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Rubrique : Gastronomie-Mode

La mort d’Yves Saint Laurent - L’homme qui aimait la femme

Publié le 04/06/2008 par La rédaction

ysl.jpgYves Saint Laurent s’en est allé. « La mode est une maladie incurable », disait-il. A-t-elle emporté avec lui son dernier prince ? Une certaine façon de regarder les femmes, l’électricité des défilés, cet air de Paris qui savait parler au monde ?

La silhouette restera légendaire. Un jeune homme triste en blouse blanche, les yeux cerclés d’écaille, auquel le temps avait donné des rondeurs de boxeur retiré, parcouru de tics à la Malraux. On le photographiait parfois dans l’une de ses maisons, avec ses samovars, ses caftans marocains, ses portraits par Warhol, et toujours à ses pieds un bouledogue dynastique-le dernier s’appelait Moujik III.

« Le noir est mon refuge », lâcha-t-il un jour. Mais la couleur de l’élégance captait toute la lumière d’une enfance oranaise. Né le 1er août 1936, Yves-Mathieu Saint Laurent procédait de cette Méditerranée coloniale où des mères à ombrelle rêvent de Paris. Façonnant pour ses soeurs un théâtre de poupées, esquissant des portraits à la Jean-Gabriel Domergue, l’adolescent restera ébloui par les décors que dessine Christian Bérard pour Louis Jouvet dans « L’école des femmes ». Tout un programme, en somme, dont Paris sera pour lui le théâtre. A la mort de Christian Dior, en 1957, la couronne échoit à son jeune assistant modéliste, Yves Saint Laurent, alors âgé de 21 ans. Cette précocité fera son triomphe. « Enfant aux nerfs d’acier » , écrira le romancier japonais Mishima.

La collection « Trapèze », présentée le 30 janvier 1958, décline robes-bulles et tailleurs souplement géométrisés. Comme l’écriture de sa contemporaine Françoise Sagan, l’allure Saint Laurent pour Dior est à la fois claquante et ductile, tenue et signée. Trois ans plus tard, il ouvre sa propre maison. Le logotype aux lettres entrecroisées a été dessiné par Cassandre, le couturier a investi l’ancien hôtel particulier de Forain, rue Spontini, sous l’égide électrique de Pierre Bergé, qui sera dès l’origine le Diaghilev à turbines de ce Nijinski à aiguilles, à la fois vizir et amant, sparring-partner et imprésario. « Son Eminence », comme l’a décrit Jean-Jacques Schuhl…

Très vite, Saint Laurent tranche. Il y a le brio un peu brindezingue du cénacle amical, l’esprit et les muses, où les Philippe Collin, Loulou de la Falaise ou Betty Catroux jetteront bientôt du poivre sur le taffetas. Il y a ce climat d’un Paris qui passe de l’âge des privilèges hérités à celui des élégances recommandées, sous l’oeil infaillible d’une Edmonde Charles-Roux ou d’une Françoise Giroud-ce petit truc soufflant qui fait dire d’un plissé : « c’est divin. » Il y a un souffle, une ligne, un chromatisme. Sorcier des tissus, maître du biais et du droit-fil, Yves Saint Laurent fait exploser sous une austérité de maître hollandais les fusées d’un coloriste méditerranéen. Il aime Frans Hals et Matisse. Ses robes sont des tableaux d’étoffes, des propositions d’ombre et de lumière pour une femme mobile. La coupe, le volume, les lignes de montage se voient ajustés sur des modèles de cabine plutôt que sur des mannequins de bois. Il parlera du « merveilleux silence du vêtement », qui se compare à celui d’un tableau. Mais la vie est là pour ébouriffer le tissu telle une chevelure folle.

En somme, Saint Laurent sait convoquer du passé pour faire du présent, et de l’exotisme pour l’instiller dans un sublime familier. Les manteaux de duègne, les fourreaux de soie, la mode de la Libération qu’il recyclera en 1971, les smokings façon Marlene Dietrich s’imposent comme un hommage au glamour de jadis. Saint Laurent cite, revisite, cannibalise, vénère. Cet homme timide, capable de dessiner une jupe avec le souvenir d’un poème de Maïakovski, offrira à ses clientes des robes à la Mondrian, des capes ornées des colombes de Braque ou Picasso, des cardigans aux iris de Van Gogh. Son univers ouvre le XXe siècle comme un éventail, d’un jeté précis du poignet, avant de le refermer suavement.

Mais les capteurs de Saint Laurent sont tournés vers l’époque. Très vite, il ennoblit les vêtements pratiques, le caban, la marinière, la blouse, la saharienne, le tailleur pantalon. Porter un vêtement, c’est l’oublier pour qu’il vous serve. Affaire d’aristocratie de la rue chez celui qui aimera habiller une Arletty vieillissante ? La silhouette idéale selon Saint Laurent, c’est peut-être une dame de Shanghai en robe de grand soir qui goûte l’accordéon des crevettes de boulevard. Les années 60 sont passées par là, avec leur fracas rock’n'roll, leurs tuniques orientales, leurs métissages. Dès 1962, un mannequin noir défile pour lui. Lorsqu’il propose des seins nus sous une blouse transparente, l’Amérique achète le modèle doublé. Qu’importe, Yves Saint Laurent va multiplier les gazes échancrées, les gandouras rebrodées, les sarouals polychromes, les turbans enivrants. A Marrakech, le garçon d’Oran retrouve une enfance perdue entre les murets roses et les palmiers vert profond de la villa Majorelle (voir le reportage de Violaine de Montclos, page 72). Mais il y aura aussi des collections russe, chinoise, espagnole.

