L’Iran lance la production d’uranium enrichi à 20%, tollé international
Publié le 09/02/2010 par " Le Grand Journal "
L’Iran a notifié lundi à l’AIEA sa décision de commencer à produire de l’uranium hautement enrichi, une mesure condamnée par Paris et Washington qui se sont dits favorables à des “sanctions fortes” à l’ONU.
Le lancement mardi, sur le site de Natanz (centre), des opérations visant à porter à 20% l’uranium faiblement enrichi à 3,5% dont dispose Téhéran a été notifié à l’Agence internationale de l’énergie atomique, selon le représentant iranien à l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh.
“Nous avons invité, dans cette lettre, les inspecteurs de l’AIEA à être présents sur le site (de Natanz) puisque toutes les installations nucléaires de la République islamique sont placées sous le contrôle de l’Agence”, a-t-il précisé, cité par l’agence de presse officielle IRNA.
Cette décision a été prise, selon Téhéran, en raison du blocage des discussions avec les Six (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne) sur la fourniture à l’Iran du combustible enrichi à 20% dont il dit avoir besoin pour un réacteur de recherche médicale.
Selon M. Soltanieh, “plus de huit mois se sont écoulés depuis que l’Iran a dit au directeur général de l’AIEA qu’il avait besoin de combustible”.
Il a réaffirmé que “la porte demeurait ouverte” pour un échange d’uranium avec les grandes puissances, appelées à “passer de la confrontation à la coopération” avec l’Iran.
L’Iran est soupçonné par les grandes puissances de chercher à se doter de l’arme nucléaire sous couvert de son programme civil en dépit de ses dénégations répétées.
Téhéran a rejeté en novembre une proposition des Six sur l’envoi, en une seule livraison, de la plus grande partie de son stock d’uranium faiblement enrichi en Russie et en France pour y être transformé en combustible.
En retour, l’Iran leur a donné jusqu’à fin janvier pour accepter de lui livrer du combustible à ses conditions: un échange simultané et en petites quantités. Faute de quoi, l’Iran commencerait à produire lui-même cet uranium.
Cette annonce a déclenché un concert de condamnations et de menaces tandis que le chef de l’AIEA Yukiya Amano s’est dit “inquiet”.
Le président français Nicolas Sarkozy et le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, en visite à Paris, “sont convenus que le temps était à l’adoption de sanctions fortes, dans l’espoir d’une reprise du dialogue” avec Téhéran sur son programme nucléaire, a indiqué l’Elysée.
Un haut responsable de l’administration américaine sous couvert d’anonymat a critiqué “un geste de provocation (et) de mépris pour les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU”.
Londres a condamné “la rhétorique contradictoire” de Téhéran, alors que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad semblait récemment favorable à un échange d’uranium.
Israël a estimé que l’annonce était “une preuve supplémentaire que l’Iran trompait le monde entier”, appelant à des “sanctions décisives et permanentes”.
Au cours d’un colloque à Doha, le secrétaire général délégué de l’Otan, Claudio Bisogniero, s’est dit inquiet par l’attitude de défi de l’Iran qui pourrait “entraîner un effet domino dans une région cruciale”.
Qualifiant l’annonce iranienne de “chantage”, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a toutefois dit anticiper une “discussion longue” au Conseil de sécurité, notant que la France n’avait “pas encore convaincu” la Chine, qui dispose d’un droit de veto.
Sur le plan intérieur, l’opposant Mir Hossein Moussavi a critiqué l’”aventurisme” du président Ahmadinejad dans le dossier nucléaire.
“Quelle nation influente avons-nous de notre côté?”, s’est interrogé M. Moussavi au cours d’une discussion avec des étudiants, selon son site internet kaleme.org.
Le Point
8 février 2010
L’IRAN fait monter d’un cran la tension sur le nucléaire

TEHERAN – Mahmoud Ahmadinejad a ordonné la production par l’Iran de combustible nucléaire enrichi à 20%, confortant les Etats-Unis et l’Allemagne dans leur volonté d’accélérer les négociations en vue de nouvelles sanctions, même limitées, à l’encontre de Téhéran.
