Le Grand Journal vous propose cette semaine un résumé de l’actualité mexicaine, avec en grands titres, le premier débat organisé entre les principaux candidats à la présidentielle 2012
la commémoration de la victoire de la bataille de Puebla contre les armées napoléoniennes, l’expropriation du « Chapo Guzman » en Colombie, et la découverte d’un site archéologique maya dans le Yucatán. Bonne lecture!
Premier débat entre candidats à la présidentielle 2012
Ce dimanche a eu lieu le premier débat entre les quatre aspirants à la présidence du Mexique en 2012. Il s’est déroulé dans l’enceinte du World Trade Center à Mexico City, durant près de 3h.
Comme on s’y attendait, le ton de l’échange a été plutôt agressif, les candidats de droite, Joséfina Vazquez Mota et de gauche, Andrés Manuel Lopez Obrador tentant par tous les moyens de discréditer le candidat donné gagnant dans les sondages, Enrique Peña Nieto du vieux parti révolutionnaire institutionnel. Accusations de corruption, de complicité avec le crime organisé, opacité, absentéisme, malhonnêteté avérée, bilan bancal de l’Etat qu’il a gouverné et rappel des sombres affaires comme le cas Paulette n’y ont pourtant rien fait, le priiste restant de marbre et semblant sortir indemne sous le feu des critiques.
Sur le plan des propositions, les idées sont plutôt décevantes et surtout sans aucune explication de leur mise en œuvre :
Gabriel Quadri qui a notablement pris ses distances dans les échanges de balles meurtrières entre les trois autres candidats, propose une privatisation de l’entreprise PEMEX (Petroleos Mexicanos), une modification de la Constitution pour rendre obligatoire l’enseignement des ordinateurs et d’internet dès la primaire.
Enrique Peña Nieto mise sur une nouvelle stratégie de la sécurité « pour en finir avec ces vagues de peur et de violence », propose d’impulser le développement du pays, de combattre la pauvreté depuis la racine et doter les Mexicains d’une sécurité sociale universelle.
Joséfina Vazquez Mota a appelé au vote pour la paix et contre la corruption en allusion au candidat priiste. Elle a proposé le développement d’une formation policière inspirée de la discipline militaire afin de combattre le crime organisé. Elle affirme également sa volonté d’ouvrir le marché des télécommunications et éliminer l’impunité politique et instaurer la prison à perpétuité pour les politiciens mêlés au crime organisé.
En fin, Manuel Lopez Obrador opte pour la renaissance du Mexique avec la réalisation de consultations populaires tous les deux pour approuver les réformes mises en oeuvre par l’Exécutif, ou demander la révocation du chef d’Etat. Il affirme sa volonté de mettre en œuvre des politiques pour réduire le prix des combustibles (gaz et pétrole en particulier qui connaissent des augmentations constantes), et de l’électricité et s’affiche ostensiblement contre la privatisation de PEMEX.
A la fin du débat, il ne semble qu’aucun candidat ne soit vraiment sorti du lot et n’ait réussi à convaincre durablement l’électorat mexicain.
Retransmission partielle de la rencontre
L’exercice démocratique auquel se sont prêtés les 4 candidats à l’élection présidentielle n’aura pas été diffusé sur toutes les chaînes de télévision mexicaines en dépit des appels lancés par la coalition de gauche, le Mouvement progressiste, et le Parti d’Action Nationale qui ont sollicité pour le moins la concession d’une chaîne nationale pour sa retransmission complète et sans interruption ; une exigence rejetée par le Conseil Général de l’Institut Fédéral Electoral (IFE), qui a renoncé à saisir une quelconque instance gouvernementale pour contraindre les chaînes télévisuelles mexicaines à diffuser le débat.
Selon l’organisme, et en étude de la législation en vigueur, seuls les permissionnaires qui ont accès à des espaces TV et radios publics peuvent être contraints de le diffuser, mais pas les concessionnaires de chaînes privées comme Televisa et TV Azteca, qui accaparent bien évidemment la majorité de l’audience, et qui ont pu choisir de diffuser ou non le débat ; TV Azteca lui préférant par exemple un match national de football.
