Comment aborder l’histoire mexicaine ? Conversation avec Martin Arnaud, metteur en scène du monumental spectacle son et lumière « Yo México » qui a rassemblé les foules des grands jours sur le Zócalo de Mexico. Pour le Grand Journal du Mexique, il raconte la genèse de ce spectacle psychédélique et historique.
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Martin Arnaud fait voguer des caravelles sur le Zócalo, rouler des trains sur le Palacio Nacional. Ce metteur en scène a également réanimé les pierres du Templo Mayor, et fait danser des calaveras sur le mur du siège du gouvernement du DF.
Comment ? Au moyen d’un dispositif technique inégalé dans le monde : 67 rétroprojecteurs géants qui projettent de la lumière et des ombres sur les façades de la place central de Mexico, dans le cadre du spectacle Yo México, proposé par la compagnie « Les Petits Français » (voir notre article + vidéo).
Le Grand Journal du Mexique a pu s’entretenir avec le réalisateur du spectacle thématique sur l’histoire moderne du Mexique : de l’empire Mexica jusqu’à l’année tragique de 1985, en passant par la Révolution, dont le Mexique fête le centenaire en cette fin du mois de novembre.
Martin Arnaud : En septembre 2009 nous avions déjà présenté le spectacle « México en el corazón » (voir notre article), puis on nous a demandé de le rejouer cette année. Nous avons également fait le spectacle du bicentenaire de l’indépendance du Chili à Santiago. Le Mexique n’avait pas prévu de spectacle pour le centenaire de la Révolution. Mais nous avions de bonnes cartes de visites, nous avons présenté un projet, et un budget a finalement été dégagé.
M.A. : Nous avons été conseillés par un groupe d’historiens avec qui il a fallu réduire 500 pages d’histoire mexicaine en 26 pages de texte (ndlr : le texte lu lors du spectacle). L’inspiration est donc surtout historique. Nous avons également utilisé des images d’archives et des films de l’âge d’or du cinéma mexicain. Mais nous ne voulions pas faire un spectacle didactique. On considère que les façades sont des protagonistes. Elles sont là pour nourrir le propos, ce ne sont pas de écrans.
Nous débutons le spectacle avec la civilisation pré-hispanique en projetant de la végétation sur les façades, pour mettre en valeur l’harmonie dans laquelle vivaient les peuples pré-hispaniques. Et lorsque les pyramides sortent des bâtiments présents, une inversion s’opère : car on sait que la cathédrale a été construite avec les pierres du Templo Mayor. C’est un pied de nez à l’histoire ! Le reste des images, ce sont des modélisations 3D, une sorte de gravure électronique.
M.A. : Nous avons eu des conseillers mexicains irréprochables au niveau de l’interprétation de l’histoire que nous avons voulu apolitique. Nous avons eu des corrections à faire sur les formulations, mais pas de « coupes ». On énonce les faits mais on ne prend pas parti. Nous avons mis l’accent sur la citoyenneté. C’est pour cela que le spectacle se termine avec le mouvement citoyen de 1985 après le tremblement de terre.
Nous ne parlons pas des 70 ans de pouvoir du PRI, nous ne parlons pas du PAN, ni du mouvement en faveur d’Andrés Manuel López Obrador. Notre devoir n’est pas de froisser les gens. Le fond de l’histoire du pays ce sont les héros et les gens. Le but c’est de dire « vous êtes responsables, c’est à vous de vous organiser, d’exiger des choses, et de ne pas tout attendre en permanence de l’État, d’un parti ou de l’Église ».
M.A. : C’est un énorme succès. La presse a été dithyrambique et la réaction du public a été exceptionnelle quelque soit l’âge ou le niveau. On a observé un double sentiment : les gens sont galvanisés, mais repartent également avec beaucoup de questions sur leur place dans la société, justement car nous avons axé le spectacle sur la citoyenneté.
Nous avons profité de ce qui s’est passé en 1985 pour souligner l’importance du mouvement citoyen et solidaire. Beaucoup de gens pleurent durant le spectacle. D’autres disent que ça les intéressent de fouiller dans leur histoire pour savoir qui était Sor Juana ou encore comment était la vie pendant le porfiriato. Des gens qui venaient a priori pour voir un spectacle en famille, repartent avec l’idée que c’est eux qui décident du destin de leur pays.
Entretien réalisé par Raphaël Morán-(www.legrandjournal.com.mx)