La Grèce en danger, l’euro menacé!

Publié le 21/12/2009 par " Le Grand Journal "

OLY 2004-GREECE-COINLes déboires de la Grèce constituent pour l’euro le premier véritable test de sa jeune histoire. En dix ans, la monnaie unique européenne a résisté avec succès à des chocs d’une rare violence : attentats du 11 septembre 2001, effondrement de la bulle technologique, crise du subprime…

Rien ne dit que le franc, la lire ou le peso auraient traversé indemnes ces épreuves comme l’euro a su le faire. Mais à chaque fois ces chocs, partis des États-Unis, venaient de l’extérieur. Or, aujourd’hui le danger réside à l’intérieur même de la zone. Et fait surgir une question lancinante : la Grèce sera-t-elle contrainte, à terme, de quitter l’euro ? A priori non. Pour un petit pays, appartenir à une large zone monétaire est une opportunité rare. Jusqu’au moment où les contraintes deviennent tellement élevées qu’il apparaît moins coûteux d’en sortir.

Athènes est confronté à un double défi. D’abord restaurer sa crédibilité. Depuis son intégration dans la zone euro en 2001, le pays n’a cessé d’être pris en défaut sur la réalité de ses statistiques économiques. Affichés à 6 % en début d’année, les déficits seraient en fait de 12,7 % du PIB, selon le dernier pointage de l’office statistique national. Une tromperie qui fait apparaître la Grèce comme une sorte de «passager clandestin» de la zone euro. Et qui rend particulièrement difficile une aide directe de la part d’un État européen. Les opinions publiques des pays les plus vertueux  Allemagne, Pays-Bas ou celles qui s’inquiètent pour leur propre sort  comme la France ou l’Italie  auront du mal à accepter de financer un pays qui donne l’impression de ne pas jouer le jeu.

Le deuxième défi pour le gouvernement grec est donc de prouver sa volonté de rétablir au plus vite ses comptes publics. En théorie, un État dispose de deux instruments pour réduire ses déficits : la politique monétaire et la politique budgétaire. Battre monnaie permet de financer son budget tout en offrant la possibilité de jouer sur les marchés de change en dévaluant sa devise, afin de stimuler la compétitivité. Un geste qui dope la croissance et provoque un peu d’inflation. L’instrument idéal pour réduire l’endettement… sur lequel la Grèce ne peut pas compter puisque, comme tous les pays de la zone euro, la politique monétaire est l’apanage de la BCE à Francfort.

Ne reste donc que l’arme strictement budgétaire. En l’occurrence, l’organisation de coupes sévères dans les dépenses de l’État. Le gouvernement de Georges Papandréou en a-t-il les moyens ? Les agences de notation en doutent, d’autant que le climat social est fortement dégradé dans le pays, rendant particulièrement difficile l’acceptabilité de mesures drastiques. À défaut de le faire par lui-même, le gouvernement grec n’aura plus qu’une seule solution : se placer de facto sous la tutelle de Bruxelles. En maniant la carotte et le bâton, la Commission européenne pourrait générer une pression extérieure suffisamment forte pour inciter la Grèce à se réformer en profondeur, comme le FMI l’a si souvent fait par le passé avec des pays en crise. Au prix, la plupart du temps, de douloureux ajustements. La question qui se posera alors sera de savoir jusqu’où le peuple grec acceptera des sacrifices pour rester dans la zone euro ? Le rapport coût sur bénéfice n’est pas si évident.

Aujourd’hui, l’État grec se refinance à un taux de 5,77 % à dix ans. Un niveau plus proche de celui de la Hongrie ou de la Lettonie que de l’Allemagne. En d’autres termes, la protection offerte par la zone euro ne joue presque plus. Sortir de ce système pourrait bien, au final, s’avérer moins coûteux qu’y rester, la hausse des taux longs pouvant être compensé par une dévaluation rendant immédiatement le pays plus compétitif. Tout en donnant aux Grecs le sentiment de retrouver leur souveraineté démocratique à laquelle ils sont si attachés depuis la naissance de leur civilisation.

Le Figaro

POINT DE VUE

Du haut de l’Acropole, on voit la Grèce en danger de déstabilisation politique sur fond de crise économique. Georges Papandréou, qui a pris les rênes du pays voici à peine trois mois, a fort à faire pour éviter la faillite.

Une tâche de redressement du pays qui exige force et courage.

- D’abord, Papandréou est tenu de renier les promesses faites lors de la campagne électorale d’augmenter les salaires et les allocations de l’Etat providence. Il lui faut redresser les finances publiques. Le temps presse, les investisseurs se retirent, tandis  les créanciers frappent à la porte du ministère des finances en réclamant leur dû: Thyssen-Krupp, par exemple, a construit un navire aux technologies hautement sophistiquées, mais il reste amarré dans le port de Kiel en attendant que les Grecs veuillent bien régler à l’entreprise sa facture de quelque 550 millions d’euros. Dans le domaine de la santé, le gouvernement grec doit à ses fournisseurs de médicaments et de dispositifs médicaux, plusieurs milliards d’euros.

- Il faut ensuite que le nouveau Premier ministre mette en place les mesures de redressement réclamées par l’Union européenne et par le FMI. Papandréou vient de commencer à faire adopter un plan drastique de mesures qui vont  rendre encore un peu plus difficile la vie de ses concitoyens, dont le plus grand nombre ne dispose que de revenus modestes: arrêt du recrutement de fonctionnaires, gel des salaires des 60% de fonctionnaires gagnant jusqu’à 2000 euros par mois, réduction des dépenses de sécurité sociale…il est aussi prévu une taxe de 90% sur les bonus des banquiers, ainsi que le gel des dépenses militaires.

