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La Chronique Littéraire de Clara – Le roman sombre de Delphine Le Vigan
Publié: 01/04/2013
Source: Clara Bailleux

Goncourt 2011 la favorite Delphine de Vigan evincee mode une 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le ViganLauréate de nombreux prix littéraires en 2011 Delphine Le Vigan s’est imposée peu à peu dans la littérature française de ces dernières années. Née en France en 1966 elle a tout d’abord vécu une expérience de cadre dans une grande entreprise mais très vite elle se dédie à la littérature et ses deux derniers romans ont été des best-sellers en France.

En 2010 parait :  » Les Heures souterraines «  un roman qui décrit la vie quotidienne d’un cadre au sein d’une multi-nationale. Chaque jour Mathilde se rend à son travail comme des millions de gens, elle prend le train le métro mais dans son entreprise personne ne l’attend. En effet suite à un différend avec l’un de ses supérieurs, elle ne se voit plus confier aucune tâche, elle n’a plus rien à faire et de fait elle n’existe plus.

Loin d’accepter une défaite imposée qui est en fait un harcèlement moral elle laisse couler les heures, elle ne parle à personne reléguée dans un arrière-bureau elle est hors d’atteinte et sombre peu à peu dans une dépression profonde car elle garde secrète sa condition. Elle continue inlassablement la même routine mais sans but.

Le destin l’a fera croiser un autre « perdu de la société » Thibaut lui aussi coincé dans une vie qu’il n’a pas choisie et qui suit sans le savoir le même chemin que Mathilde. Les Heures souterraines est un roman urbain car la Ville est le premier héros du roman une ville dominée par l’indifférence et le manque de communicabilité, sur la grande solitude de certaines personnes happées par une vie sans espoir. « Une vue imprenable sur l’ampleur du désastre » est la phrase de l’un des héros du roman et cette phrase résume à elle seule l’état d’esprit de la société actuelle, spectateurs de notre propre décrépitude et lucide quant à l’avenir incertain qui nous est promis, nous avançons.

En 2012 parait le dernier roman de Delphine Le Vigan :  »Rien ne s’oppose à la nuit «  dont le titre reprend une phrase désormais célèbre d’une chanson de Alain BASHUNG « Osez osez Joséphine ». C’est encore un roman sombre mais d’une autre manière car cette auto-fiction raconte la vie de la mère de l’auteur. Cette mère souffre de troubles psychiques et cet état retentit de façon poignante sur toute la vie de la famille. Cette plongée dans l’univers familial nous est décrite dans un thriller haletant jamais triste souvent drôle et souvent on rit à des scènes irrésistibles. C’est un hymne d’amour à une mère atypique fantasque et rebelle aux conventions qui nous est donné dans ce livre.

C’est aussi une enquête minutieuse qui reprend les moindres détails du roman familial pour tisser les liens invisibles qui unissent les protagonistes de cette histoire. « Ma mère était bleue, d’un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage lorsque je l’ai trouvée chez elle ce matin de janvier. Ma mère était morte depuis plusieurs jours.»

Ouvrez ce livre envoutant qui raconte l’enfance et le long cheminement qui nous mène vers l’âge adulte, les renoncements et les cris d’amour d’une fille à sa mère. Un livre bouleversant qui nous aide à pour comprendre les dérives de la raison et le côté sombre de l’âme humaine

Delphine Le Vigan : Les heures souterraines Ed J C Lattès 2010
Rien ne s’oppose à la nuit  Ed J C Lattès 2011

Article du 30 janvier 2013 - MARGUERITE DURAS ou l’intranquillité de la vie

marguerite Duras 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

La petite fille est seule, elle marche le long de la rizière abandonnée, l’océan est au loin mais il a ravagé une fois encore le seul endroit cultivable. Ce soir elle parlera avec sa mère d’un avenir meilleur bien qu’au fond d’elle-même elle ressente l’irréparable.

Un jour elle retournera en Europe, à Paris pour étudier c’est sûr.

La petite fille s’appelle Marguerite Donnadieu, plus tard on la connaîtra sous le nom de Marguerite Duras. C’est de cette enfance indochinoise que naîtront nombre de ses romans dont : »Un Barrage contre le Pacifique ».

Marguerite Duras est un écrivain à part dans la littérature française, elle ne connaîtra jamais « La Vie tranquille » titre d’un autre de ses romans. Rentrée en France elle étudie le droit et la littérature, elle publie ses premiers écrits chez Plon puis chez Gallimard en 1944.

Son mari Robert Antelme entre en Résistance, il est arrêté puis déporté à Dachau, ce sont des années noires pour Marguerite Duras qui ne se remettra jamais vraîment de ce premier mariage, la déportation de son mari et la mort de son premier enfant feront de cette période un épisode douloureux pour une jeune femme de trente ans.

Elle va s’inscrire au Parti communiste durant ces temps de guerre et ne cessera de militer à gauche aux côtés de François Mitterrand qui deviendra son ami ; ses combats pour le féminisme et le droit à l’avortement la conduiront vers Mai 68 où elle mènera une lutte active. Sa vie littéraire, sentimentale et politique sera la trame de ses romans, on peut citer Nathalie Granger, la Douleur et bien sût L’Amant qui sera couronné par le Prix Goncourt en 1984.

C’est ce roman précisément qui nous montre le cheminement de la petite fille de la rizière, sa mutation en jeune femme éprise d’un riche chinois, révélation sexuelle et amoureuse, passion ,destruction, c’est un roman auto-biographique où la passion paralyse les personnages, les mets en danger pour qu’ils renient leur propre personnalité, pour qu’ils se jettent à corps perdu dans des aventures sans lendemain où seul le désir prévaut.

Marguerite Duras dialoguera plus tard certains films de la Nouvelle Vague comme Hiroshima mon amour de Alain RESNAIS : » tu me tues tu me fais du bien » susurre l’héroine, cette phrase pourrait à elle seule résumer l’univers de l’auteur. Un danger imminent, une violence sourde, des thèmes obsessionnels qui reviennent en boucle ; l’écriture de Marguerite Duras est une musique de chambre, beaucoup de silences aussi, des non-dits, une lenteur, une indolence, des bruits de fond, des chuchotements.

Elle s’est toujours défendue d’appartenir au mouvement du Nouveau Roman, loin de Michel Butor ou de Robbe-Grillet ; sa prose est pulsionnelle, elle nous décrit la solitude dans le couple, la fragilité des relations, l’opacité de la vie et le mirage de nos désirs qui se délitent dans le quotidien. De nos jours ses pièces de théâtre se jouent encore et ne souffrent d’aucune désuétude ; La Douleur se joue au Théâtre de l’Atelier et ses films dans les cinémathèques sont autant de chef-d’œuvre à découvrir pour les nouvelles générations .

Marguerite Duras est morte à Paris en 1996 quelques mois après François Mitterrand, on gardera d’elle une voix singulière, hors-norme un peu fatiguée par l’alcool….

Tous les romans et pièces de théâtre de Marguerite Duras sont édités chez Gallimard

Clara Bailleux – (www.legrandjournal.com.mx)

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Article du 23 janvier 2013 - Louis Aragon poète engagé

Louis Aragon 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Né en 1897 à Paris, Louis Aragon est un enfant illégitime, il n’apprendra la vérité sur sa naissance qu’en 1917 alors qu’il est incorporé d’office au front, il y rencontre par hasard André Breton et ce sont ces deux personnages qui créeront plus tard le Surréalisme.

En 1926 parait le Paysan de Paris, c’est une œuvre majeure qui aura un impact puissant sur les lecteurs, Aragon comme narrateur déambule dans la capitale, s’émerveille au passage sur les transformations de sa ville ; les lieux urbains sont alors magnifiés, donnant à voir à travers le réel architectural des correspondances étranges entre le paysage et les habitants.

De nombreux récits secondaires se greffent sur l’intrigue et nous conduisent inexorablement vers une rêverie philosophique tout à fait audacieuse pour l’époque. En 1927 Louis Aragon rencontre Elsa Triolet . Elle devient sa muse et c’est pour elle qu’il écrira ses plus beaux poèmes.

Les yeux d’Elsa reste l’un des plus célèbres recueils des poèmes du XXème siècle. Aragon et Elsa Triolet voyagent alors à travers toute l’Europe et surtout en URSS où ils séjournent de façon prolongée avant la guerre de 1940 ; Aragon a adhéré au Part Communiste et s’est mis au service de la Révolution, cela lui vaudra les foudres et de nombreuses critiques de la part d’autres écrivains français qui ne comprennent pas son engagement.

Dès le début de la guerre Aragon entre en clandestinité, il multiplie les textes sous pseudonymes et rédige la trame de son nouveau roman Aurélien , roman sur le désenchantement des années 20. Aurélien jeune bourgeois croit en ses rêves mais sa déception sur la vie, sur le couple, sur l’impossibilité de vivre un amour serein lui sera non pas fatale mais préjudiciable à bien des égards sur la conduite de sa vie intérieure, de son absolu.

Dans les années 50 Aragon poursuit son engagement politique, pourtant la mort de Staline et le rapport Krouchtchev le feront douter et vaciller ses convictions profondes ; il traversera alors une période sombre et pensera au suicide. C’est son enthousiasme à créer « Les Lettres françaises » qui le sauvera de sa dépression et le fera rebondir ; deux grandes œuvres naîtront de cette crise : Le Roman inachevé et la Semaine Sainte. Aragon a été salué par tous les critiques mais aussi hai et vilipendé par certains qui ont vu en lui un mystificateur et un agitateur. Son enfance massacrée, tissée de mensonges a nourri son génie de romancier et de poète.

En fait deux grandes périodes marquent sa vie, celle du surréalisme et celle de la poésie, des réflexions sur l’existence. Les plus beaux poèmes de la langue française dorment entre les pages de ses recueils , on peut citer l’Affiche rouge :

Vous n’avez réclamé ni la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà, que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des partisans.
Et puis bien sûr Les Yeux d’Elsa
Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

La plupart de ses poèmes ont été mis en musique puis interprétés par Léo Ferré, Barbara, Brassens et Jean Ferrat, ils sont ainsi entrés dans nos vies, dans nos mémoires, ils ont jalonné les moments heureux et les soirs de détresse. Vient de paraître en Décembre 2012 Aragon un destin français de Pierre Juquin ( Editions de La Martinière) ;. Cet ouvrage n’est pas qu’une biographie, il regroupe également des inédits, des conversations, des témoignages sur l’écrivain.

Trente ans après la mort de l’auteur il démontre que l’on peut encore découvrir une face cachée du Maitre de la poésie moderne. « La vie est un voyageur qui laisse trainer son manteau derrière lui pour effacer ses traces « écrit Aragon , gageons que ses traces ne sont pas prêtes d’être effacées. Tous les ouvrages de Louis ARAGON sont publiés chez Gallimard et au Livre de Poche.

Article du 23 décembre 2012 - La Chronique Littéraire de Clara – Joseph KESSEL, écrivain nomade !

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Joseph Kessel est né à Clara en Argentine en 1898 mais il passe son enfance à Paris et à Nice ; très jeune il obtient sa licence de Lettres et s’engage à 17 ans dans la carrière de journaliste au Journal des Débats. Il prend part aux combats de la Grande Guerre comme volontaire dans l’artillerie puis dans l’aviation.

A vingt ans à peine il porte la Croix de guerre et la Médaille militaire.

De retour dans le monde des grands reporters il collabore au Figaro à qui il envoie ses articles des quatre coins du monde, Berlin, Israël ,l’Irlande le Sahara sont désormais ses terres d’adoption. Son premier ouvrage : La Steppe rouge relate les faits révolutionnaires des bolchéviques puis paraît l’Equipage qui fait entrer l’aviation dans la littérature, ces deux premiers romans le feront connaître et apprécier des lecteurs amoureux de l’aventure et des voyages .

Les récits héroiques de Mermoz qui fut son ami feront l’objet de biographies et lui apporteront la célébrité. Kessel a quarante ans quand survient la guerre de 1940, il rejoint la Résistance à Londres et c’est lui qui écrira les paroles du Chant des partisans, il rend ainsi hommage aux combattants ceux à qui il dédiera son roman :L’Armée des ombres.

Son univers romanesque est alors en plein accord avec sa vie d’aventurier, tous ses textes nous emmènent très loin, en Afghanistan avec Les Cavaliers, en Afrique avec Le Lion à Barcelone avec les Républicains en lutte contre Franco. Les grands voyages disait-il ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ, on ouvre des atlas, on rêve sur des cartes, on répète le nom magnifique de villes inconnues.

Dans le Bataillon du ciel Kessel nous raconte l’épopée des parachutistes en 1944 et leur action héroïque, c’est devenu aujourd’hui un roman historique où la dimension psychologique des personnages est décrite en scènes rapides et concises ; tout le talent de l’auteur est de nous faire vivre intensément des moments importants saisis sur le vif. Des hommes simples aux héros, Kessel décrit l’Humanité, de la Mer Rouge aux steppes de l’Asie centrale il nous fait mesurer les horreurs et les grandeurs de ses personnages : les trafiquants d’esclaves, les chercheurs d’or, les émigrés russes de Paris.

On part avec lui , très loin dans des zones interdites, on suit les matelots dans la nuit des ports, de Hong-Kong à Macao…. Pour lui le malheur des hommes n’est pas limité à une époque, un siècle particulier, il embrasse d’un seul coup d’œil les révolutions, les esclavages, la faim, la guerre. Etait-il un journaliste avant d’être un écrivain ? Il aurait aimé les deux qualificatifs. Son élection à l’Académie Française en 1962 couronnera son œuvre mais on retiendra surtout le goût de Kessel pour les grands thèmes humanitaires du XXème siècle, vaincre l’adversité, redonner un sens à sa vie.

« Et tu sais ce qu’est le journalisme ? La plus belle machine pour la connaissance et la puissance, et l’huile de la machine c’est le sang, le dégoût, la passion, l’ordure ou la beauté »

Tous les romans de Joseph Kessel sont parus chez Folio Gallimard

Article du 7 décembre – Georges Simenon ou le roman policier comme œuvre d’art

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Georges Simenon, écrivain belge de langue française est né à Liège en 1903. Orphelin de père très jeune il devient journaliste à seize ans à la Gazette de Liège, il va y relater la vie des petites gens et des faits divers dont il s’inspirera plus tard pour camper les personnages si pittoresques de ses romans.

En conflit permanent avec sa mère il souhaite s’éloigner et débarque à Paris où il commence sa vie littéraire en publiant de petits contes et des romans feuilletons ; il va rencontrer Colette et c’est elle qui lui prodiguera les premiers conseils et l’encouragera à soigner la trame du texte «  à faire simple » comme elle dit. Simenon aime Paris , il fait venir Tigy son amie d’enfance

qu’il épouse, pour le jeune couple c’est la vie de bohême, une vie aventureuse sans lendemains. On est au début des année 20, le jeune auteur prometteur écrit sous plusieurs pseudonymes dans le journal « Le Matin », sa situation matérielle s’améliore, dans son nouvel appartement de la Place des Vosges se croisent Max Jacob, Vlaminck et Picasso, sa carrière est lancée.

Simenon n’est pas homme à s’ancrer dans un lieu ou un milieu, il entreprend de nombreux voyages à bord de canots et de bateaux dont il a fait l’acquisition, le Grand Nord l’attire, on dit que le personnage de Maigret est né lors de l’une de ses escales. De retour à Paris l’éditeur Fayard consent à l’ éditer, le succès est immédiat et déjà les adaptations des premiers volumes se créent au cinéma : Le chien jaune et La nuit du carrefour sortent sur les écrans un peu boudés par le public ils deviendront plus tard des classiques.

Dans les années 30 Simenon voyage en Afrique puis aux Etats-Unis, travailleur infatigable, doué d’une facilité exceptionnelle il continue inlassablement à produire deux à trois romans par an, Gallimard lui offre un pont d’or pour detenir l’exclusivité des droits sur ses nouveaux romans. La guerre de 1940 est là, Simenon se réfugie à La Rochelle, il essaiera plus tard de faire oublier ses relations troubles avec l’occupant en s’installant au Québec puis dans le Nevada ; sa vie va changer, il rencontre une jeune femme Denyse, tout d’abord il l’engage comme secrétaire mais la force des sentiments l’emporte, il écarte Tigy et commence une vie nouvelle dans le Connecticut, les romans s’écrivent en un temps record , les contrats s’enchaînent. L’avenir est assuré.

