La baisse de la TVA à l’épreuve de l’addition
Publié le 28/06/2009 par " Le Grand Journal "
PARIS – La réduction de la TVA dans la restauration, qui prend effet mercredi, allégera-t-elle l’addition ? La balle est dans le camp de la profession, qui a pris des engagements difficilement vérifiables avec le porte-monnaie.
Le passage le 1er juillet du taux de 19,6 à 5,5% concerne tous les produits solides et liquides servis dans les bars et restaurants, à l’exception des boissons alcoolisées.
En contrepartie de cette mesure promise de longue date, les professionnels se sont moralement engagés dans un “contrat d’avenir” à réduire de 11,8% les prix d’une liste de produits et à créer 40.000 emplois en deux ans.
Le gouvernement estime à trois milliards d’euros par an le coût de cette mesure visant à favoriser l’emploi et les salaires dans un secteur en manque de main-d’oeuvre qui emploie en France 600.000 personnes environ dans 180.000 entreprises.
Certains restaurateurs n’ont pas attendu le 1er juillet pour alléger l’addition, et le faire savoir.
“Baisse de la TVA : Ratatouille anticipe et baisse de 10%” peut-on lire sur une pancarte installée depuis début mai à l’entrée d’un restaurant du centre de Paris.
La ‘formule’ y est passée de 19 à 17,10 euros, le tartare de boeuf de 15 à 13,50 euros. Le prix des boissons n’a pas changé.
“On a trouvé un équilibre et ça marche. Les clients viennent plus régulièrement et nous félicitent de ce choix”, explique Sarah Bertrand, la patronne de ce restaurant de 150 couverts où travaillent huit personnes.
Après le 1er juillet, “nous allons baisser les prix de 14%. Avec le pourcentage restant, soit on embauchera au moins une personne, soit on baissera encore les tarifs”, promet-elle.
Selon Christine Pujol, présidente de l’Union des métiers de l’industrie de l’hôtellerie (UMIH), principale organisation patronale du secteur et à la pointe du combat sur la TVA, la baisse des prix pour le client sera d’”environ 10%”.
Les restaurateurs qui jouent le jeu en révisant les tarifs d’au moins sept produits sur une liste de dix auront le droit d’afficher un macaron ad hoc sur leur devanture.
DIFFICILE À VÉRIFIER
Les engagements seront vérifiés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). UFC-Que Choisir fera aussi sa propre enquête, dont les résultats devraient être publiés en 2010.
Sans vouloir faire de procès d’intention, François Carlier, directeur des études de l’organisation de défense des consommateurs, est assez sceptique.
“Sur le papier, c’est une baisse de 14%, mais dans les faits elle sera beaucoup plus partielle”, dit-il.
“Les restaurateurs peuvent baisser certains prix mais jouer sur les quantités ou la qualité, en achetant par exemple leurs produits dans le hard discount”, explique-t-il. “Nous ferons des vérifications, mais ce ne sera pas simple. Je crains qu’on ne sache jamais le fin mot de l’histoire”.
Et le responsable de l’UFC-Que Choisir de rappeler que l’impact du taux réduit de TVA sur les travaux de rénovation dans les logements, effectif depuis 1999, n’a jamais pu être vraiment vérifié.
Du côté des professionnels, la mesure est saluée, à de rares exceptions près.
Tel Xavier Denamur, propriétaire de cinq restaurants dans le quartier parisien du Marais. Pour lui, baisser la TVA, c’est se tromper de combat et mieux vaudrait encourager les patrons à miser sur la qualité et le bien-être du personnel.
“Aux restaurants qui afficheront une baisse de prix de 1% à 3% sur leur chiffre d’affaires global, préférez ceux qui rémunèrent bien leurs salariés, choisissent principalement des produits frais de saison qu’ils transforment eux-mêmes et investissent régulièrement pour améliorer leurs prestations”, peut-on lire en première page des menus de son établissement.
Xavier Denamur, chez qui un chef cuisinier gagne plus de 6.500 euros et un serveur en moyenne plus de 2.000 euros, invite toute la profession à afficher les salaires du personnel.
“La transparence c’est la base du commerce, de l’économie, d’un marché qui fonctionne”, estime-t-il.
L’Express.fr
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