Au Gabon, la «Françafrique» salue Omar Bongo (Vidéo)
Publié le 16/06/2009 par " Le Grand Journal "
Les représentants officiels des relations entre Paris et ses ex-colonies africaines sont tous là: le président français Nicolas Sarkozy et son prédécesseur Jacques Chirac, un ami proche du défunt, quelques membres du gouvernement, mais aussi tout un panel d’anciens ministres de la Coopération, de droite comme de gauche.
A leurs côtés, les hommes de l’ombre, parmi tous ceux que l’on accuse de perpétuer la «Françafrique», nom donné aux relations ambiguës, voire incestueuses, avec les pays africains.
A cette aune, l’installation des invités par le protocole gabonais, dans l’immense palais présidentiel, n’est pas anodine.Ainsi, le «Monsieur Afrique» officiel du président Sarkozy, Bruno Joubert, est-il assis juste derrière Robert Bourgi, son homologue occulte.
Vieilles gloires déchues
Selon plusieurs observateurs, Me Bourgi, qui avait l’oreille du président Bongo, n’est pas étranger au revirement de Nicolas Sarkozy, qui avait promis de rompre avec la «Françafrique» avant de se montrer, une fois élu, conciliant avec ses symboles.
L’élu Patrick Balkany, omniprésent lors des voyages du président français en Afrique, et l’ancien grand maître du Grand Orient de France Alain Bauer – Omar Bongo était un franc-maçon déclaré – faisaient également partie de la délégation.
Les vieilles gloires déchues ont aussi fait le déplacement. L’ancien patron de la compagnie pétrolière publique française Elf Loïk Le Floch-Prigent, qui a fait de la prison pour des affaires sur lesquelles planait l’ombre du Gabon, est ainsi venu depuis Paris pour déposer une gerbe de fleurs devant le cercueil présidentiel.
Mais les temps ont changé: à son arrivée à l’aéroport de Libreville, il a dû se prêter au jeu du relevé d’empreintes digitales pour une demande de visa en bonne et due forme.
Au-delà de l’anecdote, ce sont toutes les relations entre Libreville et Paris qui s’étaient tendues ces dernières années, notamment en raison des enquêtes en France sur les biens immobiliers «mal acquis» de la famille Bongo accusée de détournement de fonds par des associations. Le président gabonais s’estimait lâché par la France, selon des membres du régime.
Chirac mieux placé que Sarkozy
Les responsables gabonais semblaient d’ailleurs avoir fait «payer» à Nicolas Sarkozy ces tensions en plaçant l’actuel président plus loin du cercueil de Bongo que Jacques Chirac tout en respectant le strict ordre protocolaire.
Le chef de l’Etat français a souligné s’être interrogé sur la pertinence de sa présence à Libreville. «On ne vient pas, on est indifférent. On vient c’est l’ingérence», a-t-il noté, avant de marteler: «La France n’a aucun candidat» pour la succession d’Omar Bongo.
L’accueil réservé à Nicolas Sarkozy à son arrivée au palais présidentiel en dit long sur cette dégradation des relations. Quelques dizaines de Gabonais ont hué le président français avant de scander: «On ne veut plus des Français ! On veut les Chinois !»
Article du 15 Juin 2009
Des Gabonais font la queue pour rendre hommage à la dépouille du président Omar Bongo, le 13 juin à Libreville. Les obsèques seront célébrées mardi, en présence de Nicolas Sarkozy et de Jacques Chirac.
La présence, mardi à Libreville, du président français et de son prédécesseur, rappelle les liens particuliers qui unissent Paris à son ancienne colonie.
L’arrivée aura valeur de symbole. À Libreville, la venue, mardi matin, de Nicolas Sarkozy, accompagné de Jacques Chirac, pour les funérailles du président gabonais Omar Bongo, soulignera à nouveau les intérêts qui lient la France à son ancienne colonie.
Depuis lundi, le boulevard du bord de mer, le coeur de la capitale, a été placé sous haute surveillance, des militaires ayant été postés devant le palais présidentiel, mais aussi le long de bâtiments voisins : l’ambassade de France, le siège local de Total et la caserne de la 6e brigade d’infanterie de marine (Bima), où sont stationnés 800 soldats français. Un périmètre qui incarne la Françafrique.
«Le Gabon sans la France, c’est une voiture sans chauffeur. La France sans le Gabon, c’est une voiture sans essence», répétait, dans un sourire, le défunt président Omar Bongo, qui a régné pendant quarante et un ans sur ce petit pays d’Afrique centrale gorgé de pétrole. «Il existe quelque chose de spécial, qui est né dès la décolonisation», rappelle Jean-François Obiang, un universitaire spécialiste des relations franco-gabonaise. Léon M’Ba, le premier chef d’État gabonais, rêvait à voix haute de transformer le Gabon en un département français. Son successeur, Omar Bongo se contentera d’en faire un ami aussi fidèle que dangereux.