Pourtant tout n’est pas si simple, Simenon a toujours eu du mal à construire sa vie, c’est une longue suite de désastres amoureux, de liaisons secrètes, de double vie. Il essaiera plusieurs fois de s’installer vraîment comme en Suisse à Epalinges où il fait construire une demeure à l’image de sa réussite, le destin lui infligera des épreuves douloureuses comme le suicide de sa fille Marie-Jo et la fin de sa vie qu’il raconte dans Mémoires intimes provoque des sentiments contradictoires, il y règle ses comptes avec un passé de débauches et de déséquilibre. Cet homme riche comblé n’est plus qu’un vieillard sordide qui livre au lecteur les détails les plus intimes de son existence.

De son œuvre gigantesque, de ses romans traduits dans toutes les langues, de ses adaptations au cinéma, que nous restet-il ? Le visage de Simone Signoret dans La Veuve Couderc, la ruelle parisienne et le pas lourd de Gabin dans le Chat et tant d’autres décors inoubliables : le Paris des faubourgs, les soirs de pluie, la grande silhouette de Maigret errant sur les quais, les bords de mer et les titres si évocateurs de ses romans : Le Port des brumes,La Nuit du carrefour, l’Ombre chinoise ; la magie dans tout cela c’est l’atmosphère «  les frileux soleils d’arrière-saison » la foule anonyme qu’il sait si bien décrire et le fil de l’enquête , la trame, le canevas si bien tissé qui nous envoûte encore bien longtemps après avoir refermer le livre. C’est peut-être cela le génie.

Article du 2 décembre 2012 – La Chronique Littéraire de Clara – Dali, génie ou imposteur ?

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Salvador Dali revient au Centre Pompidou à Paris 33 ans après une exposition qui avait battu tous les records en nombre de visiteurs. De son œuvre stupéfiante que reste t-il ? La fascination est-elle intacte ? On a tant écrit sur lui de son vivant et bien après sa mort que sa légende reste vivante.

Enfant d’un notaire de Figueras Salvador Dali nait en 1904, à l’age de seize ans son père lui impose d’aller étudier la peinture à Madrid, rapidement il se lie avec Federico Garcia Llorca et participe à plusieurs expositions à Madrid puis à Barcelone.

En visite à Paris il fait la connaissance de Picasso et s’extasie au Mus ée du Louvre sur les œuvres des classiques italiens qui l’inspireront toute sa vie . Expulsé de l’Ecole des Beaux arts de Madrid il révèle au jury que ce dernier est incompétent pour juger ses tableaux et il retourne à Figueras la ville de son enfance.

Ses très dures attaques contre l’Art traditionnel lui vaudront bien des ennemis mais il ne se décourage pas et revient à Paris où il entre dans le groupe des surréalistes, c’est au début des années trente que Dali trouve son style, il réalise également avec Luis Bunuel le Chien andalou puis L’Age d’or deux chefs-d’oeuvre qui éblouiront la critique.De New-York à Paris Dali expose et bientôt il est à la une des magazines. En 1936 la célèbre revue Time lui consacre sa couverture, la photo est de Man Ray, le MOMA de New-York l’invite à présenter ses tableaux ; la légende est en marche.

Tous les musées du monde organisent des rétrospectives de son œuvre, comment cette œuvre va t-elle toucher le public et faire de lui un des peintres les plus importants du début du siècle ?

De la fascination des déserts au sang du torero blessé, de la campagne catalane aux ours empaillés qui peuplent sa demeure où est le secret de cette effervescence ? Dali est totalement un artiste du XXème siècle, pétri par le mouvement perpétuel d’un monde en fusion et en constante transformation,.lui-même a opéré de stupéfiantes mutations, ses montres molles, ses objets déformés sont là pour nous rappeler la violence et la richesse des images de notre siècle. Il s’est servi de la publicité plus tard et de tous les genres à la mode, du Rock’en roll aux délires extravagants du New Age.

Sa force, son génie de peintre et ses essais tous transformés, livrets de théâtre, films sculptures…ont eu raison de tous les courants picturaux. Dali aimait la mode, la représentation, adulé par toute l’intelligentzia parisienne il a su comme aucun autre devenir une icône, une référence. Ses théories fumeuses sur l’au-delà et son goût prononcé pour la mort et ses mises en scène ont laissé en héritage chez tous les créateurs de l’époque le rire, le sarcasme et l’auto-dérision.

Alors au Centre Pompidou du 21 Novembre au 25 Mars 2013 » le vampire du surréalisme » va se réincarner peut t-on lire dans le Point , le Tout-Paris va s’y précipiter et les plus jeunes pourront découvrir la vision unique d’un monde révolu.

« La beauté sera comestible ou ne sera pas» disait Dali, méditons cette sentence qui a bien l’odeur de notre temps.

Article du 9 novembre 2012 – Jane Austen dépeint l’Angleterre du XIXème siècle…

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En 1775 naît Jane Austen à Steventon petit village au sud-ouest de Londres. Dans les salles obscures du presbytère où elle grandit Jane assiste de temps à autre à des pièces de théâtre, cela l’inspirera sans doute et éveillera en elle les premières ébauches de la construction de ses personnages romanesques.

Fille de pasteur elle est la septième enfant du couple ; ses frères ainés poursuivent de brillantes études dans la marine britannique.

La plupart des héroïnes de Jane Austen doivent faire l’apprentissage de la prudence alors que leur élan naturel les pousse plutôt dans les affres de la passion. Les erreurs de jugement jalonnent leurs vies comme autant de vies rêvées, elles les conduisent le plus souvent vers des rives dangereuses où l’équilibre est remis en cause ; trouver le juste milieu est peut-être le secret de l’harmonie pense l’auteur qui n’a vraîment jamais «  choisi » dans sa propre vie une route à suivre.

En 1796, à 21 ans elle met en chantier son roman le plus connu de nos jours : « Orgueil et préjugés » puis elle le délaisse pour de petites feuilletons et écrits sans importance, son éditeur achète ses manuscrits mais ne les publie pas dans un premier temps. Viennent alors des années difficiles pour la jeune femme, son père meurt la laissant dans un dénuement relatif, ses frères s’unissent pour lui donner des conditions matérielles décentes mais les mesures d’économie lui imposent une existence étriquée où elle ne peut s’épanouir pleinement. Elle refuse plusieurs demandes en mariage qui la mettraient à l’abri du besoin et reste au sein de sa famille comme une personne en retrait, comme une parente pauvre.

Son premier ouvrage édité «  le Cœur et la raison » paraît anonymement en 1812 puis « Orgueil et préjugés », les ventes sont bonnes mais les bénéfices vite engloutis. L’accueil de la critique se montre tiède  pourtant Jane Austen ne se décourage pas et poursuit son œuvre ; peu reconnue de son vivant il faudra attendre le vingtième siècle pour qu’apparaissent des lecteurs fervents et inconditionnels.

Comme nulle autre elle a su rapporter les travers de son époque, le badinage , les railleries, les réflexions entendues dans les salons, les intrigues et l’ironie du sort, le paraître des personnages qui s’opposent à la description de l’Angleterre de cette époque, le charme de la campagne anglaise et la ville de Bath si souvent décrite .

La fonction sociale des romans de Jane Austen est indéniable, à la description minutieuse de la bourgeoisie de l’époque s’ajoute la dimension psychologique des personnages, tous englués dans les méandres de sentiments fluctuants et imprévisibles.

Jane Austen est morte à 42 ans laissant derrière elle de nombreux manuscrits inachevés, de nombreuses lettres jamais éditées. Son dernier ouvrage : « Persuasion » a longtemps fait figure d’œuvre testamentaire, en effet son climat mélancolique aurait pu être interprété comme un adieu douloureux à la vie. C’est plutôt un livre accompli qui démontre que les rêves peuvent se réaliser et que chacun d’entre nous est en mesure de prendre une revanche sur la vie.

Cette jeune fille du roman Anne Elliot s’est laissée persuader de rompre ses fiançailles avec un homme pas assez riche ni titré, il lui faudra faire l’expérience amère d’une existence sans amour pour qu’elle puisse voir clair en elle et accomplir enfin le destin  qui lui était promis.
 
Toutes les œuvres de Jane Austen ont été adaptées à l’écran dont le célèbre « Orgueil et Préjugés » film de Joe Wright
Orgueil et Préjugés  Ed. Folio GALLIMARD
Persuasion   Ed. Folio GALLIMARD

Article du 23 octobre 2012 – Le Petit Larousse illustré.

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Qui se cache derrière cet ouvrage ? Il s’en vend plus d’un par minute, le premier exemplaire coûtait cinq francs, quarante experts l’ont rédigé en équipe : c’est le Petit Larousse illustré. Il est né il y a 160 ans et sa mission première était d’instruire le public comme en témoigne sa devise : « je sème à tout vent ».

Son logo stylisé représente un pissenlit dont les graines s’éparpillent sous le souffle d’une semeuse.

En 1830 à Toucy dans l’Yonne Pierre Larousse est un écolier avide de savoir, il dévore tous les livres à sa portée ; devenu grammairien et éditeur il ne tarde pas à déceler les lacunes des manuels scolaires et décide d’y remédier. Il rejoint Paris, à cette époque il a de très petits moyens mais sa volonté est tenace, il suit les cours les plus prestigieux de linguistique et de littérature, en 1852 il fonde une librairie classique tout en publiant de nombreux ouvrages de références qui lui assure sa prospérité.  Naît alors le Nouveau Dictionnaire de la langue française. On est en 1856. Son but est de faire travailler l’esprit des élèves pour les faire penser par eux-mêmes grâce à des exercices spécifiques.

De nos jours la grande tradition demeure et elle s’enrichit chaque année de mots nouveaux, on retiendra cette année «  bobologie» et «tweet», s’ajoutent les noms propres de personnalités fiers d’appartenir à la liste déjà longue des élus du dictionnaire ; les planches illustrées complètent l’ensemble, elles ont pour thème les déserts, les roches et minéraux.

Les premiers dictionnaires ne possédaient pas d’illustrations, en les compulsant aujourd’hui on se rend compte de l’évolution et de la place qu’a pris l’Image dans notre société. Il faut sans cesse actualiser et étoffer certains contenus, les lexicographes et les grammairiens qui composent l’équipe de rédaction sont à pied d’œuvre pour continuer à diffuser le savoir mais aussi pour le rendre accessible à tous, rendre clairs les termes en usage et aider ainsi les adeptes de la langue française sur le territoire mais plus encore dans tous les pays francophones.

On a fort à parier que Pierre Larousse serait fier du résultat, épuisé par des années de travail acharné il s’éteint en 1875 avant d’avoir vu la parution de son Grand dictionnaire universel de XIX ème siècle. Bien des décennies plus tard le Petit Larousse illustré a trouvé sa place dans chaque foyer, c’est une référence incontournable, l’esprit de Diderot et d’Alembert continue d’inspirer les esprits laïques et progressistes, il existe même une Association Pierre Larousse crée en 1995, elle a pour but de pérenniser la mémoire de celui qui a voué sa vie aux mots et au langage, elle organise chaque année un Salon du Livre et publie un Bulletin qui rassemble des articles historiques et des études sur l’œuvre de l’illustre grammairien.

L’Association Pierre Larousse est accessible sur Internet.

Article du 2 0ctobre 2012 – Catherine de Médicis: sa vie est un roman

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Cette reine méconnue a inspiré les plus grands romanciers et historiens. Jules Michelet dans son Histoire de France ou Alexandre Dumas dans la Reine Margot nous la décrivent tour à tour comme une meurtrière empoisonneuse ou comme l’instigatrice de la Nuit de la Saint Barthélémy.

Dans l’inconscient collectif elle reste celle qui a ordonné l’assassinat des protestants dans la nuit du 23 au 24 Aout 1572. Pourtant cette femme présente de multiples façettes, c’est une Médicis puissante famille de Florence. Orpheline à 8 ans elle est enfermée dans un couvent,  c’est son oncle le pape Clément VII qui va la donner en mariage à Henri II , elle a quatorze ans, elle comprend très vite que son époux en aime une autre la célèbre Diane de Poitiers, elle n’est pas encore reine et il lui faudra attendre dix ans avant de donner un héritier au trône de France.

Habile et intelligente elle se rend compte très rapidement de la précarité de sa position, la Religion est un instrument politique dont elle va essayer de rassembler les clans  pour ramener la paix dans le royaume. Moderne et supersticieuse elle a hérité du raffinement de sa lignée, elle impose par exemple l’usage de la fourchette à la cour, monte à cheval en amazone vêtue d’un pantalon, toutes choses impensables à cette époque.

C’est le début de XVI ème siècle, une époque charnière qui essaie d’oublier l’obscurantisme du Moyen-Age pour se tourner vers la Renaissance. Soutenue par François Ier son beau-père elle trouve sa place au milieu d’une Cour où les complots et les haines sont tenaces. Plus tard elle abolira la peine de mort en matière d’hérésie et elle accordera la liberté de culte.

La plupart des historiens ont fait d’elle une reine diabolique usant de poisons et d’intrigues pour parvenir à ses fins, cette légende a longtemps dominé. Devenue reine, épouse de Henri II puis veuve de celui-ci elle pense enfin avoir trouvé le compromis dont la France a besoin, elle organise l’union entre sa fille Marguerite de Valois catholique et Henri de Navarre futur Henri IV protestant, la concorde n’est qu’apparente, on tente d’assassiner l’Amiral de Coligny chef des protestants, la situation s’embrase. C’est la terrible nuit de la Saint-Barthélémy, à Paris on comptera 3000 morts et trois fois plus en province. Catherine condamne le massacre mais elle ne peut poursuivre son fils Henri d’Anjou le véritable responsable de la tuerie, c’est lui de ce fait qui tient désormais les rênes du pouvoir.

On a longtemps pensé que les relations malsaines au sein de la famille royale avaient beaucoup affaibli le règne de Catherine de Médicis, la folie de ses descendants, l’inceste au sein même de la Cour, toutes ces turpitudes il est vrai n’ont pas servi sa cause mais cependant elle a rayonné à sa manière, elle a été un mécène averti, s’entourant d’artistes, de musiciens, d’écrivains, son goût pour l’architecture et les arts a laissé bien des traces dans les siècles qui ont suivi.

Elle n’a pas été qu’une femme trompée, vivant dans l’ombre de son mari, elle a su affronter ses ennemis pour devenir une figure emblématique du XVIème siècle, menant une politique de tolérance et essayant sans relâche de réconcilier les parties ennemies. On tente de nos jours de réhabiliter son image et le rôle qu’elle a joué dans l’Histoire, de nuancer son côté irrationnel et la tentation qui était sienne de s’en remettre sans cesse aux mages et astrologues. Bien sûr à sa mort en 1589 le trône échoit à un Bourbon, la réconciliation n’aura pas eu lieu.

Plusieurs ouvrages à découvrir :

Les Lys pourpres de Karin Hann  Editions du Rocher 2012-10-02
Catherine de Médicis de Jean Orieux Flammarion
La Reine Margot  de Alexandre Dumas Folio Gallimard

Article du 25 septembre – Albert Moravia : la conscience éveillée

200px Albertomoravia 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Qui se souvient encore d’Alberto Moravia ? Grand écrivain, voyageur, homme curieux de son temps ? Il disait souvent : » A Paris on me considère comme un écrivain français » en effet il venait dans la capitale pour des conférences, rencontrer ses amis, parler de Pasolini ou du cinéma italien, pour retourner visiter le Louvre et ses expositions permanentes.

On n’a peut-être prêté qu’une attention distraite à cet italien né à Rome en 1907, on a dit de lui que c’était un écrivain facile parce qu’il était abordable, populaire aussi parce que près du peuple. Dès son premier roman «  Les Indifférents » on est captivé par l’intrigue et le décor de la villa bourgeoise où se déroule le récit.

