Le Grand Journal vous propose chaque semaine les temps forts de l’actualité mexicaine: Refus de l’ACTA par le Congrès mexicain – Coups de filets dans les rangs du cartel des Zetas – Le mouvement anti-Televisa se renforce.
De plus, mise au point d’un prototype pour les paraplégiques à l’IPN - Célébration de la Guelaguetza à Oaxaca et grande première, Ouverture de la 1ère école de Mariachis au Mexique.
La signature de l’ACTA rejetée par le Congrès mexicain
La Commission permanente formée au sein du Congrès national de la République mexicaine a rejeté cette semaine la signature de l’Accord Commercial Anti-Falsification réalisée par l’Ambassadeur du Mexique au Japon en début du mois au motif que les dispositions de l’accord ne respectent pas ce qui est stipulé dans la loi sur les traités internationaux en matière économique auxquels le Mexique a souscrit. En outre, cette signature ignore complètement les conclusions apportées par le Sénat mexicain en septembre 2011 sur le thème de la protection des droits de l’homme et la Constitution.
Elle a ainsi exhorté le chef de l’Exécutif « à réaliser les gestions nécessaires afin que, avant tout ratification, il soit établi une réserve de la part du Mexique sur l’ACTA de façon à ce que ne soit pas applicable dans notre pays l’article 27 de cet instrument international, ainsi que tout autre disposition qui puisse affecter les droits fondamentaux » définis dans la Constitution mexicaine.
En outre, elle a invoqué la comparution du Secrétaire de l’Economie, Bruno Ferrari; du directeur général de l’Institut Mexicain de la Propriété industrielle, José Rodrigo Roque, et un représentant de la Chancellerie afin de lui expliquer les raisons pour lesquelles l’Exécutif a choisi de signer les termes de cet accord.
La Commission a appelé l’Exécutif à appuyer sa demande de retrait du Mexique de l’accord et en cas de négative, d’émettre au moins une réserve sur l’article 27 de l’ACTA afin qu’il ne puisse pas s’appliquer au cas du Mexique.
L’article 27 mis en cause prévoit en effet des dispositions spécifiques concernant les droits concernant la musique. Il énonce que chaque Etat devra prévoir une protection juridique appropriée et des sanctions juridiques efficaces contre la neutralisation des mesures techniques efficaces qui sont mises en œuvre par les auteurs, les artistes interprètes, les exécutants ou les producteurs de phonogrammes. Et ce dans le cadre de l’exercice de leurs droits à l’égard de leurs œuvres, de leurs interprétations ou exécutions et de leurs phonogramme, et qui restreignent l’accomplissement d’actes à cet égard qui ne sont pas autorisés par les auteurs, les artistes interprètes ou exécutants ou les producteurs de phonogrammes concernés ou permis par la loi.
La mesure technique visée par ACTA s’entend de toute technologie ou de tout dispositif ou composant qui, dans le cadre normal de son fonctionnement, est conçu pour prévenir ou restreindre l’accomplissement, à l’égard d’œuvres, d’interprétations ou d’exécutions ou de phonogrammes, d’actes qui ne sont pas autorisés par les auteurs.
17 membres du cartel des Zetas appréhendés par la justice
Le Secrétariat de la Sécurité Publique de l’Etat du Nuevo Leon a présenté mercredi face à l’Agence d’Investigation de l’Etat 17 présumés complices de la bande criminelle des Zetas qui seraient liés d’une façon ou d’une autre à 25 assassinats.
Le porte-parole de la dépendance exécutive, Jorge Domene Zambrano, a indiqué en conférence de presse que ces personnes avaient été arrêtés les 6 et 9 juillet par les forces de l’ordre de l’Etat, il s’agit de 14 hommes, deux femmes et un mineur. Modesto Moreno Rodríguez, 29 ans, alias “El borrado”, leader de la cellule criminelle semble avoir dirigé et commandité les 25 exécutions sommaires qui leur sont imputés. Entre autres, on leur attribue la fusillade le 10 avril dernier contre huit chauffeurs de taxi du municipe de Guadalupe.
