. Puis ensuite on a proposé une campagne de vaccination culturelle.

LGJ : En quoi ça consiste cette campagne de vaccination culturelle ??
Arnaud Charpentier : Et bien, c’est comme une campagne de vaccination contre la rubéole… Quand le niveau de culture baisse dangereusement, nous avons des médecins qui interviennent dans le métro et qui proposent de vacciner culturellement les usagers avec le théâtre, la poésie !
C’est un moment privilégié d’un acteur qui transmet quelque chose à un spectateur/usager. Les gens adorent ! Ils sont super réactifs à ce genre de truc. C’est même étonnant de voir comment ils oublient qu’ils sont en train de voyager, ils sont capables de rester une heure alors que tu tentais de leur  voler à peine 30 secondes de leur temps, c’est drôle ! Comparés aux français les mexicains sont moins craintifs, moins pressés… Les gens acceptent tout de suite la relation.
Donc notre grande envie maintenant c’est de développer ce théâtre d’intervention surprise, qui n’est pas très connu ici… Cependant pour l’instant on est resté sur des choses assez simples, avec la  nuit des étoiles c’est la première fois qu’on a un budget important.portada noche estrellas 400x288 Rencontre avec Arnaud Charpentier, directeur de la compagnie de théâtre la Biznaga

La première nuit des étoiles au Mexique. 

LGJ : Alors justement, parlez-nous un peu de cet évènement…
Arnaud Charpentier : L’idée de la nuit des étoiles c’est partir de quelque chose qui existe déjà en France, et qui a eu du succès. L’ambassade française a convié la UNAM et plein d’institutions autour de ce gigantesque événement de vulgarisation scientifique. C’est Christian Moire de l’ambassade qui nous a invités pour qu’il y ait aussi un volet artistique à cette affaire. C’est-à-dire que ça ne reste pas seulement dans le domaine de la science mais qu’il y ait un dialogue entre poésie, théâtre et astronomie.
Concrètement sur le Zocaló de Mexico il y aura des télescopes et des astronomes qui essayeront de sensibiliser le public à cette science. Ce sont des gens passionnants qu’on pourrait écouter toute la nuit ! Mais l’observation d’un télescope pour quelqu’un qui ni connait rien, ça peut être un peu frustrant. Alors notre rôle à nous se sera d’appréhender le spectateur et de le sensibiliser d’une manière beaucoup plus personnelle, plus ludique, avec de la poésie, des légendes…  et essayer de faire naitre quelque chose à l’intérieur de lui.
intervencion noche estrellas 240x288 Rencontre avec Arnaud Charpentier, directeur de la compagnie de théâtre la Biznaga

On a 40 acteurs, des personnages lumineux qui déambulent et qui guident le public jusqu’aux télescopes, de véritables installations électriques mouvantes ! C’est l’idée d’un « camino hacia las estrellas ».
Samedi à Mexico, l’évènement commencera à 7 heures du soir, pour finir vers minuit en gros. Le moment fort ce sera à 11 heures, on va éteindre toutes les lumières ! 30 000 personnes sont attendues.
Mais la nuit des étoiles ça ne se passe pas qu’à Mexico.  Je conseille à tous ceux qui le peuvent d’aller sur l’un des 17 sites archéologique où se dérouleront les observations: ça va être magique ! C’est une opportunité exceptionnelle car les sites sont généralement fermés la nuit.
La Biznaga a crée un concept d’intervention artistique qui est adaptable à chaque lieux, les comités  locaux peuvent le reprendre ou non. L’idée c’est de respecter le silence, respecter l’obscurité et la parole qui vont ouvrir les sens et l’imagination du spectateur. On s’est occupé de la coordination sur les sites de Cholula (Puebla) et de Monte Albán (Oaxaca).

LGJ : Comment voyez-vous l’avenir de la Biznaga ?
Arnaud Charpentier : On travaille beaucoup avec cette idée de troupe, il y a beaucoup de gens qui m’aide à écrire les textes, à la mise en scène… C’est un peu difficile dans une ville comme Mexico où les gens ont tant de chose à faire. La survie du comédien est très compliquée, comme de partout.
Ca fait deux ans qu’on commence à se faire connaitre sur ce plan du théâtre d’intervention, on a reçu des bourses, des subventions. L’idée de faire du théâtre pour une élite ça ne m’intéresse pas, on cherche à aller vers le plus grand nombre. On va vers les gens, on va les chercher !
Je crois que c’est toujours par l’économie de moyens, par l’astuce, mais surtout par l’exigence artistique qu’on va réussir quelque chose.
On a commencé avec rien, et maintenant on peut espérer un petit peu… Le meilleur reste à venir !

Visitez le site de la compagnie la Biznaga, ainsi que son blog.

Nicolas Quirion -(legrandjournal.com.mx)

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Un seul commentaire sur l'article “Rencontre avec Arnaud Charpentier, directeur de la compagnie de théâtre “la Biznaga””

Par rebekaNo Gravatar Windows Vista Internet Explorer 7.0:

comment le charpentier fait son travail ou comment il travaille?

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