Attentat Karachi: la thèse d’un contentieux franco-pakistanais alimentée (vidéo)
Publié le 25/06/2009 par " Le Grand Journal "
PARIS – De nouvelles informations ont alimenté jeudi la thèse d’un contentieux franco-pakistanais, sur fond de possibles commissions occultes, pour expliquer un attentat dans lequel 11 Français ont été tués à Karachi en 2002, Paris assurant vouloir faire “toute la lumière”.
En filigrane de ce dossier, les juges d’instruction s’intéressent au financement supposé de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, soutenu alors par l’actuel président Nicolas Sarkozy.
La nouvelle ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, a assuré jeudi devant le Sénat que “toute la lumière” devait être faite sur ce qui s’est passé. “J’y tiens particulièrement”, a-t-elle affirmé.
Selon elle, “les gouvernements (français et pakistanais, ndlr) sont très attachés à ce que la vérité soit faite”.
L’opposition socialiste a de son côté demandé une mission d’information parlementaire sur l’attentat qui avait fait au total 14 morts, dont 11 ingénieurs et techniciens français de la Direction des chantiers navals (DCN), qui travaillaient sur place à la construction de sous-marins Agosta.
“Il est temps pour la représentation nationale de se pencher sur ces faits graves”, a dit le chef du parti socialiste à l’Assemblée nationale Jean-Marc Ayrault.
DCN, entreprise publique, visée par l’attentat-suicide, avait signé un contrat en 1994 pour la vente de trois sous-marins conventionnels français Agosta au Pakistan.
L’enquête antiterroriste, qui avait longtemps privilégié la piste islamiste d’al-Qaïda, s’oriente désormais vers une affaire entre les deux Etats, selon les avocats des familles des victimes.
Selon cette piste, la vente des sous-marins au Pakistan prévoyait le versement de commissions, légales à l’époque. C’est l’arrêt des versements, après l’élection du président Jacques Chirac en 1995 qui serait un possible mobile de l’attentat. L’attentat a été commis le 8 mai 2002, trois jours après la réélection de M. Chirac.
Le contrat aurait aussi donné lieu à de présumées rétrocommissions illégales qui auraient pu financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, soutenu à l’époque par Nicolas Sarkozy qui était ministre du Budget, selon des sources proches du dossier.
Deux nouveaux éléments viennent alimenter la thèse d’un différend entre Etats, qualifiée la semaine passée de “fable” par M. Sarkozy.
L’ancien ministre de la Défense Charles Millon (1995-1997), interrogé sur le versement de commissions destinées à des intermédiaires, a reconnu, dans un entretien à l’hebdomadaire Paris-Match, avoir bloqué “le versement des commissions pouvant donner lieu à des rétrocommissions”.
Autre élément, une lettre d’un responsable de la Direction des chantiers navals (DCN), Philippe Japiot, adressée à la justice en septembre 2002.
M. Japiot y écrivait alors que “c’est à raison de l’exécution de ce contrat” que les ingénieurs avaient été “assassinés”, selon le texte que l’AFP a pu consulter.
“A travers les ingénieurs et techniciens, spécialistes dans le domaine de la construction de sous-marins, frappés le 8 mai 2002, c’est le coeur même et l’activité de DCN International qui étaient visées et, tout particulièrement, l’exécution du contrat du 21 septembre 1994″, faisait valoir M. Japiot.
AFP
Philippe Alfroy, de l’AFP, interroge Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse à Bruxelles le 19 juin sur les attentats de Karachi
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