Boris Vian, toujours jazz 50 ans après sa mort
Publié le 18/06/2009 par " Le Grand Journal "
Cinquante ans après sa mort, le 23 juin 1959 à 39 ans, Boris Vian, écrivain inclassable, poète et musicien, reste un extra-terrestre de la littérature française qui a déjà influencé plusieurs générations d’adolescents.
“Je suis né, par hasard, le 10 mars 1920, à la porte d’une maternité fermée pour cause de grève sur le tas” : Vian abordait sa biographie avec ce mélange de sérieux et de loufoquerie qui est la marque de son oeuvre.
Une oeuvre passée largement inaperçue, puis redécouverte après Mai 1968 avec la réédition de ses romans, “L’écume des jours” ou “L’automne à Pékin”.
La trajectoire express de Boris Vian colle à la liberté retrouvée d’après-guerre, à la folie des années Saint-Germain-des-Prés, où il côtoyait Jean-Paul Sartre, Juliette Gréco ou Miles Davis.
Né à Ville d’Avray (Seine-et-Oise) dans une famille de la grande bourgeoisie qui connaît bientôt la ruine, il souffre dès l’âge de 12 ans d’une insuffisance cardiaque qui perturbe sa scolarité. Silhouette athlétique et santé fragile, il entre à l’Ecole Centrale en 1939, puis travaille comme ingénieur à l’Association française de normalisation (AFNOR).
Mais la véritable passion de sa courte vie, c’est le jazz. Il joue de la trompette dans les clubs de Saint-Germain dont il devient une figure légendaire et publie en 1947 son premier roman, “L’écume des jours”, une plongée dans un univers poétique et absurde où la musique et la maladie sont omniprésents.
Boris Vian, c’est une écriture formidablement inventive conjuguée à un esprit scientifique. La fantaisie cohabite dans ses textes comme dans sa vie avec un sens aigu de l’ordre et de l’organisation.
Mais “L’écume des jours” ne se vend qu’à quelques centaines d’exemplaires. C’est sous le pseudonyme de Vernon Sullivan qu’il connaît le succès et provoque un énorme scandale avec “J’irai cracher sur vos tombes”, une parodie de roman noir qui lui vaudra en 1953 une condamnation pour atteinte aux bonnes moeurs.
Deux autres “Sullivan” – “Les morts ont tous la même peau”, “Et on tuera tous les affreux” – contribuent à sa réputation sulfureuse, alors que ses romans publiés sous son vrai nom n’ont pratiquement aucun écho. En 1953, il décide même d’abandonner la littérature après l’échec de “L’arrache-coeur”.
Hyperactif malgré la maladie, il écrit des poèmes, des critiques de jazz et signe quelques tubes de l’époque, pour Serge Reggiani (”La java des bombes atomiques”) ou Henri Salvador (”Le blues du dentiste”). En 1954, il provoque un nouveau scandale avec “Le déserteur”, une chanson pacifiste qui sera interdite sur les ondes à la veille de la guerre d’Algérie.
Le jour, il invente des objets bizarres et joue du jazz jusqu’au matin, mais sa santé se dégrade rapidement et les médecins finissent par lui interdire la “trompinette”. Miné par l’insuccès de son oeuvre et ses problèmes avec le fisc, il s’effondre le 23 juin 1959 dans une salle de cinéma, au début de la projection d’une adaptation qu’il déteste de “J’irai cracher sur vos tombes”.
Dix ans et la réédition de ses romans dans la collection de poche 10/18 seront nécessaires pour le sortir de l’oubli. Boris Vian colle enfin à l’époque et la génération post-1968 se reconnaît dans ce grand aîné épris de liberté.
“L’écume des jours” a depuis intégré les programmes scolaires et se vend encore chaque année à quelque 70.000 exemplaires.
TV5 Monde
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