Car, en quatre décennies de règne, Omar Bongo a aiguisé son flair politique rare et a montré qu’il n’avait pas oublié les leçons apprises comme agent de renseignements français. Il a lentement accumulé les dossiers, les informations sur les réseaux d’influences de l’ex-métrople, achetant aussi les silences et les amitiés politiques de l’extrême droite à la gauche extrême.
La percée chinoise
Ce jeu dangereux a fini par ternir l’idylle. À Libreville, on se plaignait de plus en plus souvent de l’ingratitude française. Le gouvernement le faisait savoir en ouvrant ses marchés à la concurrence. En quelques années, la Chine, mais aussi la Malaisie, comme partout sur le continent africain, se sont ainsi invitées dans cette ancienne chasse gardée française, raflant l’exploitation du bois et des riches mines de fer. «On a vu le nombre de conseillers français fondre dans l’entourage du président. Il n’y en avait plus qu’une poignée, dont cinq gardaient une petite influence», assure un bon connaisseur des arcanes du palais présidentiel.
Dans les quartiers de Libreville, la colère contre les Français ne se cache plus. À Venez-Voir, faubourg déshérité de la ville, où l’argent du pétrole n’a jamais adouci les conditions de vie, le rêve parisien est passé depuis longtemps. Devant son petit salon de coiffure, Marthe ronchonne sans retenue. «Les Français, ils viennent ici et prennent le travail. Et nous, si on demande un visa pour Paris, il faut de nombreux documents, et après, ils refusent», martèle-t-elle. Elle est certaine que le départ de Français du Gabon lui permettrait «enfin de gagner de l’argent ».
À Paris, l’omniprésent président gabonais avait aussi fini par agacer. Nicolas Sarkozy, moins «africain» que Jacques Chirac, avait certes, avant son élection, honoré la tradition d’une visite à Omar Bongo pour «y prendre ses conseils ». Mais dès son entrée à l’Élysée, le chef de l’État français a cherché à prendre des distances, au moins publiquement. Pour éviter qu’Omar Bongo soit son premier hôte africain, Ellen Johnson-Sirleaf, la présidente du Liberia, a été invitée en catastrophe. Et lors de sa tournée en Afrique en juillet 2006, Nicolas Sarkozy ne fera qu’un passage éclair au Gabon.
Le choix de Paris
Jamais jusqu’alors un président français n’était venu à Libreville sans y passer une nuit. La rupture a toutefois ses limites. Lorsque Jean-Marie Bockel, ministre de la Coopération, prononce dans un discours la «mort de la Françafrique», il est rapidement poussé à la démission. Omar Bongo, qui n’ignorait pas que le texte avait été dûment relu à l’Élysée, a obtenu son éviction.
Plus que tout, ce sont cependant les affaires, du procès Elf aux enquêtes sur les biens acquis par le richissime clan Bongo France, qui a miné l’entente cordiale.
Reste qu’aucun leader gabonais ne souhaite aujourd’hui se priver du soutien de Paris. «La France a perdu de son influence, c’est vrai, mais ici tout le monde est persuadé, à tort ou à raison, que si la France choisit un candidat, celui-là aura de bonnes chances d’être élu», affirme un ancien journaliste gabonais.
Article du 8 juin 2009
BARCELONE/LIBREVILLE – Le président gabonais Omar Bongo, doyen des chefs d’Etats africains en exercice et symbole de la “Françafrique”, est mort lundi d’un arrêt cardiaque à l’hôpital Quiron de Barcelone où il était hospitalisé depuis fin mai.
Il était âgé de 73 ans.
Sa disparition laisse un vide politique. Les analystes pensent que sa succession donnera vraisemblablement lieu à des luttes de pouvoir au sein des factions du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir).
Son fils, Ali, actuel ministre de la Défense, devrait tenir la corde en cas de succession dynastique, dit-on de même source.
“Au nom des familles Ondimba et Ebori, j’appelle au calme, à la sérénité des coeurs et au recueillement afin de préserver l’unité et la paix si chères à notre regretté père”, a lancé à la télévision le fils du défunt.
Le chef de l’Etat, qui a assuré la stabilité de son pays depuis 1967, est décédé à 14h30 locales après un arrêt cardiaque dans la capitale catalane, précise un communiqué du Premier ministre, Jean Eyeghe Ndong.
Ce dernier a annoncé un deuil national de 30 jours.
Omar Bongo présidait aux destinées du Gabon, surnommé “l’émirat du golfe de Guinée” du fait ses immenses richesses pétrolières, depuis plus de 41 ans. Le pays compte aussi de l’uranium et des forêts.
Selon une radio française, le ministère gabonais de la Défense a ordonné la fermeture de toutes les frontières ainsi que de l’espace aérien et maritime du pays. Le maire de Libreville a interdit les rassemblements publics et ordonné la fermeture des bars et boîtes de nuit. Les rues de la capitale sont patrouillées par l’armée.
