Barroso réélu président de la Commission européenne
Publié le 16/09/2009 par " Le Grand Journal "
Malgré un bilan controversé, il entame un second mandat de cinq ans après avoir obtenu mercredi une confortable majorité absolue lors d’un vote au Parlement européen.
José Manuel Barroso peut souffler : le Parlement européen l’a confirmé mercredi à la tête de la Commission européenne. Mais sans enthousiasme. Le candidat unique retenu par les 27 dirigeants de l’UE n’a pire adversaire que lui-même, au bout d’un premier mandat qui s’est aché sur un sérieux déficit de confiance. L’ancien premier ministre portugais a certes recueilli 382 voix contre 219, mais il y a eu 117 abstentions. Dès son élection acquise, il a félicité les parlementaires européens pour «l’énorme confiance» qu’ils lui ont accordée. Il a rappelé que son parti était l’Europe et il s’est engagé à oeuvrer pour «une Europe forte, libre et solidaire».
Le doute était pourtant palpable mardi après-midi à Strasbourg, au moment où le patron de la commission avait fini son ultime pêche aux voix. Le «non» des Verts, confirmé, n’a étonné personne. Pas plus que l’abstention annoncée – au mieux – par les socialistes, deuxième groupe au Parlement. C’est la réticence et la retenue des autres qui avait surpris. Les centristes, pour la plupart ralliés ces derniers jours, n’aveint promis qu’un «soutien conditionnel». Même les conservateurs du PPE, dont José Manuel Barroso porte les couleurs, s’interdisaient «tout chèque en blanc».
C’est entre ces quatre groupes politiques, qui réunissent 80 % des suffrages, que se jouera l’épaisseur du mandat. José Manuel Barroso était assuré d’obtenir la majorité simple imposée par les textes. Mais, politiquement, la barre était placée plus haut. Il avait besoin de 369 voix au moins – la majorité absolue – pour éviter une remise en cause de sa légitimité si les Irlandais donnent leur feu vert au traité de Lisbonne. Ce qu’il a donc obtenu.
À la tribune mardi, José Manuel Barroso avait donc distribué des promesses ciblées à gauche. Aux socialistes, sceptiques sur son indépendance face à une droite dominante, il offre de «combattre le dumping social» et d’œuvrer à l’équité salariale. Aux centristes, sensibles sur les libertés, il promet d’inaugurer un portefeuille de la justice et des droits civils. Aux Verts, il promet la création d’un poste de commissaire sur le climat.
Bilan controversé
Cette sollicitude lui a valu une belle volée d’ironie de la part de Daniel Cohn-Bendit. Non content de voler à Nicolas Sarkozy des thèmes qui lui sont chers, le José Manuel Barroso nouveau «promet de faire maintenant tout ce qu’il n’a pas pu (réaliser) pendant cinq ans», lance le patron européen des Verts.
La controverse sur le bilan de cinq ans et les promesses de la onzième heure conforte, en creux, ceux qui reprochent à l’ancien premier ministre portugais de n’avoir jamais rien osé parce qu’il cherche à plaire à tout le monde. Pour la première fois, un président de la commission était venu défendre son programme devant les eurodéputés. José Manuel Barroso a fini par se prêter au jeu.
Mais à aucun moment mardi, les grands choix qui guettent l’Europe n’ont été énoncés sur la scène parlementaire. Ni le recentrage déjà engagé vers plus de dirigisme économique et moins de laisser-faire. Ni le rôle accru des grandes capitales dans la fixation du cap européen aux dépens de la commission. Ni même le futur équilibre des pouvoirs entre la présidence «stable», le haut représentant pour la politique étrangère et José Manuel Barroso. Mais ce n’est sans doute que partie remise.
Et maintenant, au travail ! L’Europe, dotée avec José Manuel Barroso d’un chef de l’exécutif convenablement réélu pour cinq ans, s’est lancée mercredi dans une course contre la montre : choisir avant la fin de l’année les visages de la nouvelle Commission et fixer le cap politique de l’après-récession.