En 1916 Moravia est touché par la maladie, une tuberculose osseuse qui l’immobilise pendant huit ans. Contraint d’abandonner ses études il commence à écrire. L’atmosphère du livre est pesante, on en entre dans une famille ruinée qui vit dans cette demeure bourgeoise qu’elle n’a plus les moyens d’entretenir. Marie-Grâce veuve stupide et vaniteuse essaie en vain de retenir son amant Léo homme brutal et cynique, le climat est moite et lourd, il pleut presque toujours dans ce huis-clos dévastateur, les scènes de jalousie succèdent aux scènes qui naissent du manque d’argent.

Tout est sordide, du décor ambiant jusqu’aux âmes des protagonistes. Le luxe trompeur de la villa n’est qu’une apparence, peu à peu tout se délite lentement. L’action se déroule sur deux jours, y a t-il ici un seul personnage qui peut redresser la situation et ne pas sombrer dans l’irréparable ? La tragédie est présente à chaque page et l’urgence des situations se perd dans la nonchalance du récit, c’est là le coup de maître de Moravia qui dépeint l’érosion d’une société mais qui comme ses personnages s’enfonce dans un mélange de résignation et de fatalisme. L’hypocrisie et le mensonge imprègnent les lieux et les esprits, ils emportent avec eux les quelques élans réparateurs qui pourraient nous les rendre sympathiques.

L’argent le sexe et la mort seront les thèmes essentiels de l’œuvre de Moravia que ce soit dans Le Mépris ou dans Le Conformiste on retrouvera le désenchantement, la sobriété de l’analyse psychologique et l’amertume de l’écrivain qui gardera toujours un regard lucide sur la société de son temps.

Dans les années cinquante Moravia lance plusieurs revues dont Nuovi Argomenti, son activité intellectuelle ne se tarira jamais et le placera de fait au centre de la vie culturelle italienne, de nombreux films seront tirés de son œuvre on peut citer Le Mépris de Jean-Luc Godard en 1963 et Le Conformiste de Bertolucci en 1970.

De ses nombreux voyages au Mexique et ailleurs il rapportera des articles et des chroniques pour témoigner en Europe de ses découvertes et de ses expériences à travers le monde.

Pendant la guerre il devra échapper au fascisme et rejoindre les montagnes du nord de l’Italie où il restera caché, même si ses œuvres ont souvent été mises à l’index, son audience ne cessera de croître et la critique se rendra à l’évidence : Alberto Moravia est un très grand écrivain. «  Le romancier donne à voir par le trou de la serrure ce que l’on ne pourrait voir autrement »

Les Indifférents Garnier-Flammarion 1991 

Article du 13 septembre 2012 – JACK KEROUAC Le Clochard céleste

cuar01 kerouac0708 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Le Musée des Arts et Lettres de Paris présente en ce moment l’exposition « Sur la route » en hommage à Jack Kerouac dont le livre culte du même nom « Sur la Route » vient d’être adapté à l’écran. On découvre pour la première fois l’incroyable rouleau tapé à la machine du roman écrit par Kerouac en 1951.

La première édition « On the road » est publiée en 1957. L e rouleau de papier d’une longueur de 36 mètres est une curiosité car il est né sur une machine à écrire Underwood, il représente à lui seul la somme de 125000 mots et symbolise la route qu’a parcouru Kerouac entre 1947 et 1950 .

Jack Kerouac est né en 1922 dans le Massachussetts au sein d’une cité ouvrière, il développe son imagination à travers la lecture de Mark Twain et Jack London. Il se fixe à New-York en 1940 et découvre la vie frénétique des grandes capitales. Très vite il ressent l’appel de l’aventure et décide de traverser les Etats-Unis d’est en ouest de Cape Code à Los Angeles. Au cours de ses voyages il note ses impressions et expérimente la vie de vagabond. Au hasard de ses rencontres, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel il décrit la dure réalité des gens de passage, de la drogue et de la privation.

Ses textes sont un hymne à la liberté et au refus de toutes contraintes. Ramener l’écriture dans la vie est désormais son credo, sa prose spontanée rythme une écriture survoltée, c’est un voyage initiatique à bien des niveaux, les scènes de sexe et de drogue sont apocalyptiques et immédiatement censurées par la société américaine peu préparée à recevoir ce genre de littérature déjantée et amorale.

Ce livre qui décrit la rue choque par sa violence et devant le refus de la plupart des éditeurs Kerouac se voit contraint de retravailler le texte. On a dit que le livre exaltait le « culte décérébré » de la société mais ce qui est reproché à l’auteur en priorité c’est son penchant pour l’alcool et la drogue, on l’associe rapidement aux « bandes menaçantes » des émules de Marlon Brando et James Dean ; ainsi nait la Beat generation qui va déferler sur la jeunesse américaine et l’on verra de nombreux adolescents de l’époque adopter le mode vestimentaire de leurs modèles et partir sur les routes pour vivre comme les personnages de « Sur la route ». Larguer les amarres, vivre l’interdit, rechercher à tout prix l’exaltation et l’intensité de la vie telle est l’ambition de nombre de jeunes américains des années cinquante.

Enfin le roman est publié en 1957. La critique est élogieuse, on parle d’une œuvre d’art authentique dont le style fait preuve d’une grande virtuosité. Jack Kerouac essaiera un peu plus tard de se défaire de l’image de rebelle et de « bon à rien » qui lui colle à la peau mais en vain , on trouve peu de côtés positifs à sa fuite, et il est vite cantonné dans un cercle étroit d’écrivains marginaux. Il cherche alors la sortie sans y parvenir, la perte de son père le plonge dans une dépression profonde et son addiction à l’alcool prend des proportions alarmantes ; « j’ai le sentiment affreux que tout est mort » dit-il.

En vain également il essaiera de faire acheter les droits du livre pour produire le film tiré de l’œuvre mais la trame du roman est trop floue, l’intrigue trop décousue et la plupart des réalisateurs abandonnent le projet. C’est en 2004 que Francis Ford Coppola parraine l’exécution du scénario et le confie à Walter Salles. Plusieurs versions verront le jour, il faudra arpenter les routes et refaire le chemin à l’envers pour comprendre le sens du livre qui est devenu culte et les enjeux de cette génération. «

La route est pure, la route rattache l’homme des villes aux grands forces de la Nature sur la route, dans les restaurants qui la bordent, les pompes à essence, les faubourgs des villes qu’elle traverse, les amitiés et les amours de passage se nouent, la route c’est la vie » écrit Kerouac. Les dernières années de sa vie le verront quitter peu à peu ses amis écrivains, les doutes l’assaillent sur sa propre création, il lira encore quelques poèmes à la radio et mourra à 47 ans ravagé par l’alcool et dans la misère, il ne lèguera que 90 dollars à ses héritiers.

Sur la route Jack Kerouac Gallimard
Les Clochards célestes Jack Kerouac Gallimard
Le magazine Plume Septembre 2012 et le film de Walter Salles Sur la Route 2011

Article du 4 septembre 2012 – Blaise Cendrars ou la vie dangereuse

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Blaise Cendrars est né en Suisse à La Chaux-de Fonds en 1887 , il vit une enfance tourmentée et mouvementée entre un père ingénieur malchanceux et une mère maladive. On l’expédie en Allemagne comme pensionnaire mais il s’enfuit. A seize ans il quitte sa famille, traverse une partie de l’Europe pour arriver en Russie…

Parcourant ces contrées de part en part il fait halte à Paris puis New-York l’attire et il s’embarque. Le gigantisme, la mécanisation américaine ont raison de ses maigres économies, on le retrouve au Brésil puis à Paris de nouveau où il se lie d’amitié avec Chagall, Delaunay et bien d’autres peintres du Paris d’avant-guerre. Il publie alors la Prose du Transsibérien et Pâques à New-York. On est en 1914, la tragédie est là, Cendrars s’engage dans la Légion Etrangère, un obus lui arrache la main droite comme un signe du destin.

On l’ampute ; son inspiration s’en trouve décuplée, ce touche-à-tout de génie s’enthousiasme alors pour les mouvements d’avant-garde, l’Art nouveau, le cinéma, les dadas mais il n’adhère à aucune école. Entre les deux guerres il écrit l’Or et Moravagine , l’invasion allemande de 1940 le fait se retirer dans le sud loin des atrocités, pendant trois ans il garde le silence puis renaît avec l’Homme foudroyé et la Main coupée.

Aventurier, bourlingueur, que lui reste t-il de ses voyages ? Inspiré par d’incessants déplacements à travers le monde du Brésil à l’Afrique il se nourrit de ses expériences. Est-il un menteur génial ? Rumeurs de périples insensés, visage cabossé par la vie, main coupée, est-il un précurseur romantique ? Avec ses 101 métiers : figurant, poète, soldat, navigateur solitaire il a entretenu le mystère. On a nourri bien des légendes à son endroit, n’était-il pas seulement un solitaire, « un initié de la vie » ? Il veut raconter le monde comme il le sent, décrire les paysages comme il les respire et les rencontres de hasard comme il les entrevoit.

C’est un pigeon voyageur, il est unique et multiple à la fois. On a dit de lui qu’il était : » un rêveur éveillé » mais c’est sans doute le don de la fraternité qui le caractérise le mieux, un homme qui veut seulement se rapprocher des autres, des inconnus accoudés comme lui au bastingage de la vie et qui regarde le temps qui passe, sans regrets.

Mauvais mari, mauvais père il ne renoncera jamais à l’ivresse du départ, une sirène de paquebot et il redevient errant. Il s’est emparé des surréalistes, des expressionnistes, des nihilistes, tous ces mouvements l’ont sans doute inspiré mais il était avant tout un chroniqueur infatigable, un beatnik avant l’heure. Cendrars n’est pas de tout repos, ce n’est pas un modèle mais il nous inspire une curiosité admirative.

Lui qui voulait mourir dans la Mer des Sargasses va s’éteindre dans un appartement discret du septième arrondissement. « Ecrire c’est abdiquer » disait-il mais pour lui écrire c’était vivre. Henry Miller écrivait à son sujet : » nous avons besoin des poètes de la nuit et de la désolation, tu nous les apporte comme des mots réconfortants »

La Main coupée  Ed Gallimard folio 1993
Blaise Cendrars par Frédéric Ferney  Ed. F Bourin 1993
Blaise Cendrars La Vie dangereuse Ed. Grasset 1987

Article du 26 Août 2012 – Stefan Zweig ou le vagabond de l’absolu

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Il a congédié la gouvernante, le jardinier a pris son dimanche, il fait le tour de la maison, lentement, tout est en ordre ; les dernières lettres sont écrites, prêtes sur le bureau. Les deux fioles de gardénal sont sur la cheminée, il regarde sa femme sans lui parler, les mots sont devenus inutiles.

Cet homme qui a choisi de mourir loin de sa patrie à Petropolis au Brésil s’appelle Stefan Zweig. Exilé depuis de longues années, voyageur inconsolable il répond à l’appel des ténèbres. Ce geste désespéré a de multiples explications : l’épouvante de la guerre, l’isolement, la peur panique de la vieillesse ont raison de sa volonté. Pourtant que de génie chez cet homme !

Il nait à Vienne en 1881 dans un milieu bourgeois, reçoit une très bonne éducation. Sa vo cation littéraire s’éveille rapidement, après de solides études de philosophie il publie quelques poèmes dont il dira que son style est vaniteux et ampoulé. Ce sont ses voyages incessants qui vont l’inspirer et lui apporter la notoriété, ses amitiés internationales dont celle de Romain Rolland et de Emile Verhaeren exerceront sur lui une influence considérable.

Sa vie est tourmentée, les deux guerres et le récit de leurs horreurs, le bouleversent, pourtant dans les années 20 il publie à un rythme soutenu, des nouvelles , des romans, des biographies historiques dont celle de Marie Stuart et Marie-Antoinette. Ses œuvres connaissent un succès immédiat et leurs traductions le font connaitre dans le monde entier. Il s’installe à Salzbourg dans l’espoir d’y résider définitivement mais sa manie des voyages le reprend , il se rend en URSS puis en France, relatant dans des revues les péripéties de ses multiples déplacements ; il raconte dans « Le Monde d’hier » sa réserve sur l’expérience soviétique, il explique sa neutralité et comment il tient avant tout à sauvegarder son indépendance intellectuelle.

La montée du nazisme dans les années trente instaure un régime de terreur à l’encontre des juifs autrichiens et Stefan Zweig se rend compte qu’il ne plus rester en Autriche. Il gagne Londres, les temps sont difficiles, ses biens en Autriche sont saisis par la gestapo, il ne peut échapper au démantèlement de son patrimoine, ses droits d’auteur sont gelés en Allemagne. Bientôt il ne peut plus écrire en allemand sa langue maternelle ; la dépression le guette à nouveau, il a le sentiment d’avoir perdu sa patrie. A bout de résistance il s’embarque pour New-York, y réside un court moment puis il gagne le Brésil : « un paradis au bout du monde » Là non plus il ne trouvera pas le repos.

Son œuvre est considérable et d’un grand modernisme, la dimension psychologique de ses romans est encore d’actualité car ses personnages bien que tous victimes de passions destructrices s’inscrivent de plein droit dans le troisième millénaire.

Deux thèmes sont privilégiés : le secret et la passion, il sait comme nul autre intérioriser les émotions et décrire les déchirements de ses héros . « Le Voyage dans le passé » résume à lui seul l’univers romanesque de Zweig : un jeune homme pauvre tombe amoureux de la femme de son bienfaiteur, une mission de confiance l’envoie au Mexique pour neuf ans ; que seront les retrouvailles ? Comment le Temps agira t-il sur la profondeur des sentiments ? On lira aussi bien sûr La Pitié dangereuse et 24 Heures de la vie d’une femme deux romans phare du maître autrichien, on y voit des femmes en fuite vers un monde qu’elles croient meilleur, celui des rencontres hasardeuses, le destin les renvoie le plus souvent à leur point de départ et on comprendra alors le sens illusoire de leurs rêves de liberté.

Alors la fin de Stefan Zweig était annoncée depuis longtemps. L’esprit des Lumières de l’Ecole viennoise, la vie facile, les cafés littéraires tout cela s’était envolé avec la terreur hitlérienne et les beaux jours ne reviendraient pas. On a dit que Zweig était l »écrivain du désastre et qu’il annonçait l’ère moderne ; il fut selon Laurent Seksik « l’inconsolable témoin de son époque, vagabond de l’absolu ».

Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik Ed Flammarion 2010
Zweig et le monde d’hier de Isabelle Hausser Ed. de Poche 2010

Article du 14 août – Charles Baudelaire l’astre noir

Las Flores del Mal Charles Baudelaire 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Baudelaire est un astre noir écrit Marcel Jullian, oui la nuit est son royaume, le deuil son inspiration première. «Sois sage Oh ma douleur et tiens toi plus tranquille». Avant tout Baudelaire était un visionnaire ce qui a suscité l’incompréhension de ses contemporains.

Né en 1821 Baudelaire connaît une enfance tourmentée et une adolescence fantasque, les bouleversements familiaux, la mort de son père et le remariage de sa mère font de lui un jeune homme solitaire et déjà amer, il trouve le refuge dans les bras des prostituées et dans le haschich ; ses sorties, ses fréquentations effraient, on se doit de l’éloigner alors on l’expédie de l’autre côté des mers vers l’Ile Maurice où il séjournera quelques temps. De retour en France il dilapide l’héritage paternel, on le met sous tutelle, suprême humiliation, commencent alors des rapports difficiles avec sa famille et le notaire chargé de lui verser une rente mensuelle.

En 1847 surviennent les premiers mouvements révolutionnaires, Baudelaire se mêle aux émeutiers, exalté un moment par les élans des jeunes rebelles, mais il est malade, il souffre de syphilis, déménage de meublés en hôtels miteux où il survit grâce a l’aide de quelques autres poètes. Il découvre Edgar Poe, s’enthousiasme pour son modernisme et entreprend la traduction de ses œuvres, il n’aura de cesse que de la faire connaître en France.

Les liaisons diverses de Baudelaire avec des comédiennes , des chanteuses, des prostituées inspireront bien sûr sa poésie et avant tout les Fleurs du Mal recueil de poésies très mal accueilli par la Critique :  » L’odieux y côtoie l’ignoble, le repoussant s’y allie à l’infect «  peut-on lire dans le Figaro. Baudelaire est atterré, le réquisitoire est sans appel, le livre est saisi, six poèmes interdits. Le poète est alors tristement célèbre, caricaturé, haï, son découragement est immense.