L’HOMMAGE DE SARKOZY
Aux termes de la Constitution, la présidente du Sénat Rose-Francine Rogombé, membre du PDG, doit assurer l’intérim et des élections doivent être organisées dans les 45 jours.
La porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication Laure Olga Gondjout a assuré que la Loi fondamentale et les institutions seraient “respectées”.
Lundi matin, le Premier ministre avait démenti les rumeurs qui circulaient déjà sur la mort du chef de l’Etat, annoncée dès dimanche soir par le site internet de l’hebdomadaire Le Point (www.lepoint.fr), information qui avait provoqué la colère de Libreville, ancienne colonie française demeurée en liens étroits avec Paris.
L’état de santé d’Omar Bongo faisait l’objet de spéculations depuis qu’il avait été hospitalisé à Barcelone pour s’y remettre, selon le gouvernement, du choc provoqué par la mort en mars de son épouse, Edith, fille du président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso, décédée à l’âge de 45 ans.
A Paris, Nicolas Sarkozy a salué un ami fidèle de la France et une haute figure de l’Afrique. Bongo était un fin connaisseur des arcanes de la politique française.
Dans un communiqué, le président français souligne qu’Omar Bongo avait “su gagner l’estime et le respect de l’ensemble de ses pairs, notamment par ses nombreuses initiatives en faveur de la paix sur le continent africain”.
“Il tient à les assurer que la France, fidèle à sa longue relation d’amitié, demeure, dans cette épreuve, aux cotés du Gabon, de ses institutions et de son peuple”, poursuit le texte.
Bernard Kouchner, chef de la diplomatie française, a déclaré pour sa part: “La France perd aujourd’hui un ami, mais je déplore également une perte pour l’Afrique, continent où M. Bongo, unanimement respecté par ses pairs, avait œuvré avec détermination et courage à la paix et la stabilité”.
IMPORTANTE BASE MILITAIRE FRANÇAISE
La France dispose d’une importante base à Libreville, qui joue un rôle central dans le dispositif militaire de Paris sur le continent.
La mort de Bongo, qui n’avait jamais suspendu ses activités officielles auparavant depuis son arrivée au pouvoir en novembre 1967, devrait susciter des convoitises, mais les analystes estiment que le PDG au pouvoir est en mesure de gérer la transition dans la stabilité.
Le pays, doté d’importantes ressources pétrolières, est dominé par une petite élite étroitement solidaire et les opposants redoutent qu’Ali Bongo ne profite du vide du pouvoir pour en prendre la tête.
Les spécialistes du Gabon le voient eux aussi succéder à son père mais n’excluent pas qu’il puisse s’agir d’un autre membre de la famille.
Bongo Jr pourrait ainsi rencontrer sur sa route son beau-frère, Paul Toungui, actuel ministre des Affaires étrangères et mari de Pascaline Bongo, fille du défunt et influente directrice du cabinet présidentiel.
D’autres noms de possibles prétendants circulent, comme ceux de Jean Ping, ancien chef de la diplomatie gabonaise et actuel président de la Commission de l’Union africaine, et du vice-président Didjob Divungi di Ndinge.
L’Express.fr -(legrandjournal.com.mx)
Article de 7 juin 2009
“Après 41 années passées à la tête du Gabon, Omar Bongo est mort dimanche, à 73 ans, des suites d’un cancer”, annonce depuis dimanche soir l’hebdomadaire Le Point sur son site internet, citant “une source proche de son entourage”.
Une information confirmée quelques minutes plus tard à l’AFP par une “source proche du gouvernement français”, mais ni par l’Elysée ni par Libreville.
Interrogé à la télévision nationale, le Premier ministre gabonais Jean Eyeghe Ndong a affirmé ne pas être “au courant” du décès du président Bongo. “Il y a des procédures: d’abord le président a une famille. Cette famille sait qu’au Gabon il y a une cellule de gouvernance. Si une telle situation se produit, je pense que la famille du président devait tout naturellement m’informer. Ce n’est pas le cas au moment où je vous parle”, a-t-il expliqué.
Le doyen des chefs d’Etat africains est hospitalisé depuis un mois à Barcelone, dans la clinique privée Quiron. Selon les autorités gabonaises, il a été admis pour un simple “bilan de santé”. D’autres sources ont au contraire indiqué qu’il se trouvait dans un état “grave”, soigné pour un cancer. La présidence gabonaise a annoncé le 6 mai dernier qu’il avait décidé “la suspension momentanée de ses activités” de chef de l’Etat et que “toutes les audiences présidentielles (seraient) suspendues jusqu’à nouvel ordre”.
Le Figaro.fr -(legrandjournal.com.mx)
A lire aussi :