La réélection mercredi du chef de l’exécutif communautaire lance la course contre la montre pour la distribution des 26 portefeuilles de commissaires européens.
Pour les commissaires en puissance, l’examen commence jeudi soir à Bruxelles par des premiers contacts dans les coulisses du sommet à 27 consacrés à la préparation du G20 financier de Pittsburgh. Chaque pays choisit son propre commissaire et affiche le portefeuille qu’il préfère obtenir.
La France a déjà poussé ses pions, avec Michel Barnier, ancien ministre et déjà commissaire jusqu’en 2004. Au tournant de la crise, Paris souhaite aussi décrocher un portefeuille économique clé, comme le marché intérieur. L’attribution du maroquin, détenu depuis cinq ans par un partisan du laissez-faire – l’Irlandais Charlie McCreevy -, pourrait illustrer à elle seule le virage «dirigiste» de la seconde Commission Barroso.
Paris n’a droit qu’à un fauteuil. Mais on laisse filtrer d’autres noms, comme pour signaler que les jeux sont loin d’être faits et qu’ils ne se limitent pas à la Commission. Après le premier ministre François Fillon, que l’on dit nourri d’ambitions européennes, on reparle d’Hubert Védrine, confident de Mitterrand, voire de l’ancien premier ministre Alain Juppé. Ceux-là pourraient viser plus haut. Entre autres, le titre de haut représentant, véritable «ministre» des affaires étrangères dont l’UE doit se doter si le traité de Lisbonne entre en vigueur.
Forcer la marche
Tout reste suspendu à deux échéances rapprochées : les élections allemandes dans dix jours et le référendum irlandais dans deux semaines. Les premières cadreront les projets de Berlin, aussi décisifs pour les ambitions de José Manuel Barroso que pour l’avenir – européen ? – de Frank-Walter Steinmeier, chef social-démocrate de la diplomatie allemande. Le «oui» irlandais, plausible, lèverait l’obstacle majeur au traité de Lisbonne. Il donnerait aussi le coup d’envoi d’un marchandage à découvert. La présidence suédoise de l’UE, bridée, entend bien ficeler sans délai la Commission Barroso II. «Il s’agit d’avoir quelque chose à mettre sur la table», au prochain sommet formel des Vingt-sept, le 29 octobre à Bruxelles, confie la ministre des affaires européennes Cecilia Malmström. Aux commandes, Stockholm en profitera peut-être pour pousser son candidat inavoué au poste de haut représentant : Carl Bildt. Mais le chef de la diplomatie suédoise trouve des réticences à Paris, parce que trop favorable à la Turquie, comme à Berlin, parce qu’en mauvais termes avec le Kremlin.
Du côté du président reconduit, l’ambition est aussi de forcer la marche. «Il ne peut pas y avoir de passage à vide, insiste un de ses conseillers. Il reste à fixer la stratégie 2009-2014 avec ses trois composantes : économique, sociale et climatique.» Traité de Lisbonne ou pas, la majorité absolue réunie mercredi par José Manuel Barroso – 382 pour, 219 contre et 117 abstentions – fait taire le débat sur sa légitimité. Mais avec à peine 53 % des voix, il est le plus mal élu depuis quinze ans.
L’UE est sur le point de boucler un cycle de diplomatie planétaire, pour la relance, contre les dérives de la finance et en faveur du climat. Pourtant, la Commission reste impuissante lorsque la crise jaillit à l’intérieur de ses frontières. Qu’il s’agisse du désarroi des producteurs laitiers ou du «chacun pour soi» qui menace dans l’élagage du constructeur allemand Opel. En privé, l’inquiétude monte sur le chômage, l’alourdissement des dettes publiques et un horizon européen de croissance molle. Autant de défis que José Manuel Barroso, ses commissaires et les Vingt-sept vont avoir à relever.
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