Isolé , se défiant de tout le monde il ne sait vers qui se tourner, il est malade , vertiges, étouffements, douleurs il a recours a l’opium et à l’éther pour alléger ses souffrances. Sa dépendance financière est pesante ses dettes augmentent, il songe au suicide ; la France ne l’aime pas alors il s’exile en Belgique pour un moment mais la désillusion l’attend là-bas aussi, ses conférences n’intéressent  personne ; son état s’aggrave, on le ramène à Paris, crise d’hémiplégie, il est aphasique, il ne peut plus écrire ni parler. Il lui reste quelques mois à vivre.

Que dire des Fleurs du Mal ? C’est l’un des recueils les plus célèbres de la poésie française. Trop en avance sur son temps ?

Trop misanthrope ? Trop lucide ? Trop noir ? Bien des qualificatifs lui seront donnés. Avant tout Baudelaire était un visionnaire ce qui a suscité l’incompréhension de ses contemporains ; il vante la beauté mais une beauté sauvage et primaire ce qui choque la bourgeoisie ; et puis la Mort omniprésente qui angoisse et qui revient comme un leit-motiv. Baudelaire fut aussi et surtout un critique d’art à une époque où les audaces picturales ne manquaient pas, ses textes critiques sont encore d’une grande actualité. Bien sûr il a inspiré le dégoût et l’opprobe  mais il reste un des grands poètes de la langue française. Poète maudit sans doute , désabusé, en rupture avec la société de son temps, il a défié le monde des bourgeois alors qu’il en attendait la reconnaissance en temps qu’artiste. L’image de la femme est également très moderne dans l’œuvre de Baudelaire, l’érotisme déclaré a rebuté la critique académique, la description du corps des femmes a choqué, pourtant que de beauté et d’esthétisme dans ces vers :

« Que j’aime voir chère indolente, De ton corps si beau, Comme l’étoffe rutilante, Miroiter la peau »

Que dire de plus ? Verlaine et Rimbaud s’en inspireront et Victor Hugo écrira à Baudelaire : » Vos Fleurs du Mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles » la beauté de ces vers a longtemps échappé au lecteur moyen mais aujourd’hui Baudelaire est devenu un classique, sa poésie est en nous et voyage bien au-delà des frontières sur les bancs des universités.

«La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs »

Article du 30 juillet 2012 – Albert Camus un Homme révolté

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Albert Camus est né en 1913 à Alger, orphelin de père très jeune il est élevé par sa mère dans un quartier populaire, il connaît alors une existence de privations dans une famille pauvre mais digne. Après de brillantes études de philosophie il devient journaliste, tout d’abord à Alger puis à Paris, ses ennuis de santé l’empêchent de s’engager mais il occupe une place importante au sein de la Résistance.

Tour à tour essayiste, romancier puis dramaturge il s’essaie à tous les genres littéraires ; la prise de conscience de l’absurdité de la vie, les errements de l’âme humaine seront les thèmes principaux de son œuvre et on les retrouvera dans L’Etranger comme dans le Mythe de Sysiphe.

C’est dans nos actes que nous serons jugés écrit-il et il faut assumer jusqu’au bout nos erreurs ; sa morale est toujours humaniste, son exigence intacte quant à la liberté et le sens donné à nos vies. Son style est sobre, puissant, classique dans la forme mais plus fougueuse dans le fonds. La vie  vaut elle d’être vécue ? Ou est la logique de notre existence ? Faut-il accepter son destin sans révolte ? Tout sauf la résignation, c’est un défi ambitieux car selon lui il faudrait vivre sans espoir du lendemain mais en jouissant à chaque instant de notre condition humaine.

Son roman le plus connu, le plus étudié, le plus traduit reste l’Etranger, achevé en 1940 il retrace l’existence médiocre de Meursault, employé de bureau anonyme et falot qui vit dans une sorte de mécanisme, indifférent il voit se dérouler les jours sans en comprendre le sens profond. Appelé à l’asile où sa mère vient de mourir il accomplit les gestes du rite de la veillée funèbre, sa peine et son chagrin sont peu perceptibles, ensuite il continue sa vie banale, par hasard il va tuer un homme qu’il ne connaît pas, il n’y a ni haine ni mobile au meurtre seulement un concours de circonstances malheureux. Déféré à la justice il est étranger à tout sentiment humain diront ses juges, tout juste indifférent à son sort ; condamné à mort il regrettera à peine cette vie qu’il faut quitter, seulement quelques jours de bonheur et puis voilà.

Cet étranger là est bien proche de certains héros du XXIème siècle, lucide sur sa condition mais si désespérant dans sa solitude, sans compassion ni approche ni fraternité, si seul face à lui-même. Pour Camus l’Homme vit dans le relatif, il doit donner un sens à son action, « nous ne pouvons pas tout maîtriser mais quel chemin emprunter pour ne pas renier notre vision de monde ? »

Le bien et le mal sans cesse associés nous conduisent invariablement à nous battre contre l’injustice, mais comment diminuer la souffrance d’autrui ? La loi du plus fort et le recours à la force, la tentation du fascisme ou autres dictatures seront bannis de toute forme de pensée et Camus le proclame : » nous devons préparer une société où les hommes seront heureux et où la terreur ne sera plus nécessaire ».

Quant à la contagion de la haine elle doit être endiguée pour envisager un monde meilleur. C’est dans Noces que l’on fera connaissance d’un autre écrivain celui du bonheur, de la contemplation, celui qui nous enchante avec les descriptions de la Nature, de la mer, du soleil méditerrannéen. Et puis plus tard au théâtre Camus s’illustrera, on se souvient de Gérard Philipe dans Caligula et de Serge Reggiani dans Les Justes  . Jean Vilar au festival d’Avignon, un temps lointain mais pourtant si proche dans sa modernité et dans son approche de la vérité. Prix Nobel de littérature en 1957 Albert Camus déclare : » nul ne peut refaire le monde mais essayons au moins de ne pas le défaire » L’isolement, le sens de la vie, le destin tels sont les thèmes de l’œuvre de Camus, le destin qui justement le rattrapera sur une route secondaire le 4 Janvier 1960, un accident mortel.

L’Etranger – Gallimard 1993
Noces  – Livre de Poche 2005
L’Homme révolté  Livre de Poche 2005

Article du 17 juillet 2012 – Romain GARY, « l’homme qui ne savait pas désespérer »

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A quoi sert de rétablir la vérité sur un homme qui sa vie durant s’est acharné à transformer la Réalité ? C’est ainsi que l’on pourrait décrire Romain Gary, cinq identités, deux Prix Goncourt et mille tragédies. Sa vie fut elle-même un roman, son destin hors du commun commence avec sa mère russe chassée de Moscou par la Révolution, immigrée en France à Nice.

C’est là qu’elle initie son fils de treize ans à « l’amour de la France. Naturalisé français il rejoint la France libre en 1940 puis participe à la Bataille d’Angleterre et celle de Normandie. Il fera ensuite partie des Compagnons de la Libération et vouera au Général de Gaulle une admiration éperdue jusqu’à sa mort.

De retour de guerre il apprend la mort de sa mère, pourtant il reçoit encore des lettres d’elle, 250 lettres qu’elle a confiées à une amie pour que au-delà de la mort son fils puisse encore compter sur ses recommandations et ses conseils. On voit jusqu’à quel point cet amour entre mère et fils construira l’œuvre de Gary. Son premier roman Education européenne ne connaît qu’un succès d’estime, raillé par la critique pour n’être qu’un écrivain de seconde zone il obtient le prestigieux Prix Goncourt pour Les Racines du ciel en 1965, ce roman cherche à nous convaincre de la sauvegarde indispensable des valeurs de notre civilisation, c’est aussi un roman écologique avant l’heure qui met en lumière le combat pour sauver les éléphants et tous les autres animaux sauvages d’Afrique.

La Promesse de l’aube raconte son histoire familiale, l’espérance d’une mère qui veut le meilleur pour son fils, une vie de grandeur et de faste, il sera ambassadeur ou rien ; on retrouve ici le sentiment de l’honneur, le sacrifice d’un jeune homme étranger qui ne trouvera sa place que dans les hautes sphères de la diplomatie. De multiples voyages émailleront la vie réelle de Romain Gary, de capitale en capitale il peaufine ses personnages romanesques et nous entraîne plus loin, dans un univers parfois fantastique où l’on rencontre des pythons qui parlent et des enfants perdus comme Momo dans La Vie devant soi, dans ce livre c’est la vie et la nature humaine que l’on découvre, l’action se situe dans un milieu défavorisé à Paris, à Belleville quartier populaire où la fraternité n’est pas un vain mot, Madame Rosa vieille femme juive ancienne déportée a recueilli Momo dont les parents ne donnent plus signe de vie, de sa vie passée on ne relate que les cauchemards de la déportation qui hantent encore ses nuits , elle a pour cet enfant solitaire un amour inconditionnel parfois brutal et le lien qui les unit se situe toujours aux limites de l’émotion, pas de mélodrame mais une humanité profonde ; la maturité de Momo surprend et son attitude à la fin du livre est une leçon de vie, il redonnera à Madame Rosa l’honneur qu’elle a cru perdre et l’accompagnera dans ses derniers moments mieux qu’un vrai fils, comme un être humain.

C’est sous le pseudonyme de Emile Ajar que ce roman est édité, à la mort de Romain GARY on apprendra la supercherie. Il aura donc obtenu deux Prix Goncourt lui que les intellectuels parisiens ont longtemps boudé, son indépendance d’esprit n’a jamais failli, jusqu’au bout de sa vie il a choisi la liberté, c’est « l’homme qui ne savait pas désespérer » écrira l’un de ses amis. Avec le sens de l’humour, le goût du calembour, il aura décrit un monde dur parfois mais toujours plein d’espoir. Mille tragédies, mille rebondissements ont émaillé sa vie, il épousa une actrice célèbre Jean Seberg, réalisa un film : Les oiseaux vont mourir au Pérou » longue mélopée nostalgique puis un matin d’été en 1980 il choisit de vivre son dernier jour.

L’univers romanesque de Romain Gary ont inspiré de nombreux réalisateurs :

La Promesse de l’aube de Jules Dassin 1971
Les Racines du ciel de John Huston 1958
La Vie devant soi de Moshe Misrahi 1977

Tous ses romans sont publiés chez Gallimard Folio

Article du 10 juillet 2012 – Boris Vian, le génie mal compris ! (Vidéo)

Boris Vian 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Toute sa vie et bien après sa mort Boris Vian restera le jeune homme à la trompette, il ne sera jamais reconnu de son vivant comme le romancier de premier plan qu’il était réellement. C’est à la projection privée du film J’irai cracher sur vos tombes qu’il s’écroule. Il a 39 ans.

Ses premières années se passent dans le cadre idyllique de la propriété des Fauvettes a Saint-Cloud, c’est le temps de la liberté et d’une éducation libre et sans contraintes, ces années bonheur ne dureront qu’un moment car la crise de 1929 ruine en partie la famille. Boris Vian enfant maladif doit combattre très jeune de nombreux problèmes de santé, surprotégé par sa mère il saura s’en affranchir pour aborder une adolescence choyée mais libre.

Très vite il concrétise les espoirs de ses parents en réussissant brillamment ses études il passe le Bac à 15ans en se préparant aux Grandes Ecoles. En fait sa grand passion est la musique, c’est la grande époque des surprises-parties et des fêtes permanentes, Boris Vian se lance à corps perdu dans une vie facile pourtant c’est la guerre, une guerre qu’il traverse à l’abri des évènements les plus tragiques. Sa désinvolture et son goût du farniente le distinguent parmi les élèves de l’Ecole Centrale où il fait figure d’éternel adolescent.

Marié très jeune en 1941 il continue sa vie de bohême hésitant sans cesse entre le Théâtre, le cinéma et la littérature. C’est le jazz qui va occuper une place prépondérante dans sa vie, il rejoint le Hot Club de France durant l’Occupation et ce sera une expérience essentielle et fondatrice pour son avenir musical.

Boris traverse cette époque en s’amusant, oubliant les soucis financiers et la mort de son père, cependant en 1946 il publie L’Ecume des jours une histoire simple en apparence qui deviendra un livre culte pour bien des générations. Il y décrit un univers rêvé mais fragile, un monde fantastique où l’on voit croître des nénuphars dans les poumons des jeunes filles et où l’amour courtois existe encore.

Boris Vian un peu plus tard connaîtra le scandale avec « J’irai cracher sur vos tombes », c’est l’élucubration maladive d’un métis titre la Dépêche de Paris mais c’est plutôt la mystification au sujet du véritable auteur qui fait courir le « Tout Paris ». Qui est Vernon Sullivan ?  Vian joue les faussaires avec un plaisir évident mais le mystère planera un certain temps dans le monde littéraire de l’époque.

Pour toujours le nom de Boris Vian reste attaché à St Germain des Prés, c’est pour lui un paradis enchanté, l’afflux des artistes et des écrivains en fait un lieu de renommée mondiale, ce sont alors de beaux jours, une animation permanente, les boîtes de jazz fleurissent comme le Tabou, la musique noire qu’apprécie tant Boris Vian fascine la presse et agace les bourgeois.

Les fêtes se succèdent, la mode s’y crée, c’est devenu le rendez-vous de la jet-set parisienne, le tourbillon est perpétuel mais pour Boris la vie de bohême ce n’est charmant que dans les films américains, la réalité le rattrape et il connaît alors une crise existentielle sans précédent. La dérive de son couple et ses problèmes de santé peuplent ses nuits sans sommeil, il se sent relégué par le monde littéraire, lâché par Sartre et Queneau ses manuscrits se voient refusés chez Gallimard qui attend de lui un roman digne de ce nom.

L’Arrache-cœur est un fiasco, de son vivant l’auteur n’en vendra que 50 exemplaires, il sent que sa jeunesse s’enfuit. « Que reste t-il de tout cela ? » Ses tentatives au cinéma ne seront que des » extravagances mineures » dit-il, il devient alors chroniqueur mondain pour un temps mais avec quel talent ! Puis il collabore aux Cahiers de Pataphysique où il croisera Prévert, ce dernier lui conseillera d’écrire des chansons, alors il se lance, c’est un monde différent et ingrat qu’il apprend à connaître à ses dépens.

Le scandale arrive avec le Déserteur chanson engagée contre la guerre, il l’a chantera sur scène sous les huées ; tel un fantôme pétrifié d’angoisse il vivra ses passages sur scène comme un enfer, le public n’est pas au rendez-vous, le texte est trop en avance sur son temps, les souvenirs de la guerre encore trop proches ; la tournée est catastrophique, Vian est démoralisé, toutes ces péripéties l’épuisent ; il continue quand même à écrire des chansons bien que les médecins inquiets lui prescrivent une vie plus régulière.

C’est un artiste, il se disperse, écrit d’autres textes pour le théâtre et le cinéma, il entreprend d’adapter J’irai cracher sur vos tombes pour en faire un film, envoie des synopsis qui lui reviennent, la production ne le suit pas et confie à d’autres le soin du scénario, c’est à la projection privée du film qu’il s’écroule. Il a 39 ans.

«Il n’y a plus d’après à St Germain des Prés chante Juliette Gréco, plus de fêtes plus de boîtes de jazz, il laissera le souvenir d’un homme qui a consumé sa vie sans économie, un poète exubérant et sensible.

« Pourquoi je vis
Pourquoi je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
Appuyée au mur
Sous le plein soleil »

extrait de » Je voudrais pas crever » Editions J J Pauvert 1965
L’Ecume des jours -Ed de Poche  2002
J’irai cracher sur vos tombes  – Ed de Poche 1992
Boris Vian par Claire Julliard Folio Biographies      

Article du 3 juillet 2012 – La Fuite de Léon Tolstoï….

000584451 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Dans la nuit du 28 Octobre 1910 le train n°12 est annoncé dans la petite gare russe de Astapovo. A son bord un étrange voyageur est à l’agonie, c’est une nuit glaciale, on descend du wagon un vieil homme de 82ans. C’est Léon Tolstoï. Il a quitté la demeure familiale quelques jours auparavant.

Une fuite incompréhensible disent ses proches. Tolstoï est allongé sur un divan dans le hall de la gare, les curieux s’approchent et le reconnaissent, c’est là que pendant six jours il va vivre ses derniers jours. C’est la fin d’un grand homme un génie de la littérature russe et mondiale.

