Sécurité – Ciudad Juarez toujours aussi meurtrière malgré le renfort militaire
Publié le 02/07/2009 par " Alain Figadere "
CIUDAD JUAREZ — Des militaires assommés par le soleil en plein désert avec pour seul abri une maisonnette forment le premier cordon de sécurité pour tenter de réduire la criminalité à Ciudad Juarez, symbole de la guerre sanglante entre cartels de drogue mexicains.
Le site se trouve à 35 kilomètres de cette métropole de 1,3 millions d’habitants, frontalière avec les Etats-Unis, devenue la ville la plus meurtrière du Mexique. Cette centaine d’hommes, qui fouillent les véhicules en quête de drogues et d’armes, constitue l’avant-garde de l’impressionnant déploiement militaire décrété par le président mexicain Felipe Calderon depuis son élection fin 2006.
Le dirigeant conservateur a mobilisé 36.000 militaires et policiers, dont plus de 10.000 rien qu’à Ciudad Juarez, pour remplir son objectif numéro un: rétablir la sécurité.
Mais à quelques jours des élections législatives organisées dimanche au Mexique, les chiffres sont têtus. Le président Calderon a beau affirmer que la criminalité baisse, la morgue de Ciudad Juarez ne désemplit pas. Elle accueille en moyenne sept victimes par jour, selon son directeur, Hector Jaule.
Le 23 juin dernier, Rosa Almeida, chimiste de l’institut médico-légal, recensait déjà 1.164 corps, en grande majorité des victimes du crime organisé, contre 2.392 sur l’ensemble de l’année 2008. “Je pense que cette année, nous allons dépasser le chiffre de 2008″, précise-t-elle.
La plupart des victimes sont de jeunes vendeurs de drogue, parfois mineurs, qui se battent rue par rue pour le contrôle des quartiers. Mais cette bagarre n’est rien comparée à la guerre que se livrent les puissants cartels de Juarez et Sinaloa pour le contrôle du trafic vers les Etats-Unis, premier marché mondial pour la cocaïne.
Le département balistique de l’institut a des airs d’arsenal militaire. “Voici l’arme la plus puissante confisquée à Juarez: un fusil Barrett de calibre 50 capable de transpercer n’importe quel blindage”, explique Adriana Saenz, experte en balistique.
Malgré les contrôles côté mexicain, le flux d’armes à feu en provenance des Etats-Unis ne se tarit pas. Au bord de la route qui mène à Chihuahua, capitale de l’Etat du même nom, la récolte des militaires est bien maigre. Et malgré des équipements dernier cri, dont un énorme bras métallique doté de rayons gammas capable de détecter la moindre trace de drogue dans un camion, les saisies de drogue sont également faméliques.
“Depuis l’installation de ce système cette année, les plus grosses prises sont 51 kilos de marijuana à bord d’une camionnette et 5,8 kilos de la même drogue dans un semi-remorque”, indique Mariana, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille.
En ville, les 1.800 agents fédéraux et les 8.500 militaires patrouillent surtout les avenues centrales de Ciudad Juarez, mais dans les quartiers sensibles, comme celui des “Héros de la révolution” situé au nord de l’aéroport, les rondes sont plus espacées.
“La situation n’a pas changé. Les militaires et les policiers fédéraux ne passent plus jamais”, estime ainsi Maria Contreras, pâtissière de 35 ans.
La collaboration entre les renforts fédéraux et la police locale est quant à elle réduite au minimum. “Nous travaillons peu avec la police locale car elle n’est pas fiable. Beaucoup ont été renvoyés, mais pas tous”, déclare un haut responsable policier.
Et les militaires sont relevés tous les 30 jours pour éviter qu’ils n’établissent des liens avec les richissimes cartels.
Nicolas Quirion – (www.legrandjournal.com.mx)
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