Le déficit public va bondir à plus de 7 % du PIB pendant au moins deux ans

Publié le 21/06/2009 par " Le Grand Journal "

echos Le déficit public va bondir à plus de 7 % du PIB pendant au moins deux ansLe ministre du Budget a précisé hier la très nette dégradation attendue des finances publiques. Le produit de l’impôt sur les sociétés sera divisé par deux cette année. Le président de la BCE estime « qu’à un moment, on ne peut plus accumuler de dette ».

C’est une contrainte que Nicolas Sarkozy devra garder en tête cet après-midi : il ne peut plus faire l’impasse sur l’envolée du déficit public, qui va pulvériser le record de 1993 (6,4 % du PIB). Eric Woerth table désormais sur un déficit de 7 % à 7,5 % du PIB en 2009 (contre 5,6 % dans la dernière prévision et… 3,4 % en 2008), ainsi qu’en 2010. Le ministre du Budget l’a indiqué hier lors du Grand jury RTL-LCI-« Le Figaro » et détaillera cette révision (la troisième), mercredi, devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Le déficit de l’Etat, jusqu’alors estimé à un peu plus de 104 milliards d’euros, devrait être d’environ 127 milliards (110 milliards selon les critères de Maastricht). Les comptes sociaux subissent les conséquences de la crise, qui fait chuter la masse salariale : déficit de la Sécurité sociale à 20 milliards d’euros, mais aussi comptes de l’Unedic et des retraites complémentaires (Arrco-Agirc) dans le rouge. Les collectivités locales voient une partie de leurs ressources s’effondrer (droits de mutation).

Pour l’Etat, l’ampleur des moins-values fiscales est impressionnante (plus de 20 milliards d’euros par rapport au dernier collectif). « Les recettes seront à peu près égales en 2009 à celles de 1999. Le grand écart est considérable », souligne Eric Woerth. Cela va bien au-delà de l’effet traditionnel de la révision de l’évolution de l’activité (baisse de 3 % du PIB au lieu de 1,5 %). Attendu à 37 milliards d’euros, le produit de l’impôt sur les sociétés devrait notamment être « de 25 milliards cette année », estime le ministre du Budget, voire « peut-être même 20 milliards ». Soit moins de la moitié de la recette normale (près de 50 milliards en 2008) ! Les recettes de TVA pâtissent quant à elles de la chute du marché immobilier et des achats d’entreprises. Ainsi que de la baisse de 19,6 % à 5,5 % du taux de TVA dans la restauration au 1er juillet (1,2 milliard d’euros en 2009).

Les dépenses de l’Etat, en revanche, ne dérapent pas. Au contraire, elles devraient évoluer conformément à l’inflation pourtant revue à seulement 0,4 % (au lieu de 1,5 %), en mettant à part les dépenses de la mission relance. La faiblesse des taux d’intérêt réduit le coût de la dette (l’effet prix dépasse l’effet volume), et les retraites des fonctionnaires ont été moins augmentées que prévu. « Il n’y a pas du laxisme mais du volontarisme », affirme dès lors Eric Woerth pour qui le déficit est « une arme contre la crise ». Au total, le déficit de l’Etat va représenter plus de 40 % des dépenses ! Dans l’enveloppe, plus de 15 milliards d’euros ne sont toutefois pas décomptés dans le déficit maastrichien (prêts au secteur automobile, dotation au FSI, remboursement anticipé de TVA pour les collectivités). Et Eric Woerth met en avant la situation encore plus dégradée de la Grande-Bretagne, de l’Espagne ou des Etats-Unis.

Freiner les dépenses publiques

Au-delà de 2009, le débat porte surtout sur l’évolution prévue pour 2010 et sur l’attitude à adopter. Bercy mise sur une stabilisation du déficit public entre 7 % et 7,5 % du PIB (il devait initialement être ramené à 5,2 %) avec deux phénomènes inverses se compensant : les comptes de l’Etat s’amélioreront « de 10 à 15 milliards », car de nombreuses dépenses de relance disparaîtront et que les recettes fiscales progresseront un peu, mais le déficit de la Sécurité sociale continuera de se creuser « d’environ 10 milliards », pour atteindre 30 milliards (nouvelle dégradation de l’emploi et de la masse salariale). La Cour des comptes ne partage pas cette vision : dans le rapport sur les finances publiques qu’elle doit entériner aujourd’hui, elle prévoira une nouvelle dégradation en 2010. Pour la Cour, cette situation sans précédent implique une réaction rapide de l’exécutif, qui se refuse à toute hausse des prélèvements. « Ce serait irresponsable, ce serait la pire des solutions », affirme même Eric Woerth. L’Elysée entend en revanche accentuer les efforts pour freiner les dépenses publiques, en particulier celles des régimes sociaux et des collectivités locales. D’où les chantiers avancés par le chef de l’Etat.

Des efforts à faire l’an prochain

Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a estimé, hier, que les pays européens devraient faire des efforts à partir de l’an prochain : « Dès 2010 (…), on va voir à nouveau la croissance arriver, il faut commencer l’opération qui consiste à aller progressivement vers l’équilibre des comptes publics. (…). A un moment, vous ne pouvez pas augmenter plus, vous ne pouvez plus accumuler de dette. Je crois qu’on en est [arrivé] à ce point là. » Même avec le retour de la croissance et une maîtrise rigoureuse des dépenses, la France aura encore un déficit public très supérieur à 5 % de PIB en 2012.

Les Echos.fr

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