Né en 1828 il vit une enfance protégée au sein d’une famille noble, orphelin très tôt il se réfugie dans la nature et à quinze ans découvre les philosophes français Voltaire et Rousseau qui ouvriront sa conscience aux grands problèmes existentiels.

Révolté par la pauvreté et l’inégalité il s’engage dans l’armée où il s’essaiera à la vie militaire pendant plusieurs années mais c’est l’écriture qui est sa véritable voie.

Anna Karénine est son roman le plus connu, il fut célèbre rapidement grâce à sa parution sous forme de feuilleton dans le Messager russe, on dit que les dames de haute société envoyaient leurs domestiques chercher le journal au petit matin pour connaître la suite du roman. Anna Karénine raconte bien sûr une histoire d’adultère mais au-delà Tolstoï trace surtout le portrait d’une femme moderne éprise de liberté, à la frontière de deux mondes différents.

C’est l’incarnation du péché, de la passion amoureuse mais aussi le sentiment de culpabilité qui sont ici décrits sans concession dans l’exigence de la vérité. Anna Karénine n’est pas Madame Bovary, ce n’est pas une héroïne ordinaire, elle ne se ment pas à elle-même, persuadée de faire souffrir elle est consciente de ses actes, d’ailleurs sa fin tragique illustre le sens qu’elle donne à sa vie. Le succès fut instantané et mondial, il inspirera de nombreux cinéastes.

En 1865 Tolstoï commence son roman fleuve Guerre et Paix. C’est une œuvre beaucoup plus ambitieuse, on y retrouve les thèmes chers à l’auteur : l’absurdité de la guerre et les dommages qu’elle engendre au sein de la société, la douleur des séparations, le déchirement des familles. Ici il donne libre cours à ses sentiments et sa révolte s’exalte dans un profond désir de changement, c’est une œuvre qui annonce la fin d’un monde et cherche avidement une société plus juste et plus humaine.

La vie de Tolstoï n’est pas simple, de crises conjugales en faux suicides de la part de sa femme Sofia son malaise de vivre s’intensifie au fil des années et l’empêche de communiquer, ses élans mystiques l’éloignent peu à peu de sa famille, il est accablé par la jalousie morbide de son épouse, celle qui recopie ses œuvres avec patience et dévouement mais qui épuise l’auteur dans des scènes d’hystérie, ces combats entre époux détruiront peu à peu le lien qui les unit. Cela explique bien sûr la fuite de Tolstoï, les tempêtes succédant aux tempêtes le détachement devient définitif. La vie pourtant aurait pu être sereine dans le cadre idyllique d’un domaine immense peuplé de bouleaux, mélèzes et pommiers.

Cent ans après sa mort le lieu est devenu un sanctuaire visité par des milliers d’admirateurs, la survivance de son œuvre fait l’objet de toutes les attentions aussi bien dans les musées que dans les bibliothèques et la gare de Astapovo est devenu un lieu de culte, on y ressent parait-il des sensations étranges comme si l’âme de Tolstoï imprégnait encore le hall de la gare là où il vécut ses derniers moments dans la neige fondue de la nuit.

« J’irai quelque part, laissez-moi tranquille, il faut fuir il faut fuir »

Alberto Cavallari : La Fuite de Tolstoï  Ed Bourgois 1996
Anna Karénine  Folio Gallimard
Guerre et Paix  Folio Gallimard
Tolstoï le dernier automne film de Michael Hoffman

Article du 26 juin 2012 – Le Clezio, le plus mexicain des auteurs français !

9782070396139 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan«Je n’ai jamais cherché que cela en écrivant, communiquer avec les autres». C’est ainsi que Le Clézio se définit par rapport à l’écriture. Prix Nobel de littérature en 2008  il est considéré comme l’un des plus éminents représentants de la pensée romanesque actuelle.

L’Académie suédoise l’a salué comme l’écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle. Ses diverses expériences à travers les nombreux voyages qu’il a effectués dans le monde entier le font souvent comparer à Conrad ou à Julien Green ; c’est avant tout un auteur mondialiste et universel qui prône la diversité des  cultures et l’importance de l’Histoire dans la vie des peuples.

La fraternité est son credo et la recherche identitaire la pierre angulaire de son œuvre.JMG Le Clezio naît à Nice en 194O, très vite il se distingue par son goût de la lecture et de l’écriture. Un voyage en Afrique à 8 ans lui ouvrira l’espace immense de la connaissance de l’Autre et fera naître en lui l’attrait des  contrées lointaines et l’envie de se fondre dans la matière même du monde.

Cette fusion presque charnelle il l’a retrouvera dans ses nombreux périples et séjours en particulier au Mexique avec les indiens Emberas. Il va alors se familiariser avec les mythes anciens dont il traduira certains textes comme les Prophéties de Chalam Balam (Gallimard 1976). Pendant dix années il va vivre une expérience vitale près du volcan Paricutin et cela influencera grandement  la suite de ses écrits comme Ourania et le Rêve mexicain.

C’est auprès de ces tribus primitives si proches de la nature qu’il puisera son inspiration et pourra ainsi renouveler sa substance romanesque, les personnages de Le Clezio sont toujours en porte à faux entre deux univers, la vie apparente et la vie intérieure, c’est de l’autre côté du monde qu’ils cherchent leur vérité. Des personnages légendaires aux citoyens du monde actuel le lien se fait peu à peu, les passerelles se construisent, les modes de vie décrits dans leur forme première sont replacés dans une fiction articulée et orchestrée, la métaphore est lumineuse.

Ourania, roman publié en 2006 pourrait résumer à lui seul l’itinéraire de Le Clezio. Un jeune géographe se retrouve isolé dans un lieu peut-être imaginaire auprès d’une population d’errants, il y fera des rencontres qui changeront le cours de sa vie et tel un ethnographe il décrira ce peuple écartelé entre les traditions et le monde moderne. C’est aussi un roman politique et visionnaire qui fait état de l’échec des considérations contemporaines sur l’identité et le droit des peuples à vivre en paix sur leurs terres.

Le choc des cultures et la violence du monde occidental nourrissent l’œuvre de Le Clezio.

La nostalgie de l’auteur est particulièrement présente dans Ritournelle de la faim (Gallimard 2008) c’est une ode à l’enfance aux souvenirs oubliés, tout cela ponctué par une faim de vivre insatiable. Nice pendant la guerre, des personnages fantomatiques qui survivent, l’horizon rétréci et la liberté qui n’est plus qu’un mot, les laissez-passer, les bons d’essence et l’espoir d’un monde meilleur, tout cela est décrit avec pudeur et retenue comme pour honorer la mémoire de ceux qui ont disparu.

L’importance des sensations et du vécu charnel, le désir de ne jamais oublier, le concret et l’abstrait nous donnent la trame essentielle de l’œuvre de Le Clezio et nous montrent le chemin pour que la complexité des choses et de la vie nous deviennent enfin plus accessibles.

Article du 19 Juin 2012 – Françoise Sagan, une légende de la vie parisienne !

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Que dire de cet écrivain de 18ans dont le premier roman fit scandale, se vendit à 1 million d’exemplaires et fut traduit en 20 langues? Numéro un des best-sellers aux Etats-Unis elle s’appelait Françoise Sagan. Elle nous a quitté en 2004 mais « sa petite musique » résonne encore et pour longtemps dans nos mémoires.

Elle a incarné dans les années 60 l’intellectuelle parisienne ivre de mondanités, riche et légère, elle a hanté les caves de Saint-Germain des Prés et l’on garde d’elle l’image d’une héroïne de ses romans. Insouciante aimant la vie facile, elle a été un phénomène de société, déboulant avec la Nouvelle Vague elle a dépeint comme personne la vie bourgeoise dont elle était issue.

Née en 1935 dans une famille d’industriels elle est épargnée par les siens des difficultés de la guerre et vit une enfance protégée, très vite elle préfère aux études la lecture des grands écrivains et les caves existentialistes plus attirantes à ses yeux que les bancs de l’université.

Elle connaît un succès foudroyant avec Bonjour Tristesse qui la propulse en un éclair aux sommets d’une gloire qui sera éphémère ; bien qu’elle ait écrit 20 romans et 5 pièces de théâtre elle sera le plus souvent éreintée par la critique qui prétend que tous ses romans racontent la même chose.

On peut dire à présent que ce sont plutôt des variations  autour d’un même thème, ses héros sont désenchantés, oisifs cherchant dans l’alcool et les plaisirs faciles un sens à leur vie, leurs amours condamnés d’avance se terminent dans la tristesse, le désespoir parfois le suicide. L’analyse est lucide en réaction contre les valeurs bourgeoises et le constat désabusé.

Le style de Sagan est très classique, voire simple, on le dit facile à lire, néanmoins il cache une élégance de ton, pour cette admiratrice de Proust qu’était Sagan on doit toujours garder non pas le sens du sérieux mais la profondeur et la gravité dans la désinvolture.

Faisant figure de légende de la vie parisienne Sagan a longtemps fait la une des journaux à scandales mais son œuvre a été un remède contre l’ennui pour beaucoup de ses lecteurs à commencer par elle-même; elle avait une peur panique de la solitude et ses « voyages nocturnes » dans Paris qui fascinaient tant la presse n’étaient en fait que le témoignage de son « mal-être ».

Sa vie a été une fiction, telle une héroïne libre et généreuse, insouciante et gaie, elle a écrit quelques romans brefs et inoubliables où l’on parle de nos amours ratés comme dans les romans de Fitzgerald.

Il faut relire Bonjour tristesse, un classique du genre, on y parle de vacances heureuses de l’adolescence qui se finit, d’un père volage hésitant entre deux conquêtes, de machinations et de triangle amoureux ; la peinture des mœurs des années 60 , le début de la liberté sexuelle, le besoin de « vivre sa vie » pour une jeune fille de la bourgeoisie, tout cela s’inscrit dans un milieu apparemment lisse, mais ce n’est qu’une apparence du bonheur et la fin dramatique illustre l’envers du décor.

Françoise Sagan nous a accompagné de longues années alors que nous guettions la parution presqu’annuelle de ses livres sa vie à elle se délitait peu à peu. Cernée par les dettes et dans ses dernières années par les deuils à répétition de ses proches elle a sombré dans une existence de solitude et de dépendance, elle qui était la liberté même n’ayant pour seuls compagnons que ses livres derniers remparts contre le silence et la maladie.

Son fils unique Denis Westhoff vient de lui consacrer un livre magnifique  et lumineux pour nous faire mieux connaître la mère qu’elle était: Sagan et fils Editions Stock 2012.

«Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent j’hésite à apposer le nom le beau nom grave de tristesse »

Bonjour tristesse Julliard 1961
Article de Eric Neuhoff 2004

 Article du 12 juin 2012 – Guillaume Apollinaire le « poète initiateur ».

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Mort à 38 ans de la grippe espagnole Guillaume Apollinaire a laissé une empreinte durable sur la poésie du XXème siècle. On pourrait dire que sa vie fut un roman aux multiples péripéties, il vécut la bohême et s’appliqua à demeurer différent tant dans son langage que dans sa vie privée.

Expansif et quelque peu exhibitionniste il marqua les esprits et les mœurs de son temps. Son enthousiasme et sa sincérité le mirent en avant de toutes les nouvelles démarches artistiques et il devint ainsi l’impresario de nombreux peintres du début du XXème siècle. Il s’appropria alors très vite la figure de « poète initiateur ».

Enfant naturel qui ne connut ni père ni foyer ni famille il fit très tôt l’expérience de la vie et ses voyage incessants à travers l’Europe firent de lui un cosmopolite, tout cela le servit grandement pour entreprendre une œuvre singulière et paradoxale. Dès 1900 Apollinaire exécute de petits travaux de secrétariat pour gagner sa vie, il commence à écrire de petits feuilletons dans le journal Le Matin puis il part pour l’Allemagne comme précepteur.

Sa vie amoureuse jalonnée de malentendus et de refus polis est certainement à cette époque une expérience douloureuse qui l’inspire pleinement pour écrire se premiers poèmes.

C’est ainsi que naîtra en 1902 la Chanson du mal-aimé. Pourtant c’est dans un groupe d’artistes et d’écrivains que Guillaume Apollinaire trouve enfin l’amitié et le sentiment d’appartenir à un milieu qui va l’aider à se propulser dans un monde qu’il affectionne : le monde de la création.

Il rencontre alors Picasso, Max Jacob et André Salmon qui l’encouragent à persévérer. Il dira plus tard : « Alors commencèrent les plus beaux jours de ma vie « Chacun travaille avec acharnement, de nouvelles revues voient le jour La Revue immoraliste est publiée pour ensuite devenir Les Lettres modernes et tandis que la légende se crée autour de ces talents immenses il rencontre Marie Laurencin avec qui il va vivre une relation passionnelle et capricieuse mais cela l’inspirera grandement.

« L’amour s’en va comme cette eau courante, l’amour s’en va comme la vie est lente »

De 1907 à 1909 Apollinaire fait campagne en faveur des Fauves, école picturale où figurent Matisse et Braque, ces activités en marge de la littérature sont très importantes pour le poète et illustrent le caractère profond de l’auteur qui ne trouve l’équilibre qu’en naviguant d’un art à l’autre.

Il ne fut jamais un artiste solitaire enfermé dans sa création, d’ailleurs très vite il travailla aussi comme éditorialiste et donne au lecteur des articles retentissants sur la Peinture moderne. Jusqu’en 1914 il mène une vie mondaine parisienne, flâneur et curieux infatigable il arpente les rues de Paris et les lieux insolites de la capitale. Gastronome averti il fréquente également les meilleures tables.

Dans ces années de plaisir il est accusé de recel après un vol au Musée du Louvre et passe quelques jours en prison, il y écrira quelques vers mémorables pour décrire l’univers carcéral et l’humiliation qu’il a ressenti durant son séjour. En 1913 il atteint la notoriété avec Alcools mais la critique est sévère, on lui reproche un manque évident à la tradition, le mélange des styles dérange et sa poésie est jugée trop audacieuse, un peu plus tard il compose L’Anti-tradition futuriste et fait preuve d’une hardiesse peu commune à l’époque, cela lui vaudra par deux fois de se battre en duel, heureusement tout finira bien.

Italien de naissance Apollinaire sollicite la nationalité française pour s’engager comme volontaire dans la Grande Guerre, il rejoint le front en 1915, ébloui par cette vie nouvelle il renoue des relations amoureuses et épistolaires, les plus belles lettres et poèmes seront écrits durant cette période : Poèmes à Lou reste à tout jamais dans nos mémoires.

« Un seul bouleau crépusculaire
Sur le mont bleu de ma raison
Je prends la mesure angulaire
Du cœur à l’âme et l’horizon »

Volontaire pour entrer en service dans les tranchées il est gravement blessé au printemps, transféré à Paris il sera trépané et gardera de nombreuses séquelles, son aspect physique le fera cruellement souffrir. Il retrouve pourtant son rythme de travail et déborde de projets nouveaux, on célèbre la publication du Poète assassiné et l’on fête son retour à Paris.

Il a ouvert la route à de nombreux talents écrit un texte pour un spectacle « Parade », le recueil Calligrammes voit le jour tandis que la guerre est dans sa phase ultime mais Apollinaire contracte la grippe espagnole et il meurt soudainement. Il a été le révélateur d’une nouvelle époque artistique avec un goût sans faille, il a su reconnaître le génie de la création de Picasso et de tant d’autres tout en nous chuchotant à l’oreille : « Sous le pont Mirabeau coule la Seine…. »

Alcools ( Gallimard) 1966
Calligrammes ( Gallimard) 1966
Poèmes à Lou (Gallimard) 2001 réedition

Article du 5 juin 2012 – Regard sur la peinture: Claude Monet

200px Pierre August Renoir Claude Monet Reading 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Pour celui qui se poserait des questions sur l’inspiration et le pouvoir des lieux et des paysages sur la créativité on peur se promener dans les environs du Havre ou à Giverny demeure favorite du peintre Claude Monet. Ce dernier a révolutionné toutes les idées reçues sur la peinture et il se vit refuser dans ses débuts l’entrée de divers salons renommés.