La traite sexuelle du quartier de la Merced à Mexico city inquiète la CNDH
La Commission des Droits de l’Homme (CNDH) s’est déclarée très préoccupée de la situation de l’ampleur prise par la traite sexuelle des mineurs dans le quartier populaire de la Merced, à Mexico city et le manque d’instruments opportuns pour la détection de cette activité illicite.
Selon les informations, le commerce sexuel de jeunes mineurs, bien souvent provenant d’Amérique centrale a pris une tournure scandaleuse au point de faire de ce quartier pauvre du Mexique l’un des plus grands d’Amérique latine quant à ce genre d’activités inhumaines.
Bien que les autorités de la capitale aient implémenté de nouvelles mesures contre le trafic de personne, les efforts semblent largement insuffisants et les juges chargés de condamner les coupables sont la plupart de temps peu formés sur ce genre de cas et ont très souvent la relaxe facile. « La formation [des juges] n’est pas seulement de connaître des concepts des instruments internationaux mais aussi que ceux qui servent le bien public sachent clairement ce qu’ils doivent faire, et surtout avoir la valeur pour le faire » déclare la Commission.
La CNDH a souligné l’importance d’aborder la traite des personnes comme un phénomène de marché parmi les multiples formes de criminalité organisée. « Générer cette conscience de celui qui consume, comme s’il s’agirait de n’importe quelle marchandise : il est clair que nous parlons de personnes, que les maux produits sont cumulatifs; nous sommes en train de parler de l’intégrité psychosociale de femmes et enfants, dans la plupart des cas. »
Par ailleurs, Alicia Meza, représentante du l’observatoire international des Droits de l’homme au Mexique aborde le thème de la mise en esclavage de ces femmes qui outre les sévices sexuels qu’elles peuvent subir, elles doivent en plus verser quotidiennement 6,000 pesos à leur proxénète. Elle a également appelé l’attention des autorités sur le rôle accru des prestataires de service de taxis dans la chaîne de la traite humaine.
Le mouvement anti-Televisa se renforce
Depuis la fin des campagnes présidentielles, un mouvement étudiant puis citoyen s’est formé contre la manipulation de l’information par les moyens de communication au Mexique, en particulier la télévision et la compagnie qui contrôle la plupart des chaînes publiques, Televisa.
Le mouvement initié par le collectif étudiant #YoSoy132 a vu ses rangs s’accroître par l’alliance scellée avec plusieurs organisations syndicales et sociales comme le Front des Peuples en Défense de la Terre (FPDT), la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (CNTE), le Syndicat Mexicain des Electriciens (SME).
Ils se sont d’ailleurs mis d’accord pour procéder à une « prise » symbolique de 24h du siège de Televisa à Mexico city ce jeudi, formant un bloc pacifique face aux installations de la compagnie de télévision, à travers « une vague humaine » appelant les citoyens du Mexique à s’unir à leur action. Pour éviter toute provocation avec les forces de l’ordre, le mot d’ordre a été lancé de s’asseoir dos contre dos, tous unis en cas de provocation des forces anti-émeutes.
L’acte va d’ailleurs plus loin qu’une simple revendication démocratique aux médias de communication, il vise à dénoncer l’imposition d’Enrique Peña Nieto à la présidence et la manipulation du processus électoral depuis son commencement.
Hier, avec le prétexte de l’inauguration des Jeux Olympiques de Londres 2012, ils ont réalisé une journée culturelle et artistique de protestation.
“Cette protestation qui s’organise est une dénonciation de la manipulation médiatique que Televisa réalise quotidiennement, de façon spécifique sur le processus électoral qui vient de s’achever, et pour le rôle qu’a joué cette entreprise dans l’imposition du candidat Enrique Peña Nieto” explique Misael Rojas, intégrant de la Commission de Communication du collectif étudiant.