Cette décision du président iranien ravive la tension avec les pays occidentaux, qui craignent que ce combustible ne serve à un programme militaire nucléaire, ce que l’Iran dément.
La production de ce combustible enrichi à 20% commencera dès mardi, a déclaré à la chaîne officielle Al Alam le directeur de l’agence iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi.
“Nous allons remettre une lettre officielle à l’AIEA demain, informant l’agence que nous commencerons à fabriquer du combustible enrichi à 20% à partir de mardi”, a-t-il dit.
Mahmoud Ahmadinejad n’a toutefois pas exclu définitivement un accord sur un transfert d’uranium iranien à l’étranger, proposé en octobre par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Afin d’écarter tout soupçon, l’AIEA a proposé que l’Iran envoie son uranium faiblement enrichi à 3,5% en Russie et en France pour qu’il soit transformé en combustible enrichi à 20%.
Téhéran, qui devait répondre à cette offre avant la fin de l’année dernière, souhaite imposer ses propres conditions, ce que refusent les Occidentaux.
Réagissant aux déclarations d’Ahmadinejad, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, n’a pas caché sa “grande déception” et appelé dimanche à Rome la communauté internationale à serrer les rangs afin de faire pression sur le gouvernement iranien pour qu’il change d’attitude.
“Je crois qu’il est encore temps pour que des sanctions et des pressions soient efficaces”, a-t-il dit, soulignant cependant que l’objectif n’était pas d’imposer au peuple iranien “plus d’épreuves que ce qui est absolument nécessaire”.
L’Allemagne, par la voix de son ministre de la Défense, a quant à elle souligné que la patience de la communauté internationale atteignait ses limites. Londres a averti que les projets dévoilés par le président iranien seraient une violation des résolutions de l’Onu.
L’Iran a déjà subi trois séries de sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies mais si la Russie n’exclut pas de durcir le ton, la Chine continue d’appeler au dialogue.
DOUBLE USAGE
Justifiant sa décision, Mahmoud Ahmadinejad a rejeté la responsabilité du blocage des négociations sur les Occidentaux.
“Nous leur avons laissé deux à trois mois pour conclure un tel accord. Ils ont commencé à jouer un autre jeu et je demande maintenant au Dr Salehi de lancer les travaux pour la production de combustible enrichi à 20% en utilisant des centrifugeuses”, a déclaré le président iranien dans un discours télévisé.
Avant d’annoncer le lancement de la production dès mardi, Ali Akbar Salehi avait expliqué à l’agence Irna que son agence avait seulement reçu ordre de se tenir prête en cas d’échec des discussions sur un échange de combustible nucléaire.
“L’organisation lancera la production, parce qu’il faut quelques préparatifs”, avait-il fait valoir.
L’uranium enrichi peut avoir un double usage, civil ou militaire. Il doit être enrichi à plus de 80% pour servir à la fabrication d’une arme nucléaire.
Selon Gareth Evans, co-président de la commission internationale sur la non-prolifération et le désarmement nucléaires, il ne fait aucun doute que l’Iran a la capacité de produire de l’uranium enrichi à 20%, la seule question étant de savoir en combien de temps.
Ahmadinejad a également précisé, sans autre détail, que l’Iran pouvait enrichir de l’uranium en utilisant la technologie laser mais l’agence Irna a rapporté que Téhéran n’en avait pas l’intention car le pays dispose déjà de centrifugeuses.
Mardi dernier, le président iranien avait semblé ouvrir la voie à un accord en déclarant que l’Iran était disposé à accepter le compromis sur l’échange d’uranium.
Mais le chef de la diplomatie Manouchehr Mottaki a répété samedi, après avoir rencontré Yukiya Amano, le nouveau directeur général de l’AIEA, que ce devait être à l’Iran de choisir les quantités traitées.
Cette condition ne semble pas convenir aux six interlocuteurs de Téhéran – les cinq membres du Conseil de sécurité et l’Allemagne -, qui demandent à l’Iran d’accepter leur proposition de livrer 1.200 kilos de son uranium faiblement enrichi, en une seule fois, à un destinataire convenu.
L’Express
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