Document – L’appel de Paris de la famille Betancourt
Publié le 28/02/2008 par " Alain Figadere "
Appel de Paris pour un accord humanitaire immédiat
Avec les familles des otages de Colombie et tous les Comités de soutien, nous nous réjouissons de la libération de Gloria, Luis Eladio, Orlando et Jorge Eduardo. Nous remercions du fond du coeur le président Sarkozy, le président Chavez et la sénatrice Piedad Cordoba pour la constance de leurs efforts en vue de la libération de tous les otages.
Les dernières nouvelles sur l’état de santé d’Ingrid et de certains de ses compagnons de captivité sont plus qu’alarmantes, elles sont épouvantables. Ingrid et ses compagnons sont tout simplement en train de mourir. Ceci est parfaitement inacceptable parce que cette femme et ces hommes sont, par leur dignité et leur courage, l’honneur de la Colombie et de son drapeau. Nous sommes dans une situation d’urgence humanitaire absolue. Nous réprouvons de toutes nos forces les moyens effroyables utilisés par les Farc pour justifier leur combat et nous leur redisons fermement qu’elles sont comptables devant la communauté internationale de la vie de chacun des otages qu’elles détiennent. Cependant, nous estimons que les gestes de libération unilatérale effectués par la guérilla indiquent qu’elles ont levé pour partie leurs conditions d’intransigeance et sont ouvertes au dialogue, à travers un accord humanitaire.
Nous appelons les chefs d’État du monde entier à apporter leur soutien au président Uribe pour que ce dernier, afin de sauver la vie de ses compatriotes, civils, soldats et policiers, accepte courageusement dans les plus brefs délais avec l’appui et la présence de la communauté internationale de discuter des conditions d’un accord humanitaire dans la zone de Pradera et Florida.
Nous demandons au peuple colombien d’appuyer notre demande en mémoire de tous leurs compatriotes, victimes d’enlèvement et morts pour leur pays. Nous pensons tout spécialement aux dix otages d’Antioquia assassinés en mai 2003 et aux onze députés du Valle del Cauca disparus en juin 2007.
Mélanie et Lorenzo Delloye-Betancourt, enfants d’Ingrid
Juan Carlos Lecompte, mari d’Ingrid
Fabrice Delloye, père des enfants d’Ingrid
Pour toute information supplémentaire : http://www.agirpouringrid.com
Un ex-détenu ramène de mauvaises nouvelles
« Elle est très mal traitée par la guérilla. Il faut que le monde le sache», a rapporté jeudi Luis Eladio Perez.
Luis Eladio Perez décrit une femme très malade et maltraitée.
«Ingrid me fend le cœur. Il faut lancer une immense campagne pour la sortir de là le plus vite possible, elle et les autres séquestrés .» Interviewé juste après sa libération à la radio colombienne Caracol, les premières pensées de l’otage Luis Eladio Perez, enlevé en juin 2001 sur une route du Narino (sud-ouest colombien), sont allées à Ingrid Betancourt, dont il a partagé un temps la douloureuse captivité. «Je crois qu’elle est aussi mal, voire pire, plus diminuée encore, que dans sa dernière preuve de vie», a ajouté l’ex-sénateur. Dans cette vidéo tournée en octobre, l’ex-candidate présidentielle se tient tête baissée, silencieuse. «Elle est très mal traitée par la guérilla. Il faut que le monde le sache : les Farc se sont acharnées contre Ingrid Betancourt. Elle est enchaînée, vit dans des conditions infra-humaines, entourée de personnages qui lui font la vie impossible. Il faut, d’une manière ou d’une autre, parvenir à ce que ses conditions de détention (…) s’améliorent», poursuit Luis Eladio Perez.
L’ex-otage a également évoqué les nombreuses tentatives de fugue d’Ingrid et de Clara Rojas, sa collaboratrice. Le 20 juillet 2005, l’ancien parlementaire a même réussi à s’échapper avec Ingrid. Ils avaient apporté avec eux un bloc de canne à sucre et quelques hameçons, mais Luis Eladio souffrait d’un diabète. Et au bout de cinq jours d’errements dans la jungle, à bout de force, ils ont fini par se rendre. En représailles, les geôliers leur ont confisqué leurs bottes et les ont enchaînés aux arbres.
«Profite de chaque minute de liberté»
En juillet 2007, Luis Eladio a été séparé d’Ingrid Betancourt. Depuis, il l’a aperçue par intermittence lors de marches dans la jungle. Elle serait actuellement détenue avec un groupe de cinq otages militaires. Le 4 février dernier, il a pu tromper la surveillance de ses geôliers et parler quelques minutes avec elle. «L’état dans lequel je l’ai vue, son angoisse, sa préoccupation, car elle craint d’être la dernière libérée, et puis sa condition physique, avec un problème de foie récurrent, rend indispensable, urgent, que tous les Colombiens s’unissent pour exiger sa libération.»
Les Farc retiennent encore 39 otages politiques et militaires : trois Américains employés d’une société militaire privée, quatre personnalité politiques colombiennes et 32 policiers et soldats. Ingrid Betancourt est la seule femme de ce groupe d’otages que les Farc veulent échanger contre les guérilleros emprisonnés. Selon le témoignage de Luis Eladio Perez, tous les otages ont été affectés par les maladies typiques de la jungle colombienne : la leishmaniose, le paludisme et l’hépatite notamment. Et les médicaments comme les médecins font cruellement défaut : «L’assistance médicale est pratiquement nulle.» L’ancien otage raconte les «traitements inhumains» , l’alimentation déplorable, les nuits sous la pluie et les chaînes, 24 heures sur 24. «Parfois on se retrouvait pieds nus dans les campements.» «Tout ceci n’a aucun sens et ne saurait continuer ainsi», conclut Luis Eladio Perez, qui appelle le secrétariat général des Farc à améliorer le traitement d’Ingrid. Nous jouons contre la montre, contre la mort. Ingrid Betancourt lui a confié une ceinture tissée en captivité pour qu’il la remette à ses enfants. «Profite de chaque minute de liberté», lui a t-elle crié le 4 février, quand les guérilleros les ont séparés.
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