Il n’a pas inventé à lui seul l’Impressionnisme mais il en est à coup sûr l’un des éminents représentants.

Claude Monet nait à Paris en 1840 mais très vite sa famille s’installe au Havre, il dessine depuis l’enfance et se distingue par ses caricatures qui lui permettent rapidement d’amasser un petit pécule. A dix huit ans il rencontre le peintre Eugène Boudin qui l’initie à la peinture paysagiste de plein air. Il s’installe alors à Paris où il côtoie les grands peintres de son temps tels Renoir, Courbet, Cézanne et Sisley. C’est un travailleur infatigable, un fanatique du travail d’après nature; «  le nuage qui passe, le grain qui menace, la brise qui fraichit tout cela rend le paysage insaisissable ». De tout temps Monet a voulu épouser l’infini, jouer avec les formes et les couleurs et redonner à la Nature la plénitude du vécu à travers le regard de l’artiste.

En 1874 il présente « Impression soleil levant » tableau qui donnera son nom au mouvement pictural désormais célèbre: L’Impressionnisme. Sa toile « Femmes au jardin » est refusée au salon de 1867 et c’est un autre peintre Bazille qui l’achète pour 2500 francs payables à tempérament ce qui permet à Monet de  régler les nombreuses  dettes qui l’accablent. Désespéré par ses difficultés financières il fait au printemps 1868 une tentative de suicide, sa convalescence à Etretat nous donnera quelques toiles magnifiques telles « La pie » toile à nouveau refusée en 1869.

Mais l’impressionnisme nait de fait sur les bords de la Seine à Argenteuil, c’est là que Monet trouve son inspiration et s’applique à reproduire les reflets chatoyants de l’eau et le ballet des voiliers sur le fleuve. Accablé par les dettes, Monet organise en 1874 une exposition privée où il présente les œuvres de peintres indépendants, exposition appuyée par Nadar le célèbre photographe. C’est là que l’on découvre « Impression soleil levant » les « Coquelicots et le « Boulevard des Capucines » toutes toiles désormais connues dans le monde entier. La réputation du peintre grandit et le scandale que provoquèrent ses œuvres s’estompe peu à peu, le temps de la misère est oublié.

En 1883 il s’installe à Giverny havre qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort, ses créations se succèdent au gré de ses voyages de la Méditerranée à la Bretagne où il séjourne; ses études sur la lumière le hantent et rendent difficiles ses rapports avec le monde, il devient pourtant le chef de file de toute une génération de peintres. Sa vie n’est pas simple, en 1879 meurt Camille sa première femme qu’il a épousé contre le gré de sa famille; éloigné et peu considéré par cette dernière il est seul à combattre l’opinion qui le rejette dans un premier temps, ridiculisé par les critiques, sans formation académique il doit faire preuve d’un esprit pugnace et de beaucoup de courage pour affronter les difficultés et les chagrins.

Il refait sa vie avec une amie de la famille et élève alors les enfants de sa compagne. En 1892 il commence une série de vingt toiles représentant la cathédrale de Rouen, toiles achetés immédiatement sans les voir par un riche collectionneur, c’est ainsi que naît une légende, sa grande œuvre reste bien sûr les «  Nymphéas » qu’il peignit à 230 reprises jusqu’à la fin de sa vie; ce rêve un peu fou représente une somme de travail considérable, c’est une lente méditation sur l’Art, une immersion mentale dans le monde aquatique rendue encore plus difficile quand Monet atteint de cataracte perd peu à peu la vue et nous renvoie une image déformée de la réalité, mais n’est-ce pas là le talent de tout artiste?

Du tournant du siècle aux années 20 cette approche nouvelle de la peinture inspirera bien de jeunes talents. Monet en aura conscience et appuyé par l’amitié indéfectible de Clemenceau il se verra attribuer le Musée de L’Orangerie où les Nymphéas enthousiasment encore de nos jours les amoureux de la peinture. Monet meurt le 5 Décembre 1926 à Giverny dans les bras de Clémenceau.

Article du 20 mai 2012 – Carlos Fuentes, un grand écrivain nous quitte !

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La semaine dernière un des derniers géants de la littérature latino-américaine nous a quittés, Carlos Fuentes est mort à Mexico le 15 Mai. Né à Panama de parents diplomates il obtient rapidement la nationalité mexicaine et entreprend de solides études de droit, pourtant son destin n’est pas de devenir avocat ni juriste.

La littérature devient sa passion et en 1963 parait son premier roman : « La Plus limpide région » qui décrit la capitale mexicaine, dans ce roman c’est la ville elle-même qui est le personnage principal, on y trouve la description d’une ville monstrueuse, tentaculaire dans un mélange baroque de références historiques et littéraires, le talent de Fuentes et sa connaissance profonde du monde latino-américain, de la civilisation ancienne et moderne nous font alors penser à Faulkner ou à Octavio Paz.

Plus qu’aucun autre il saura entrer dans l’âme et dans l’Histoire mexicaine peuplée de mythes et de violence. Entre le réalisme et l’imaginaire il offrira également au lecteur un autre chef-d’œuvre Terra Nostra. Ce roman hante le passé, ressuscite le fantôme de Charles Quint et de maintes figures historiques tels Don Quichotte ou Jeanne la Folle. Toutes les anciennes peurs ressurgissent; on retrouve ici une terre décadente, la fin d’une civilisation et sa mort annoncée. Livre des cercles et des spirales qui nous entraîne dans la vision d’un monde désaxé, ravagé par la mort des idéaux et lancé dans une course effrénée contre la fuite du temps et les désordres en tout genre de la vie moderne.

Dans le Figaro de cette semaine on nomme Carlos Fuentes le Don Quichotte moderne tant sa voix retentit encore et pour longtemps dans la pensée de chaque citoyen du monde. Poursuivant toute sa vie un périple au long cours il s’inscrit comme un penseur libre et très lucide sur la situation désastreuse de l’Amérique latine. Il faut selon lui préserver la Culture par-dessus tout, comme Malraux il pense : « que seul l’Art sauvera le monde » de l’absurdité de la corruption et de la bêtise.

Longtemps ambassadeur du Mexique en France il tisse avec notre pays des liens indéfectibles d’amitié et cela malgré les différences et les divergences de point de vue. Son œuvre a été construite sur les doutes et les interrogations contemporaines, sur le poids qu’a l’Histoire sur nos consciences et les répercussions qu’elle inflige à nos propres vies.

Pour Carlos Fuentes la littérature n’est pas un rêve, elle est partie prenante de la vie même, elle est une alternative au désespoir et à la haine. Avec cette disparition une grande voix s’est tue mais rappelons nous ces quelques mots : «  La Liberté n’existe pas seulement sa quête et c’est elle qui nous rend libre »

Amoureux de Paris Carlos Fuentes reposera pour toujours au cimetière Montparnasse, ses dernières volontés ont été de retourner dans cette ville où il fut si heureux.

La plus limpide région  Gallimard   1969
Terra nostra Gallimard  1975

Article du 8 mai 2012- Patrick Modiano ou la nostalgie parisienne

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Le passé trouble et les relations secrètes de son père pendant l’Occupation, la vie agitée de sa mère, artiste frivole et inconséquente seront évoqués dans nombres des romans de l’auteur, toujours avec pudeur et détachement ainsi que son enfance aventureuse et solitaire. La mort de son frère cadet le plonge dans une sorte de nostalgie permanente qui le poursuivra et reviendra dans son œuvre tel un leit-motiv lancinant.

Né en 1945, le 30 Juillet, Patrick Modiano est très vite délaissé par ses parents.

Modiano s’inspire pour ses romans des fait-divers comme Truffaut pour ses films, il épluche les petites annonces sans relâche et c’est ainsi qu’en 1988 il découvre un avis de recherche concernant une jeune fille  disparue Dora Bruder, celle-ci a peut-être raflée par les allemands durant la guerre et Modiano s’interroge sur son parcours, sur sa fuite éventuelle, et ses propres souvenirs s’entremêlent avec le passé improbable de l’héroïne.

Cette histoire est le croisement de plusieurs destinées, des allers-retours successifs qui exhument un Paris occupé dans une époque crépusculaire où l’avenir n’est radieux pour personne. La description des rues de Paris, des quartiers nous entraîne dans un décor hallucinant de précision mais où paradoxalement les héros sont perdus comme de passage.

C’est dans Un Pedigree en 2005 que l’on peut le mieux approcher l’auteur Patrick Modiano. C’est un récit à la première personne relatant ses souvenirs d’enfance et d’adolescence. Dans l’appartement de ses parents Quai Conti Modiano n’est qu’un visiteur, ses parents voulant l’éloigner d’un quotidien parsemé d’affaires louches et de relations interlopes. L’adolescent est alors livré à lui-même, interne de collèges divers il connait l’isolement et la solitude, le manque de structures. Il s’évade de plusieurs établissements, seul dans Paris il fait l’apprentissage de la liberté. Bien plus tard il dira combien ces années d’errance ont marqué son œuvre, son inspiration sera complètement liée à cette période de déconstruction. Très jeune il aura à faire le deuil de son frère cadet, le seul être proche de lui mais aussi le deuil des liens du sang.

Dans Un Pedigree il trace sans mièvrerie et sans pathos le portrait de sa famille et le parcours difficile qu’il a emprunté pour devenir l’homme qu’il est. Toujours avec distance il a travaillé le texte jusqu’à l’épure totale dans un constat permanent et talentueux pour nous décrire l’indifférence et les dégâts profonds qu’elle a engendrés.

Pourtant Patrick Modiano est l’homme du bonheur, il parle de sa vie comme si c’était celle d’un autre, pour évite peut-être une souffrance qui ne peut plus l’atteindre. Un auto-portrait plein d’émotions et de non-dits comme toujours dans ses romans.

Voué aux personnages déracinés et solitaires, en quête d’identité il déambule dans un Paris déserté mais qu’il aime profondément, ses attaches si ténues soient-elles sont ancrées de bien des manières dans la vie de la capitale, il aime la décrire de façon poétique et très personnelle en évoquant les lieux qui le hantent, les noms des rues, les façades des immeubles.

Un titre pourrait résumer à lui-seul l’œuvre de Modiano : « Le Café de la jeunesse perdue ». Lire Modiano, c’est un plongeon dans le passé des années 30 et 40, dans un Paris qui n’existe plus, peuplé de gens de passage, sans passé ni avenir, posés là comme des éclaireurs d’un monde perdu et inconstant.

Dans Un Pedigree l’inventaire est glaçant, refaire le chemin à l’envers en évitant le piège de l’atermoiement est un exercice si difficile que l’on reste à la fin du livre admiratif devant un tel dépassement, comme étourdi devant cet homme blessé qui a su construire une œuvre sur les débris d’un passé si douloureux.

« Il y a des êtres mystérieux toujours les mêmes qui se tiennent en sentinelles à chaque carrefour de notre vie » (Villa triste )

Patrick Modiano a obtenu le Prix Goncourt 2005 pour Rue des boutiques obscures. Il est entre autres le scénariste de Lacombe Lucien film de Louis Malle

Dora BRUDER,   Folio Gallimard
Un Pedigree, Folio Gallimard

Antonio Tabucchi ou la recherche permanente d’une quête spirituelle

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Le 20 Mars dernier disparaissait Antonio Tabucchi, ce grand écrivain cosmopolite né en Toscane en 1943 a toute sa vie durant représenté la littérature européenne dans toute son exigence, tel un phare au milieu de la nuit il a éclairé d’une conscience sans faille le monde intellectuel de la fin du XXème siècle.

Eternel voyageur, adepte de Conrad il vient à Paris dans les années soixante et découvre par hasard chez un bouquiniste des quais de la Seine l’œuvre de Fernando Pessoa écrivain presque inconnu à l’époque. Il n’aura de cesse de faire connaitre ce dernier à travers le monde et même de traduire le Livre de l’intranquillité en italien. Il s’attache alors au Portugal par un lien indéfectible et presque charnel, comme à une seconde patrie. Nombres de ses romans ont pour cadre Lisbonne mais aussi l’Inde et bien sur l’Italie.

Dans le roman :  «Tristano meurt » il raconte la fin de vie tragique d’un homme agonisant, celui-ci dictant sa vie à un interlocuteur attentif, le dialogue se passe dans une maison fermée, un été de canicule en Italie dans un décor oppressant et tendu, les fantômes du passé hantent le vieil homme, la culpabilité , la honte, la déchéance, tant de compromissions et d’abjections ponctuent le récit et nous laissent en attente de notre propre mort. Le style est onirique, parsemé de références et de paraboles sur la disparition et la quête de l’identité. Ces ultimes confessions prennent alors une dimension universelle sur les questions fondamentales de l’être humain, sur sa place dans la société et sur l’avenir.

Toute sa vie Antonio Tabucchi a voyagé d’un continent dans l’autre mais son errance n’est pas une simple absence ni le refus de s’attacher aux choses de la vie, il a voulu éveiller les consciences, se rapprocher de mondes inconnus et lointains pour mieux se comprendre lui-même et sonder ainsi les méandres de l’âme européenne. Son dégoût pour l’injustice et toutes les formes de dictatures en font un écrivain engagé politiquement.

Très souvent pressenti pour le Prix Nobel de littérature, il a exploré toutes les formes littéraires, du roman aux nouvelles et même au roman policier, en recherche permanente d’une quête spirituelle son inspiration est devenue une voix intérieure qui l’a interpellé sans cesse pour le faire témoigner.

Dans son roman le plus connu : « Nocturne indien » il décrit le voyage initiatique d’un jeune homme à la recherche d’un ami perdu, le très beau film de Alain Corneau  librement adapté de l’œuvre nous laisse à jamais envoûtés par l’atmosphère poétique et irréelle qui s’en dégage.

« La réalité est la sœur de l’Illusion » écrit quelque part Tabucchi , ses paraboles sur la disparition et les questions qu’il pose sont autant de voies différentes qui s’offrent à nous. Quel chemin emprunter ? Quel sens à donner à nos vies ? Il écrit encore :  «La littérature est un feu mortel, écrire est un acte spontané comme l’amour». Il a œuvré pour une littérature exigeante mais non hermétique, il a clairement défini et défendu les droits humains et la liberté, son enracinement n’était pas de nature terrienne mais spirituelle. «  Les racines sont dans notre cœur car nous sommes toujours en marche »

Pour citer trois œuvres marquantes :
Nocturne indien  Livre de Poche 2000
Tristano meurt Gallimard folio 2006
Pereira prétend  Gallimard folio 2004
Deux films adaptés de ses œuvres :
Nocturne indien de Alain Corneau avec Jean-Hughes Anglade
Pereira prétend de Roberto Faenza avec Marcello Mastroianni

Article du 12 avril 2012 – Guy de Maupassant, l’auteur le plus lu dans le monde !

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Un sondage récent a voulu rechercher l’auteur français le plus lu en France et à travers le monde. A la surprise générale ce n’est pas Victor Hugo ni Gustave Flaubert ni Stendhal qui ont eu la faveur du public mais Guy de Maupassant. Cet écrivain du XIXème siècle mort prématurément à43ans a bouleversé l’univers feutré des salons littéraires parisiens.

De son enfance perturbée en Normandie il ne garde que le souvenir enchanté des rivages et de l’arrière-pays au goût de pommes automnales. Découvert par Flaubert il est encouragé par le Maître à rejoindre le mouvement du Naturalisme, Emile Zola et ses diners réputés. Pour autant, Maupassant ne s’intègre pas facilement dans le milieu des lettres, il sera toujours une sorte de paria, refusant lui-même de se laisser corrompre ; il préfère suivre un chemin beaucoup plus hasardeux celui d’un écrivain solitaire, un peu blasé par les mondanités, il choisit plutôt la compagnie des prostituées, des petites gens qui deviendront très vite les héros ordinaires de ses livres.

C’est le maître incontesté de la Nouvelle fantastique, très attiré par l’occultisme il pratiquera longtemps « les enchantements funèbres » et le para-normal guidera ses pas tout au long de sa vie, plus tard atteint par la syphilis il connaîtra l’enfer des hallucinations, il sera d’ailleurs interné dans la clinique du Docteur Blanche qui tentera vainement des soins tardifs. Plusieurs tentatives de suicide auront raison de son état psychique et il mourra à 43 ans.

