Contre l’alcoolisation des jeunes: une campagne pour interdire et informer
Publié le 18/07/2008 par " Le Grand Journal "Comas éthyliques, accidents, agressions: une campagne de sensibilisation particulièrement réaliste va accompagner cet été les mesures d’interdiction annoncées pour l’automne par la ministre de la Santé pour lutter contre les phénomènes d’alcoolisation massive des jeunes.
“Nous constatons une évolution rapide, brutale, alarmante des comportements d’alcoolisation parmi les jeunes”, a souligné jeudi Roselyne Bachelot devant la presse, citant notamment le “binge drinking”, que les spécialistes traduisent par “biture express”.
Mme Bachelot a rappelé les nouvelles mesures d’interdiction qui doivent être intégrées à la loi Patients Santé Territoire présentée au Parlement à l’automne: interdiction de l’offre et de la vente de toute boisson alcoolique aux moins de 18 ans, interdiction des “open bars” (vente d’alcool au forfait et à volonté), interdiction de la consommation d’alcool sur la voie publique à proximité des établissements scolaires.
L’interdiction totale de vente aux mineurs est déjà en vigueur dans 15 pays d’Europe, a indiqué Mme Bachelot, soulignant que les réglementations existantes en France étaient “complexes et incompréhensibles”.
Il s’agit d’une mesure “qui en appelle à la responsabilité de chacun”, a-t-elle déclaré, précisant qu’en cas d’infraction, c’est l’adulte et non le jeune qui sera sanctionné. Les sanctions encourues, qui restent à arbitrer, pourraient atteindre un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende.
Si ces mesures visent à “réduire l’accessibilité du produit”, la campagne de communication qui débute vendredi a pour objectif de faire réfléchir les jeunes aux risques liés à leurs modes de consommation.
“L’alcool est trop souvent pris par les jeunes comme un produit plaisir qu’ils ont la sensation de maîtriser”, a commenté Philippe Lamoureux, directeur général de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. La campagne met en scène un “nouveau produit”, appelé “Trop” pour montrer que boire trop conduit à “des sensations trop extrêmes”.
Le spot télé met en scène un groupe de jeunes qui s’amusent sur la plage au rythme de la bossa nova. Les bouteilles circulent, la musique déraille et la fête tourne court: vomissements, agression sexuelle, bagarre, noyade… Il sera diffusé à partir de vendredi jusqu’au 9 août sur TF1, M6, des chaînes du câble et du satellite regardées par les jeunes ainsi qu’au cinéma.
Des spots radio seront diffusés du 21 juillet au 24 août (Skyrock, Les Indépendants, NRJ, Fun Radio, Virgin Radio…).
Un site internet (www.boiretrop.fr) sera par ailleurs ouvert vendredi pour un mois. Il donnera des explications sur ce que “boire trop” implique.
Pour le président de l’Association nationale des intervenants en toxicomanie, Jean-Pierre Couteron, “les spots décrivent bien le scénario, cette espèce d’ambiguité de l’alcool”. “Il y a quand même une incertitude, a-t-il ajouté, c’est comment les jeunes se l’approprieront”.
Le président de la Fédération française d’addictologie, Michel Reynaud, a salué de son côté une campagne “courageuse et cohérente face à un certain nombre de lobbies”.
“Il y a une limite qui apparaît clairement, c’est qu’on ne dit rien sur l’ivresse des jeunes adultes”, a-t-il regretté. “La phase suivante sera de modifier le regard social sur l’ivresse”.
Pour ce psychiatre spécialiste de l’addictologie, “une campagne efficace serait une campagne dans laquelle l’industrie de l’alcool participerait et accepterait de diminuer considérablement ses ventes”.
TV5 Monde — (www.legrandjournal.com.mx)
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