De façon assez surprenante, Leonardo Valdés Zurita, président de l’IFE, a même affirmé sur le sujet, qu’il serait “contre-productif d’imposer le débat […], et odieux d’annuler d’autres alternatives pour la population, le débat [à la présidentielle] ayant toujours été présenté en même temps que d’autres alternatives de diversions et c’est contre-productif parce-que nous générerions un rejet dans la société au lieu de la rapprocher du débat. »
Le président de la Chambre des Députés, Guadalupe Acosta Naranjo, de son côté, a jugé que cette décision de l’IFE mettait en péril son rôle et sa crédibilité d’arbitre des élections: “[les chaînes de télé sont en train de] défier l’arbitre et nous voulons un arbitre fort qui n’est pas sujet aux pressions médiatiques […], on sent clairement ici la pression des chaînes de télévision et il me paraît gravissime que l’IFE renonce à son rôle d’arbitre . » Il a exprimé sa crainte à bon escient de constater que le débat « connaisse la pire audience de l’histoire. »
Pourtant l’IFE défend sa position prétextant que de faire intervenir le gouvernement pour contrainte les chaînes nationales privées à diffuser les débats politiques est également une ingérence qui affaiblirait le statut d’autonomie revendiqué par l’institution électorale. « Nous ne voulons pas de l’intromission du gouvernement fédéral, car c’est cela qui affaiblirait l’IFE et ouvrirait une brèche à la violation de [notre] autonomie” affirme Sebastián Lerdo de Tejada, représentant IFE pour le Parti Institutionnel Révolutionnaire (parti qui ne s’est pas joint aux deux autres pour réclamer la diffusion nationale du débat).
Au total, seuls 2% des 2,335 permissionnaires et concessionnaires de radio et télévision au Mexique ont retransmis le débat, dont la chaîne 5 de Televisa, d’une audience estimée généralement à 32 millions de téléspectateurs.
Commémoration de la Bataille de Puebla
Ce 5 mai, les Mexicains ont fêté le 150ème anniversaire de leur victoire contre les troupes napoléoniennes mises en défaite à Puebla en 1862. Les cérémonies de commémoration ont été présidées par le chef d’Etat Felipe Calderon, en compagnie du gouverneur de l’Etat, Rafael Moreno Valle Rosas ; tous deux ont assisté au concert donné sur le devant de la cathédrale de la ville de Puebla, puis participé au repas de gala, organisé pour célébrer la bataille de Puebla.
La commémoration du 5 mai a aussi été l’occasion pour le gouverneur de Puebla d’inaugurer en présence du Président, les grandes œuvres menées depuis quelques années dans l’Etat : la rénovation de la promenade d’Atoyac et de l’Ecoparc Métropolitain Puebla qui ont eu pour objectif de nettoyer, reboiser et revaloriser les rives du fleuve Atoyac ; l’ouverture du Musée Interactif « Rafael Padilla » ; la mise en service de l’Hôpital Général de Tecamachalco ; la création de l’Académie Nationale de Formation et Développement de la Police (organisée sur la base des accords du plan Mérida signé entre le Mexique et les Etats-Unis) ; puis la construction d’embranchements nouveaux pour faciliter l’accès à l’autoroute Mexico city-Puebla.
Expropriation du “Chapo Guzman” en Colombie
Près de 52 propriétés appartenant au narcotrafiquant mexicain Joaquin Guzman, dit « El Chapo Guzman » ont été confisqué par les autorités colombiennes, pour un montant de plus de 10 millions de dollars entre lesquels maisons, appartements, ranchs, véhicules, etc. sous le régime « d’extinction de domaine. » Les biens immobiliers localisés dans les villes de Bogota, Cali et Medellin étaient tous déclarés sous des prête-noms colombiens au service du leader du cartel de la drogue de Sinaloa.
Selon les informations policières délivrées par les autorités colombiennes, toutes ces propriétés ont été acquises ces 10 dernières années et leur saisie fait partie de l’action menée depuis septembre dernier par le gouvernement colombien contre cette organisation criminelle qui installe des antennes de plus en plus solides sur leur territoire
Au cours de l’opération, 35 entreprises colombiennes ont également été identifiées et mises en cause pour blanchiment d’argent appartenant au Chapo Guzman.
Coup de filet à Cancún contre une bande de kidnappeurs
La Police Judiciaire de l’Etat du Quintana Roo a fait état de l’arrestation de 4 kidnappeurs présumés qui sévissaient à Cancun, et a informé du sauvetage de deux femmes récemment enlevées par leurs réseaux.
Les auteurs suspectés, Jaime Pacheco Salas, dit “le Fish”, Leonel Zamora Urbano, José Santos Morales, alias “El Chepe” ou le Tonton et Daniel Abraham Pool Minaya, dit “El Guasa » sont également accusés de plusieurs meurtres dans la région.
Selon les informations délivrées, ils auraient été capturés en flagrant délit dans une place commerciale Outlet où ils attendaient la livraison d’une rançon. La police chargée de l’arrestation a également mis la main sur une cargaison d’AK-47, R-15, deux grenades et 1 900 cartouches neuves, appartenant à l’organisation criminelle.
Alejandro Sanz rend hommage au « langage des Dieux », le nahuatl
Le chanteur espagnol Alejandro Sanz a sollicité la collaboration du poète indigène mexicain Mardonio Carballo pour l’écriture de l’une de ses prochaines chansons afin d’y inclure quelques paroles en nahuatl, dans un disque prévu pour l’année prochaine.