Saint Laurent pressent que la mode, comme la musique, sera bientôt mondialisée. Ce prince à la tour d’ivoire a également compris, avec Pierre Bergé dans la coulisse, que le temps est venu du prestige vendu en série. Dès 1966, ses créations se voient proposées en version prêt-à-porter par Saint Laurent Rive gauche. « Si Chanel a libéré les femmes, Saint Laurent leur a donné le pouvoir », répétera avec constance l’omniprésent Pierre Bergé. Les actrices dont Yves Saint Laurent dessine les costumes au cinéma sont à la fois patriciennes et populaires, contenues et frondeuses : Claudia Cardinale dans « La panthère rose », Catherine Deneuve dans « Belle de jour », Isabelle Adjani dans « Subway ».

Car ce n’est pas le moindre paradoxe du style Saint Laurent que d’avoir toujours suscité une trêve dans la dénonciation des privilèges. Ce chéri des clientes dorées était un symbole français, au même titre que le pont de Tancarville ou les chansons de Trenet. Fait chevalier de la Légion d’honneur par Mitterrand en 1985, il deviendra grand officier en 2007 sous Nicolas Sarkozy. Précurseur, Yves Saint Laurent faisait-il déjà le pont entre les Rothschild et Libération ? En 1988, il est le premier couturier invité à la Fête de L’Humanité . Dix ans plus tard, la finale de la Coupe du monde de football au Stade de France sera précédée d’un défilé de 300 de ses modèles, devant 2 milliards de téléspectateurs. Aujourd’hui, si l’on recherche à prix d’or ses robes originales en version « vintage », les experts de la mode décèlent une inspiration Saint Laurent dans des chaînes meilleur marché telles que Zara ou H&M. La petite veste noire sur un jean, c’est très YSL. Le cygne élitiste aurait-il fécondé une mode démocratique ?

Le prix de la gloire, il le paya pourtant seul, et comptant. L’homme aux trois lettres enlacées était une âme divisée. Lui qui voyageait incognito sous le nom de M. Swann citait parfois cette phrase de Proust : « Tout homme d’amour est un homme de douleur. » Dès son service militaire, pendant la guerre d’Algérie, il est hospitalisé au Val-de-Grâce. Tout au long de sa vie, les crises dépressives le mettront au bord du gouffre. « Quand il buvait, c’était comme Modigliani », se souviendra Victoire Doutreleau, son premier mannequin vedette. Coma éthylique en 1985. Abus divers qui faisaient du nom de son plus célèbre parfum, « Opium », autre chose qu’une clause de style. Entre les industrieuses premières d’atelier et les clientes très coiffées, c’était secret de Polichinelle que les effroyables absences à soi du maître qui confessait : « L’inquiétude de vieillir vient de ne pas s’être trouvé. » Yves Saint Laurent disait avoir de l’indulgence pour la trahison mais détester la vulgarité. Par une pirouette à la fois triste et délurée, il pouvait lâcher : « Je suis une tapette esthète. » Ses vertiges de rock star feront-ils de lui le chaînon manquant entre Joris-Karl Huysmans et Mick Jagger ?

En 2002, sur fond de récession financière, il décida de tirer sa révérence. Son dernier modèle ? Une veste en crêpe de laine noir brodé d’épis de blé doré, dessinée pour Catherine Deneuve, incarnation fidèle de la muse YSL. Lors de l’ultime défilé, le 22 janvier 2002, on vit marcher sur le podium quarante jeunes filles en smoking, une par année de maison, comme des condamnées avançant vers l’échafaud. Carla Bruni y portait un fourreau de velours noir avec une cape jaune. C’était un requiem, la clôture d’une époque se fermant comme une huître qui a donné sa perle. Ce soir-là, on comprenait que Saint Laurent avait fait danser les styles comme des flammèches dans la main du diable.

Ses dernières années le virent célébré et absent. Yves Saint Laurent ne touchait plus un crayon. Sa mémoire était un musée d’étoffes. A l’heure où il allait disparaître, une exposition commémorative tournait entre Montréal et San Francisco. A la fin comme au début, il y avait peut-être la silhouette d’une jeune mère élégante qui s’éloigne sur la plage, et son fils ne cessera jamais de la suivre des yeux comme un enfant abandonné.

Marc Lambron-(www.legrandjournal.com.mx)

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Edito

Bertrand Delanoë serait le meilleur premier secrétaire du Parti socialiste aux yeux des Français mais serait devancé par Dominique Strauss-Kahn pour la présidentielle de 2012, selon un sondage TNS Sofres/Logica pour Le Figaro magazine. Le maire de Paris, qui a précipité le mouvement en annonçant sa candidature à la succession de François Hollande à la tête du PS, arrive devant Ségolène Royal tant auprès de l'ensemble des Français (31%) que des sympathisants socialistes (31%). L'ex-candidate à la présidentielle obtient respectivement 18% et 28%, devant la maire de Lille Martine Aubry en troisième position avec 13% et 17%. Pour la présidentielle de 2012, le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn part favori auprès de l'ensemble des Français avec 29%, devant Ségolène Royal (20%) et le maire de Paris (17%). Auprès des sympathisants socialistes, c'est en revanche Ségolène Royal qui semble la mieux placée avec 29%, devant l'ex-ministre des Finances (28%) et le maire de Paris (19%). Ce sondage a été effectué du 22 au 25 août auprès d'un échantillon national de 1.000 personnes âgées de 18 ans et plus.

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