Son œuvre est donc une œuvre de jeunesse, il se savait condamné depuis ses jeunes années et cela a imprégné son travail de façon évidente. Le pessimisme profond de l’auteur rejaillit sur le caractère de ses personnages souvent des fonctionnaires falots dominés par l’envie de paraître, des femmes inconstantes, manipulatrices, sources de trahison et de mensonge. La vie sociale est ainsi décrite sans fioritures avec une amertume profonde et inconsolable quant à l’avenir des hommes. Maupassant, très impressionné par les quelques années de garnison et la Guerre de 1870 sortira de cette période antimilitariste et désenchanté. De cette expérience naîtront quelques chef-d’œuvre comme Boule de Suif la première nouvelle qui le fit connaître du grand public, puis le Horla, Bel-ami, Une Vie.

De ces romans on retiendra la distance que Maupassant a toujours voulu décrire entre la vie réelle, la vie rêvée, la fausse réalité du bonheur et la peur de la solitude tout en sachant bien que rien n’est possible entre les êtres humains ; ainsi s’effondre le mythe du héros positif. Bien plus tard on retrouvera chez Simenon par exemple la description sans complaisance des petites gens, aucune grandeur, aucune aura, rien que de très ordinaire mais pourtant parfois une lueur d’espoir comme dans Miss Harriett, une fascination entre deux personnages. Le thème du suicide aussi est récurrent dans toute l’œuvre, il illustre bien l’univers fantasmagorique et l’attrait de la Mort que l’auteur aspirait à rejoindre. « Une vie, quelques jours et puis plus rien » ces quelques paroles seront ainsi rapportées par ses proches le lendemain de sa mort.

Boule de suif Folio Gallimard 1999
Le Horla Folio Gallimard 2003
Bel-Ami Folio Gallimard 2003
Une Vie Folio Gallimard 2003

Article du 27 mars 2012 - Haruki Murakami et la littérature japonaise

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Depuis plus de dix ans les européens et le monde entier se passionnent pour la littérature japonaise et cela n’a rien d’une mode. Le plus éminent et le plus lu est sans aucun doute Haruki Murakami. Né en 1949 à Tokyo il étudie la tragédie grecque puis dirige un club de jazz durant quatre années.

Expatrié en Grèce, en Italie puis aux Etats-Unis il se familiarise avec la littérature anglo-saxonne dont il traduira les œuvres de Fitzgerald et Raymond Carver entre autres. Il commence alors à écrire des nouvelles puis ensuite une œuvre  beaucoup plus conséquente. Suite au séisme de Kobe il rentre au Japon. Son roman initiatique Kafka sur le rivage le consacre définitivement; la mélancolie de ses héros souvent tournés vers le passé et le long murissement de leurs actes imprègnent toute l’œuvre de Murakami.

C’est avec La Ballade de l’impossible vendu à dix millions d’exemplaires que l’auteur voit naître sa célébrité. On en tirera un film célèbre : L’Odeur de la papaye verte. Chaque personnage de Murakami porte en lui l’amour et la solitude, le quotidien est alors difficile à vivre et les héros s’enfuient le plus souvent dans un monde imaginaire et fantastique, une sorte de refuge ; souvent dans son œuvre rejaillit l’influence de la pensée européenne mais celle-ci est toujours baignée par l’idée de l’au-delà, d’un autre monde « nirvanesque» en quelque sorte.

A la recherche de leur identité, de leur véritable nature les personnages livrent une lutte intérieure pour trouver la vérité et le sens de leur existence. Il y a beaucoup de suicides dans les ouvrages de Murakami  mais aussi la quête d’un bonheur impossible. Son nouveau roman 1Q84 paru en 2011 est un tryptique dont le titre pourrait être une référence à George Orwell (1984), les deux protagonistes du roman mènent leur vie en parallèle et tous les thèmes de Murakami se rejoignent ici: l’Histoire la Religion le meurtre les liens familiaux; quant à la dimension cosmique de l’individu elle prend ici tout son sens.

Nulle part le lecteur européen ne se sentira dépaysé ou choqué, les thèmes sont universels, les souffrances de l’âme et la plongée dans l’imaginaire, tout cela nous semble familier. Où se trouve la Vérité en nous ? Sur le fil ténu  de la réalité des choses ou plus loin dans une contrée inconnue ?

Le style de Murakami est éblouissant, les descriptions de la nature japonaise  mélangées étroitement à l’errance psychologique des personnages nous emmènent dans une sorte de rêve éveillé.

«Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses, des occasions précieuses, des  possibilités, des sentiments qu’on ne pourra jamais retrouver  mais le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse» écrit Murakami. C ‘est la mouvance et la fragilité des choses qui personnifient son œuvre, la frontière improbable entre la vie et la mort, entre la nuit et le jour.

Les œuvres de Murakami sont toutes éditées chez Belfond.

Article du 21 mars 2012 – Stieg Larsson et la saga de Millenium

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Dans les années 1990-2000 Stieg Larsson n’est pas connu du grand public, journaliste et écrivain suédois il s’engage très tôt contre le racisme et les idées extrémistes de droite qui agitent son pays. L’assassinat de Olov Palme est un révélateur pour l’écrivain qui a crée le journal Expo celui-là même qui inspirera Larsson et qui deviendra Millenium dans le roman.

Dans le premier volume : «  Les hommes qui n’aimaient pas les femmes » on fait la connaissance de Mikael Blomkvist journaliste condamné pour diffamation envers le directeur d’une multi-nationale suédoise. Il est approché dans le même temps par un milliardaire dont la petite fille a disparu quarante ans plus tôt et qui l’engage pour résoudre le mystère de la disparition de la jeune fille. Les méandres de l’enquête conduiront Blomkvist au-delà des haines et des secrets de la famille Vanger.

Aidé par une jeune femme étrange, hacker de génie Lisbeth Salander il dénouera peu à peu les fils enchevêtrés de l’intrigue. Roman violent où l’on dénonce l’hypocrisie et le cynisme du monde actuel Millenium peut se lire à bien des niveaux : politique, social, familial toutes les facettes sont mises en lumière.

Ne laissant nulle place au hasard le héros lui-même enfermé dans l’histoire nous entraîne dans un monde inhumain et cruel où planent les ombres de la dynastie Vanger. La lumière scandinave baigne le livre tout entier des forêts suédoises à l’ile où se déroule l’action on est englué dans un univers glauque presque métallique avec le froid hivernal pour compagnon et l’on ne ressort pas indemne de cette lecture, les personnages nous poursuivent bien longtemps et ce n’est pas le fait du hasard si ce premier volet a été nommé polar de la décennie par les critiques du monde entier.

Le second volume : « La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette » est recentré sur la personne de Lisbeth Salander celle-ci entraînera Mikael Blomkvist dans une course effrénée contre la mort, elle a sauvé la vie du héros des mois auparavant et il lui doit une revanche , celle-ci aura un goût amer et pour le moins inattendu. Traquée par la police et par un réseau inconnu Lisbeth est devenue la proie d’une course meurtrière, échappera t-elle à ses poursuivants ? Le thème « bourreau-victime » prend ici tout son sens et la dimension apocalyptique du roman s’inscrit dans un univers de décadence et de retour à l’idéologie nazie. Dans le dernier volume : «  La reine dans le palais des courants d’air » Mikael Blomkvist poursuit l’enquête pour savoir qui dans les services de l’Etat a nui à Lisbeth et dans quel but.

Stieg Larsson est mort avant d’avoir connu le succès mondial de Millenium, il avait l’intention d’écrire une suite à son livre mais le destin l’en a empêché, le 9 Novembre 2004 il succombe à une crise cardiaque. Sa vie foudroyée est un symbole prémonitoire.

Millenium Actes-Sud 2005-2006-2007
La BD Stieg Larsson avant Millenium de Guillaume Lebeau Denoel 2012
Le film de David Fincher: The girl with the dragon tatoo” Janvier 2012

Article du 8 mars 2012 – 300ème anniversaire de JJ Rouseau

200px Jean Jacques Rousseau painted portrait 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

On fête cette année le 300ème anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, né à Genève en 1712 Jean-Jacques Rousseau aura toute sa vie durant une exigence indéfectible concernant sa ligne de pensée. Ses idées jugées révolutionnaires à l’époque traverseront les siècles et aujourd’hui encore bien des philosophes se réclament de son œuvre.

Il entre dans l’Histoire avec deux ouvrages qui l’inscriront à jamais au panthéon de la littérature européenne : De l’inégalité parmi les hommes et Discours sur les sciences et les arts.

L’idée que : « L’Homme nait bon et que c’est la Société qui le rend mauvais » aura un certain retentissement sur la société de son temps ; il sera remarqué également en matière politique, de ses idées nouvelles sur la Démocratie naitront des adeptes inconditionnels aussi bien chez les révolutionnaires brandissant le Contrat social que chez les théoriciens « mous » se réclamant de sa morale.

Il faut relire surtout « Les Confessions »rédigé entre 1766 et 1769, récit intime et douloureux où Jean-Jacques Rousseau se livre « intus et in cute » c’est-à-dire corps et âme à son lecteur. Il écrit cet ouvrage pour justifier sa propre ambiguïté et rendre authentique son récit en avouant son indignité, cela sans regrets et sans indulgence non plus. Il fait du lecteur le témoin de sa vie non pour être jugé mais pour être compris.

Dans sa prime jeunesse Jean-Jacques Rousseau reçoit une éducation sévère basée sur la religion, il passe 2 ans dans les presbytères et ces 2 années auront une importance capitale dans la formation de son esprit. Pour autant sa vie familiale est chaotique, élevé par un père volage et inconstant il ne trouve nulle part l’équilibre nécessaire à un enfant. Délaissé également par ses autres parents il trouve refuge chez Madame de Warens qui sera pour lui une bienfaitrice mais aussi une initiatrice aux plaisirs de la chair. Ces premières années le marqueront à jamais et influenceront sa vie et son œuvre .Il dépeindra des années plus tard les passions du cœur et les beautés de la nature bien avant l’élan romantique du XIXème siècle dont il est le précurseur.

Toute sa vie il oeuvrera pour la justice, il condamnera ainsi la peine de mort, les sévices infligés aux enfants, la misère des peuples. Pourtant il existe beaucoup de zones d’ombres dans la vie de ce grand philosophe. En 1745 il se lie avec Thérèse Levasseur la lingère de son hôtel, il aura 5 enfants avec elle qu’il abandonnera sans états d’âme à l’Hospice des Enfants trouvés. En 1762 il publie le Contrat social et l’Emile pour lequel il est condamné à être lacéré et brûlé ; suivront les années d’exil et d’errance, réfugié en Suisse il commence à écrire les Confessions puis il revient en France sous un faux nom.

Il vivra les dernières années de sa vie un peu apaisé, il oubliera le dernier conflit majeur qui le hante : comment concilier son inadaptation maladive à la société de son temps. De nos jours, il est sûr que Rousseau aurait rejoint les « indignés » et tous les alter mondialistes. Il meurt en 1778. « J’aime mieux être homme à paradoxes qu’homme à préjugés » écrit-il dans l’Emile.

Revoir le magnifique film de Claude Goretta: Les chemins de l’exil ou les derniers jours de Jean-Jacques Rousseau
Les Confessions (Livre de Poche 1998)
L’Emile (Livre de Poche 1999)
Le Contrat Social (Livre de Poche 2006)

Article du 26 février 2012 – Modigliani :Le peintre maudit !

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Modigliani débarque à Paris en 1906, né à Livourne en Italie issu d’une famille bourgeoise mais ruinée le bel italien de 22 ans s’inscrit à l’Académie de peinture de la Grande chaumière, il y côtoie des peintres déjà célèbres comme Miro et Giacometti. (Voir le film complet sur Youtube)

Séduit par la vie parisienne il s’installe près du Bateau-Lavoir à Montmartre et rencontre Picasso avec qui il connaitra de réels problèmes de rivalité et de jalousie. Par chance il est remarqué par un mécène passionné d’art Paul Alexandre qui lui achètera nombre de ses tableaux.

Pourtant Modigliani qui boit beaucoup s’enfonce peu à peu dans la déchéance et la misère, en compagnie de Blaise CENDRARS  il écume tous les cafés de Montparnasse où il a élu domicile. La guerre de 1914 va séparer les amis du peintre et les marchands professionnels vont remplacer les mécènes, commence alors une longue période de frénésie créatrice où Modigliani va peindre un tiers de son œuvre.

Le 24 janvier 1920 Modigliani meurt terrassé par une méningite tuberculeuse et sa compagne Jeanne Hebuterne se suicidera deux jours après désespérée, enceinte de leur deuxième enfant.

Amedeo Modigliani 976698 300x184 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le ViganModigliani peintre maudit a été plus célèbre par sa vie que par son art, il a pourtant laissé derrière lui une œuvre gigantesque qui a inspiré nombre de peintres modernes. Son désarroi et sa souffrance ont marqué les esprits de son temps et tous les artistes qui l’ont connu voient en lui un visionnaire de l’art nouveau. Il a peint comme personne des nus couchés et des enfants aux visages émaciés, des femmes languissantes, il a su déformer et allonger les silhouettes, donner à voir une autre forme de portrait.

Même si d’aucuns regrettent la monotonie de ses tableaux, on gardera le souvenir d’un regard étiré et la grâce d’un poignet. Son œuvre originale d’une grande élégance séduira longtemps encore les admirateurs des peintres de la Bohême parisienne.

Le roman de France Huser: «  La Fille à lèvre d’orange » est un magnifique plaidoyer à la sensibilité de Modigliani et raconte avec subtilité le parcours du peintre et sa liaison avec Jeanne Hebuterne, à travers le journal de cette dernière.

On peut citer également : « Bohemes » de Dan FRANCK , cette biographie de tous les peintres de Montparnasse où l’on retrouve tous les protagonistes de cette époque. Je n’oublierai pas de citer le film Modigliani avec Andy GARCIA et Elsa Zylberstein qui relate les derniers mois de la vie de l’artiste. Comme l’a écrit Marcel PROUST un contemporain de Modigliani : « La vérité sublime de la vie est dans l’Art »

HUSER France : LA fille à lèvre orange Gallimard 2011
FRANCK Dan : Bohêmes Calmann-Levy 1998
Article du Nouvel Observateur, février 2012

Modigliani: El hombre y su leyenda (Película completa subtitulada en español)

Article du 31 janvier 2012 – Quand Malcom Lowry s’installe à Cuernavaca

Malcom Lowry 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

C’est la fin de l’année 1936, un homme titube sur un trottoir de Cuernavaca, il invective les passants, lance des injures, bouscule les chaises du café et tombe un peu plus loin dans l’indifférence. Personne ne le connait dans cette petite ville mexicaine, personne ne sait qu’il est l’un des plus grands écrivains de ce siècle.

Malcom Lowry n’est qu’une ombre vacillante affalé le plus souvent au comptoir des cantinas et ramené chez lui par quelque âme compatissante.

Malcom Lowry s’installe à Cuernavaca en 1936, il s’est réfugié au Mexique pour essayer de sauver son mariage, s’inspirant de sa propre vie il commence son roman : » Au-dessous du volcan » dont le manuscrit connaitra de nombreux rebondissements, perdu brûlé réécrit pendant dix ans il ne paraitra qu’en 1947 et n’aura qu’un succès d’estime au début. L’intrigue du livre se déroule sur douze mois et les chapitres en une seule journée.

Le consul Geoffrey noie son désespoir dans l’alcool et son épouse Yvonne lassée par les obstacles et les innombrables replongées dans l’alcool de son époux s’éloigne peu à peu le laissant seul face aux fantômes de son passé. Hymne à la nature aux paysages incandescents du Mexique le livre exalte l’image d’un paradis perdu, mais les deux personnages incarnent à eux seuls le spectre du gouffre et comme deux âmes solitaires qui ne peuvent se rejoindre, ils se perdront à tout jamais.

Il faut se pencher sur la vie de l’auteur pour comprendre les méandres de ce chef-d’œuvre, livre culte du XXème siècle. Il pose de nombreuses questions essentielles : Pouvons-nous pardonner ? Faire Fi du passé ? Comment sortir de l’enfer de l’éthylisme.