« Ce sont 5 vers en tout, un poème écrit ex profeso pour Alejandro Sanz, qui fait référence au Cezontle, cet oiseau mythique mexicain qui offre une métaphore […] des possibilités de voix plurielles que possède un pays comme le nôtre [Mexique]” indique Mardonio Carballo. La proposition de Carballo est ainsi une reprise et réinterprétation des vers du monarque préhispanique Netzahualcóyotl (1402-1472) qui rend hommage à son « amour pour le chant du cezontle, un oiseau aux 400 voix. »
L’idée de Sanz de son côté est à la fois d’apporter une touche originale à ses textes et de promouvoir un jeune poète mexicain, pour le faire connaître au-delà de ses frontières et rendre hommage à un pays qui l’a profondément touché depuis son séjour de plusieurs mois pour l’enregistrement du concours télévisé « La Voix du Mexique » (Star Ac’ locale).
Sanz chantera en espagnol les quelques vers nahuatl qui seront lu dans le même temps, en seconde voix dans la langue indigène. Cette collaboration fait écho à celles déjà réalisées avec les artistes mexicains Eugenia Leon, Regina Orozco et Juan Pablo Villa avec qui il s’apprête à lancer le disque-livre « Xolo ».
Rencontre internationale des Poètes à Puerto Vallarta
La semaine dernière, Puerto Vallarta a été le siège de la Rencontre internationale des Poètes, dénommée « Lettres sur la Mer », un rendez-vous littéraire et artistique organisé chaque année par le Centre Universitaire de la Zone Côtière de Jalisco (CUC), et qui réunit des auteurs et créateurs des 4 coins du monde offrant récits, concerts, expositions artistiques et ateliers littéraires au public de passage.
On retient la participation des auteurs Ana Belén López, Alberto Ruy Sánchez, Ilian Stavans, Marco Antonio Campos, Fabián Muñoz, Juan Manuel Roca, et Carmen Villoro. Hugo Gutiérrez Vega, professeur de littérature au CUC, a inauguré le lancement de la rencontre et a rendu hommage au poète chiapanèque Eraclio Zepeda, instigateur d’un mouvement de sublimation de l’âme humaine à travers la poésie, antidote à la déliquescence des sociétés actuelles.
Une nouvelle découverte de l’héritage maya
Des archéologues et spéléologues de l’Etat du Yucatan ont informé de la découverte d’une caverne dans la région d’Acanceh, utilisée probablement comme centre cérémonial d’importance dans la période classique tardive de la civilisation maya.
Cette exploration organisée pendant près de 8 mois par Raul Manzanilla Haas et son équipe de chercheurs est un legs important dans la compréhension de cette culture précolombienne et a été très délicate du fait de la faune en danger d’extinction qui subsiste dans la zone où elle a été identifiée.
De nombreux fragments très endommagés d’ossements humains ont été retrouvés (phalanges, dents, pièces crâniennes…) laissant présumer de possibles célébrations funéraires. En outre, des instruments probablement employés pour la chasse et une grande quantité d’objets en céramique ont été découverts sur le sanctuaire: “Ce qui a le plus retenu notre attention, c’est l’apparition d’un petit instrument musical en forme de phoque, très probablement daté du Classique Tardif, ce qui n’est pas commun vu que cet animal est plutôt originaire du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, et non de cette région centrale ; d’ailleurs, c’est déjà peu commun de trouver un instrument musical dans une caverne », explique Raul Manzanilla, qui ajoute que les phoques dans l’Etat ont disparu depuis près de 40ans, entre autres la Monachustropicalis, plus connu comme le loup de mer, ou phoque moine.
Cette découverte peu commune a été reliée aux peintures rupestres mises en valeur dans une autre caverne située plus à l’est dans l’Etat, confirmant les probables relations commerciales établies entre les communautés mayas du centre et celles du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes.
Sur le plan biologique, cette caverne est également surprenante puisqu’elle semble être un terrain propice à la cohabitation de quatre espèces endémiques, la crevette dite « aveugle », la cochenille aquatique, l’anguille aquatique aussi appelée aveugle et la dame blanche, ou poisson aveugle ; une “chose rare” selon le spécialiste, qui pourrait être dû « aux hautes concentrations en CO2, à l’absence de présence humaine, et aux saisons propres à l’Etat qui provoquent un niveau d’oxygénation d’à peine 30%. » L’habitat semble donc propice à la reproduction de ces espèces bien que Raul Manzanilla craigne une dégradation de leurs conditions dû aux décharges clandestines et publiques polluantes, proches du site.
La découverte du site a été largement accidentelle, sollicitée par le propriétaire du terrain, Raymundo Concha Echazarreta, qui souhaitait développer des activités d’écotourisme sans danger dans cette zone excavée.