- il lui faut également redonner à la Grèce sa crédibilité.Celle-ci est largement entamée depuis que les Européens se sont rendus compte il y ai quelques années que les gouvernements successifs avaient systématiquement triché en communiquant des statistiques trompeuses sur la situation économique et financière. On se souvient que le directeur général d’Eurostat – l’office statistique de l’UE – pourtant non impliqué dans cette tricherie avait  fait les frais de ce scandale. Papandréou vient de révéler que le déficit budgétaire, évalué par son prédecesseur Kostas Caramanlis à hauteur de 6,7% du PIB, serait en réalité proche de 13%! Ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de provoquer une chute des marchés obligataires. Le ministre des finances vient, quant à lui, d’annoncer la création d’un office statistique réellement indépendant.

- Enfin Papandréou a clairement dit qu’il considérait la crise comme largement provoquée par une corruption endémique contre laquelle il était déterminé à lutter. Déclaration courageuse, et qui ne m’étonne guère de la part de Georges Papandréou que j’ai particulièrement apprécié lorsqu’il était (juste) ministre des Affaires étrangères (poste qu’il cumule à présent avec celui de Premier ministre) dans les années 2002/2004.

Trouver 55 milliards d’euros (c’est ce qui est estimé devoir permettre à la Grèce de faire face à ses dettes les plus importantes) ne sera pas chose facile, d’autant que les grands prêteurs ne semblent pas vouloir faciliter la tâche du nouveau Premier ministre, afin d’éviter les errements du passé.

Un test pour la Grèce, comme pour l’euro et pour l’Europe toute entière.

Certes, on a vu dans le passé des Etats mis en faillite: le Mexique (1982) et surtout l’Argentine (2001). D’ailleurs, on peut légitimement s’interroger sur le rôle du FMI compte tenu des exigences posées vis à vis de l’Argentine dont le peuple a beaucoup souffert de l’impéritie de ses gouvernants,.  Mais ici, c’est un pays membre de l’eurozone qui est en difficulté, et chacun se rend compte qu’il est concerné.

La période actuelle est pleine d’enseignements.

- D’une part, elle fait prendre conscience de la vertu de Pacte de stabilité et de croissance, car il est évident qu’un Etat incapable de payer ses dettes et d’emprunter à un coût raisonnable sur les marchés internationaux, met en péril lui-même et tous les autres.

- D’autre part, cette crise nous apporte la confirmation du refus de l’Allemagne de continuer à payer pour les autres. Madame Merkel, avec fermeté, vient de faire savoir à qui voulait l’entendre qu’il n’était pas question de fournir des liquidités européennes, voire du FMI, à la Grèce. Cette dernière devait se corriger elle-même. A noter au demeurant que l’article 125 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit au budget européen de voler au secours d’un Etat de l’eurozone. (selon cette article en effet, “l’Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un Etat  membre, ni ne les prend à sa charge”.)

- Enfin et surtout, le cas de la Grèce dépasse la question de la bonne gestion économique et financière qui s’impose à tous les membres de l’UE, et plus particulièrement aux Etats de l’eurozone. C’est la question de la gouvernance politique qui est posée, et de façon extrêmement sérieuse.

L’Europe, c’est le marché commun, c’est aussi la démocratie fondée sur des valeurs communes entre tous les Etats membres.

Or voici un Etat, base de l’édifice de la démocratie occidentale, dont les piliers tremblent sur leurs fondements en raison d’une gouvernance jusque là trop faible et d’une corruption qui dérobe aux citoyens leurs droits.

Papandreou en est conscient. Il sait bien que cette situation conduit les jeunes au désespoir. Il sait bien que la société grecque est aujourd’hui déséquilibrée, avec une classe de quelques uns qui concentrent entre leurs mains la richesse, un cinquième de la population en dessous du seuil de pauvreté (moins de 4000 euros par an) et une classe moyenne dont les revenus diminuent et qui se paupérise, tandis qu’un nombre croissant de jeunes diplômés est confronté au chomage.

La Grèce n’est pas l’autre. Ce qu’elle connaît aujourd’hui, tout autre Etat européen peut le connaître demain. Au demeurant, comme en Grèce, des signes avant-coureurs révèlent déjà un appauvrissement de la classe moyenne dans la plupart des pays dont les dettes sont devenues de plus en plus difficiles à gérer. Ce n’est pas en renonçant en effet aux systèmes de protection sociale et aux services publics particulièrement indispensables dans la santé et l’éducation que l’on fera progresser la société.

Si les nouvelles institutions communautaires ont une réflexion à mener et des actions à envisager, c’est bien à propos de la situation actuelle de la Grèce qu’elles doivent le faire. Sa situation fragilise l’euro, mais elle fragilise aussi la démocratie.

noelle.lenoir@ceuropeens.eu

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Un seul commentaire sur l'article “La Grèce en danger, l’euro menacé!”

Par JHLNo Gravatar Windows Vista Internet Explorer 7.0:

Eh oui: la corruption, cause de tous les maux ! on connait ca en Afrique, en Amerique Latine, en Asie,la classe moyenne s’appauvrit, une autre classe accapare les richesses et les pauvres de plus en plus pauvres. Et la democratie dans tout ca ? Existe-elle encore ? Y a-t-il des politiciens honnetes ?

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