Geoffrey consume sa vie et son destin, chaleur, mescal et tequila lui brûlent l’âme et le corps, le bruit du monde alentour, le volcan annonçant l’Apocalypse nourrissent les délires où il s’enlisera. Malcom Lowry lui-même suivra un destin identique et finira tragiquement en Angleterre à l’âge de 49 ans.

Peu De temps auparavant après avoir voyagé inlassablement autour du monde il sera expulsé du Mexique pour conduite scandaleuse et il écrira du fond de sa geôle mexicaine : « Ce n’est pas le cri du berger qui criait au loup, c’est le loup lui-même qui crie au secours, ce n’est pas un cri c’est un hurlement »

- Au-dessous du volcan Gallimard folio 1959
- La Mordida inédit en France n’existe qu’en langue anglaise
- Pulque mescal y tequila chanson de Thiefaine en hommage à M Lowry

Article du 21 janvier 2012 – D H Lawrence sur les bords du lac de Chapala, Jalisco

FB122BD7 25B8 4D9D B821 C3247E77B15CImg100 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Nombreux sont ceux qui connaissent D H Lawrence pour L’Amant de Lady Chatterley roman célèbre qui fit scandale mais plus rares sont ceux qui peuvent citer Le Serpent à plumes paru en 1926. C’est en mars 1923 que D H Lawrence décide de se rendre au Mexique, parti seul pour le lac de Chapala il télégraphie à sa femme : » Chapala paradis, prends le train de nuit ».

Dans le cadre idyllique du lac il commence à écrire le Serpent à Plumes. Don Ramon figure emblématique du livre cherche à donner à son peuple une nouvelle foi, il rencontre Kate veuve désabusée et va l’entrainer dans une aventure hors du commun sur les rives de ce lac légendaire où ressurgira Queztalcoatl le dieu serpent.

Ce roman initiatique décrit le Mexique des années 20 qui sort à peine de 10 années de révolution et de guerre civile. Roman puissant dont la violence envoutante nous conduit plus loin au-delà des simples voyages intérieurs là où les objets et les hommes sont montrés sans pathos à nu mais où se révèlent peu à peu le secret de leur beauté. Le soleil, la lumière, la cime des montagnes, l’accord parfait est enfin trouvé.

« Savez-vous à qui appartient ce lac ? – Aux antiques divinités du Mexique, si vous passez par là il vous faudra payer tribut à Quetztalcoatl »

Lawrence finit le roman en 1925 à Oaxaca où il travaille sans relâche à son nouveau livre : Matinée mexicaines mais la maladie le contraint à retourner aux Etats-Unis, à El Paso près de la frontière il écrit ces quelques lignes : » Si près de la frontière qui nous sépare de la mort je n’ai jamais été capable d’aller jusqu’au bout dans la froide lumière du jour »

Après bien des périples, des haltes incertaines, de longs et de courts séjours en Europe et au Nouveau-Mexique Lawrence se fixe enfin en Suisse puis en France où il espère guérir sa tuberculose mais il meurt en 1930 à Saint Paul de Vence où il repose bien loin du lac de Chapala.

D H Lawrence comme bien d’autres écrivains européens a été inspiré par les paysages mexicains mais aussi par la symbolique impressionnante des figures religieuses mexicaines le folklore et les représentations multiples des dieux, tout cela a nourrit fortement son imagination et nous a donné des romans tels que Le Serpent à Plumes.

- Le Serpent à Plumes Stock 1926 réédité au Livre de Poche
- Matinées mexicaines Stock 1935 réédité au Livre de Poche

Article du 21 décembre 2011 – La Fête de Noel dans la littérature

Selma 339x225 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le ViganLa représentation de Noel dans la littérature est très ancienne. Au départ la référence à Jésus-Christ est évidente et toute la symbolique de cette fête nous ramène à la naissance du Christ. De nos jours le solstice hivernal est mis en scène par de nombreux auteurs, de la littérature pour la jeunesse à la Bande dessinée.

Mais revenons à la fête de Noel moderne, elle est née vers 336 sous l’empire romain de Constantin, quant au mot Noel son origine est celtique à en croire les linguistes éclairés. Bien sûr nous serons toujours émus à l’évocation des «  beaux livres de notre enfance »

Le Chant de Noel de Charles Dickens fait partie de ceux-là. Il nous raconte l’histoire de Ebenezer Scrooge vieil homme avare et misérable détesté de tous même de son neveu, en cette nuit de Noel il recevra la visite de quatre fantômes et au bout de cette nuit de terreur il sortira de son égoisme et de son dénuement affectif pour entrevoir la fin de sa solitude, il comprendra alors que l’on n’est rien sans les autres.

La peinture sociale de Dickens toujours présente décrit la vie quotidienne de l’Angleterre de 1843. Les rues de Londres décorées pour les fêtes, les tables bien garnies et les cheminées où les feux chantent ont un  goût d’autrefois bien loin de la société de consommation du XXIème siècle.

Quant à La petite fille aux allumettes qui a fait pleurer tant de cœurs sensibles on ne peut oublier les rues froides et la petite fille transie qui fait brûler une à une ses allumettes pour entrevoir un monde merveilleux dont elle ne fait pas partie. Elle retrouvera sa grand-mère mais sa fin tragique entre deux maisons et l’indifférence des passants restent pour toujours gravées dans nos mémoires. Ce récit bouleversant a été écrit par Andersen en 1845, celui-ci choqué par la profusion des richesses de son hôte allemand décide d’écrire ce conte qui dénonce bien avant l’heure le manque d’humanité et l’indifférence du monde des nantis face à la misère et à la solitude.

J’ai choisi également pour vous trois autres ouvrages illustrant ce thème de Noel :

Le livre de Noel de Selma LAGERLOF Actes Sud 1990
Le Grand Saint Nicolas et autres légendes de Anatole France  Livre de Poche
Le Conte de Noel de Paul AUSTER Actes Sud

Références:
Le Chant de Noel de Charles DICKENS Folio plus Gallimard
La petite fille aux allumettes ANDERSEN Mercure de France 1964 réédité par Gallimard Folio jeunesse

Article du 13 décembre 2011 – Diego Rivera au Moma de New-York

images17 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le ViganEn cette fin d’année 2011 le MOMA de New-York rend hommage à Diego Rivera. On fête en effet le 125 ème anniversaire de sa naissance. Le grand peintre mexicain est connu dans le monde entier et surtout en Europe où il séjourna dans les années 20. Il se lia alors avec d’autres peintres comme Modigliani qui fit de lui un portrait saisissant.

Il revient au pays enrichi d’une autre culture picturale et commence les fresques monumentales qui le rendront célèbre; inspiré par la Révolution mexicaine il met en peinture ses idées politiques et attaque de front l’ église et le clergé sur ordre du gouvernement post-révolutionnaire, il devient ainsi l’un des peintres officiels de cette époque.

Sa vie tumultueuse et passionnée en fera un personnage romanesque surtout quand il épouse Frida Kahlo de 21 ans sa cadette, sa muse et sa compagne.

Plus tard il rejoint le Parti Communiste et accueille Trotsky à Mexico. Ce dernier mourra d’ailleurs assassiné dans cette même ville quelques années plus tard. Dès 1931 son oeuvre fait déjà l’objet d’une rétrospective à New-York, à Detroit il réalise une fresque monumentale où apparait Lénine, cette fresque sera détruite sur ordre du commanditaire Rockfeller choqué par le but social de la peinture de Rivera, celle-ci s’inscrivant dans la droite ligne des œuvres révolutionnaires d’avant-guerre qui : » aident le peuple à se forger un idéal pour surmonter les malheurs immédiats » .

«  Je ne crois pas en Dieu, je crois en Picasso » Diego Rivera

1940 est  l’année de la grande Exposition «  XX siècles d’art mexicain » ( Musée d’art Moderne) elle connait un succès mondial et fait ainsi connaître les richesses de l’art mexicain, les mécènes et les plus grandes galeries vont alors s’intéresser à Rivera et autres artistes de l’époque.

L’Exposition de Moscou en 1950 sera également un triomphe, cependant la lente décrépitude  de l’artiste se fait sentir, déçu par le pouvoir soviétique il se sent manipulé pour servir une cause qu’il sait perdue d’avance. Commenceront alors les années noires, Frida Kahlo décède en 1954 minée par la maladie et affaiblie par les nombreuses opérations qu’elle a subies.

Ré-invité à Moscou Diego Rivera participe au défilé du 1er mai 1956, il reçoit un accueil enthousiaste du public mais ses forcent l’abandonnent peu à peu. Il aura le temps de créer le célèbre musée de Coyoacan «  La Maison bleue »où dorment à jamais les œuvres de Frida et les souvenirs de la vie passionnée du couple. Il décède en 1957 des suites d’un cancer.

La dernière biographie de Diego Rivera vient de paraître aux Editions du Seuil : « Diego Rivera le rêveur éveillé » de Patrick Marnham.

Article du 6 décembre 2011 – Fernando VALLEJO a reçu le Prix 2011 de la FIL

Portada Fil2 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

L’écrivain mexicain d’origine colombienne Fernando VALLEJO a reçu le Prix 2011 de la Foire internationale du Livre de Guadalajara. Connu pour son roman : »La VIERGE DES TUEURS « il relate les méfaits et les violences des guerres entre les cartels à Medellin en Colombie. Ce livre a d’ailleurs été adapté au cinéma par Barbet Schroeder…

Il vit depuis quelques années à Mexico après avoir fui la Colombie pays dont il dénonce « la violence qui détruit son pays ». Ecrivain polémique s’il en est il évoque dans «  Le FEU SECRET » ses penchants compulsifs pour les jeunes garçons ce qui lui attirent les foudres de la société catholique bien pensante colombienne.

Il consacre également un ouvrage à son frère Dario mort du sida : « Et nous irons tous en enfer », ouvrage de pur amour fraternel qui touche par son approche sensible et désespérée. Il multiplie ainsi les œuvres de révolte et d’incompréhension comme «  CARLITO qui êtes aux cieux » où il raconte l’aventure électorale de son frère Carlos qui entreprend de se présenter aux élections municipales d’une petite ville colombienne, la suite rocambolesque et surréaliste de l’ascension du dit Carlos enchantera les lecteurs adeptes d’humanisme débridé et utopiste.

La misère et la violence auront raison du nouveau maire qui ne parviendra pas à l’harmonie dont il avait rêvée. Style truculent, langage cru et dépourvu de tout artifice soulignent le désir de l’auteur de nous faire connaître en profondeur son impuissance enragée à faire évoluer une société corrompue et passive. Il nous rappelle en d’autre temps Pier Paolo PASOLINI qui lui aussi dénonça par le passé les vices et les turpitudes de son époque.

Par pure provocation Vallejo a fait ouvrir il y a quelques années en Colombie un dispensaire pour chiens pauvres alors que la misère ronge la population. Il ne croit plus guère dans «  l’humain » ni d’ailleurs dans aucune autre idéologie. A tel point que l’on ressort à la lecture de ses livres abasourdi par tant de violence mais ébloui par cette force de conviction nihiliste.

La vierge des tueurs Ed Belfond 1997
Carlito qui êtes aux cieux Ed Belfond 2007
Et nous irons tous en enfer  Ed Le Serpent à plumes 2005
Le feu secret Ed LGF 2000

Article du 27 novembre 2011 – Cette semaine la mort de Daniel Sada

sadadanielnt 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le Vigan

Daniel Sada nous a quittés le 18 Novembre dernier. Journaliste et poète ce grand écrivain mexicain né à Mexicali en 1953 a incarné des années durant une certaine vision du Mexique, il a décrit comme personne les déserts du nord, les villages perdus du Sonora.

Son oeuvre maîtresse : » l’Odyssée barbare » œuvre baroque et ambitieuse nous entraine dans le quotidien violent de 90 personnages hauts en couleurs, corrompus, voleurs, assassins. Les fantômes des disparus hantent les rues désertes des villages et toute la poésie sanglante de Daniel Sada nous revient en plein visage, nous éclaboussant comme un soleil taché.
C’est un Mexique violent et douloureux mais aussi tendre et burlesque qui est ainsi livré au lecteur et comme l’a écrit Carlos Fuentès Daniel Sada devient ainsi «  une révélation pour la littérature mondiale ». Il a d’ailleurs été récompensé peu avant sa mort du Prix Herralde et du Prix National des sciences et des Arts

Nous n’oublierons pas la description hallucinante de ce camion benne transportant les cadavres décomposés des enfants du village de Remadrin. C’est un signe fort au Mexique d’aujourd’hui, un témoignage bouleversant de vérité dans un contexte difficile. Le tout magnifié par une langue mêlée de dialectes et de langage parlé qui rendent encore plus saisissante la noirceur des personnages et leur dimension prophétique.

Dans le même esprit, découvrons Juan Pablo Villalobos jeune écrivain né à Guadalajara en 1973.Son dernier ouvrage : » Dans le terrier du lapin blanc » décrit l’univers d’un petit garçon fils d’un trafiquant richissime qui observe depuis un bunker de luxe construit pour lui par son père les agissements de sa famille et la vie du dehors. Son apprentissage et sa fascination pour les révolutions de toutes sortes l’emmèneront plus loin dans un avenir improbable pleins de rebondissements à la fois drôles et sanglants où l’enfance et sa part d’innocence fera place à une réflexion cruelle et désenchantée sur le monde mexicain d’aujourd’hui.

Un grand  avenir littéraire attend ce jeune homme.

Daniel Sada : L’Odyssée barbare  Ed. Passage du Nord-Ouest 2009
Juan Pablo Villalobos : Dans le terrier d’un lapin blanc  Ed. Actes Sud 2011

Article du 21 novembre – La Chronique Littéraire de Clara..Cette semaine le prix Renaudot 2011

9782756100937 150x150 La Chronique Littéraire de Clara   Le roman sombre de Delphine Le ViganLe Prix Renaudot 2011 a été attribué à Emmanuel Carrère pour son récit biographique: Limonov. Emmanuel Carrère né en 1957, fils d’Hélène Carrère d’Encausse n’a pas surpris le jury du Renaudot, écrivain lucide et sans concessions.

Il est l’auteur entre autres de trois romans magnifiques dont quelques-uns tirés de l’actualité immédiate : L’Adversaire, Un Roman russe, D’autres vies que la mienne.

Cette année il nous livre le portrait de Limonov écrivain sulfureux et controversé opposant farouche au pouvoir du Kremlin. Limonov existe je l’ai rencontré écrit Emmanuel Carrère, c’est un être de chair et de sang non un personnage de roman.

Ce dissident né en 1943 a fait de sa vie un roman. Il a été à la fois poète, fondateur d’un parti politique ultra-nationaliste, mercenaire en Serbie, écrivain , journaliste à l’Idiot International, comparse de Jean-Edern Hallier qui fit scandale en d’autres temps.

Il apparait comme un «  bad boy » au sein de la société russe actuelle «  un voyou et non pas une crapule » comme l’écrit Emmanuel Carrère qui se garde bien de porter un jugement sur ce personnage controversé. Depuis sa tendre enfance il a voulu faire de sa vie une vie de héros, héros maléfique et ricanant.

Ce roman s’inscrit donc dans la lignée directe des romans d’aventures où les personnages positivent ou non la vision historique que nous avons d’un pays, d’une nation ici la nation russe. On y retrouve la dimension picaresque à la Alexandre Dumas écrivain cher au cœur de Emmanuel Carrère et les périgrinations fantasques de Limonov qui ne laisseront pas insensibles les lecteurs attachés à la grande tradition  romanesque.

Limonov  d’Emmanuel Carrère Editions POL  2011
Les autres ouvrages cités sont tous édités en format de poche
Le roman Limonov de Emmanuel CARRERE sera en vente au prochain Salon du Livre de Guadalajara fin Novembre 2011.

 

Une réponse à La Chronique Littéraire de Clara – Le roman sombre de Delphine Le Vigan

  1. isabelle lafreniere dit :

    je suis una afficionada du MEXIQUE, LE
    PARCOURANT DEPUIS PLUS DE 50 ANS.
    J AI MAINTENNT 93 ANS, QUE DE CHANGEMENTS = J AI BEAUCOUP APPRECIE VOTRE RUBRIQUE SUR LA LITTERATURE.
    MERCI, ISABELLE DE MONTREAL.
    MUCHOS GRACIAS

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