Trinidad Ramírez, du FPDT, parle lui d’une « prise » de Televisa « pacifique mais énergique, qui va contre la complicité entre l’entreprise et le PRI. […] Enrique Peña Nieto ne peut être président du Mexique, il a d’abord des comptes à rendre à la justice, notamment pour le cas d’Atenco. » (violents affrontements en 2006 à San Salvador Atenco entre les forces de l’ordre de l’Etat alors dirigées par Peña Nieto, gouverneur, et le FPDT, qui menait une résistance contre l’expropriation de territoires agricoles, faisant plusieurs morts, de nombreux blessés et des cas de viols).
L’IPN présente un système de contrôle d’un fauteuil roulant par ondes cérébrales
Dans le but de conférer une plus grande autonomie pour les personnes paraplégiques, des étudiants de l’Institut Polytechnique Natinoal (IPN) ont adapté sur le mécanisme d’une chaise roulante un système de contrôle du déplacement des roues par ondes cérébrales. Des ondes sont transmises depuis un serre-tête spécial pourvu d’électrodes, directement connecté entre le système et le cerveau du « patient ». Le projet a été développé par 11 étudiants du cursus technique en Systèmes digitaux et vise l’amélioration du bien-être des handicapés moteurs.
Afin que la pensée du « patient » transmette correctement l’ordre de déplacement et la direction au système adapté sur le fauteuil roulant, il faut environ 7 heures d’entraînement pour que le système s’ajuste entre la répétition de pensées similaires sur un mouvement identique ; le software en question identifie en effet les impulsions électriques qui doivent alors être similaires pour une même direction « pensée » à des moments différents.
En ce qui concerne le mouvement en soi dudit fauteuil, les jeunes polytechniciens ont développé une interface qui permette au travers d’un programme terminal, un module Bluetooth, de lier le software à un PIC (microcontrôleur) qui met en fonctionnement les relais qui contrôlent le mouvement de moteurs adaptés sur les roues de la chaise (moteurs qui fonctionnent grâce à des dérayeurs de vélo). Finalement, le mécanisme dans son ensemble fonctionne grâce à des batteries entièrement rechargeables.
Les étudiants ont déclaré que cette innovation pourrait bien voir le jour commercialement à travers la création d’une start-up pour la mettre sur le marché dans les plus brefs délais et pour le grand bénéfice des handicapés moteurs. Reste à présent à monter le business plan.
Une semaine de Guelaguetza à Oaxaca
Cette semaine, Oaxaca s’emplit de couleurs et de musique au rythme des danses traditionnelles de la Guelaguetza, une fête annuelle hautement traditionnelle qui pour sa 80ème édition se pare de ses plus beaux atours.
Musique, folklore, chants, danses et exaltation de l’artisanat local pour les visiteurs enchantés par ce théâtre de couleurs et de culture. Selon les informations du gouvernement local « 47 délégations ont prévu des manifestations artistiques toute la semaine, avec la participation “en scène” d’environ 1,000 femmes et hommes “qui parés de leurs habits traditionnels, et en rythme avec les bandes musicales locales, offrent un témoignage vivant et poignant de leurs traditions les plus ancestrales. »
Cette année, le corps professoral en proie à de nombreux conflits avec les autorités, ont décidé de réaliser leur propre Guelaguetza, alternative et non moins réussie à l’Institut universitaire (ITO) de l’Etat.
Histoire : Le mot Guelaguetza définit en langue zapotèque l’acte de participer tout en coopérant : c’est un don gratuit qui n’implique pas l’obligation de réciprocité, raison pour laquelle La Guelaguetza représente l’offrande faite à la ville de Oaxaca par les groupes ethniques des sept régions traditionnelles de l’état : Valles Centrales, Sierra Juárez, la Cañada, Tuxtepec, la Mixteca, la Costa et l’Istmo de Tehuantepec, lesquels forment des délégations représentatives qui expriment leur patrimoine culturel au travers de danses et chants exécutés sur les rythmes joyeux de la musique régionale.
Les origines de cette fête d’envergure internationale semblent remonter au temps de l’époque coloniale, étant étroitement liée à la fête de Corpus du Temple del Carmen Alto (temple de l’ordre des carmelites édifié dans les jupes du Cerro de Bella Vista) ainsi baptisé par les zapotèques ; indigènes de la région. Du temps de la Nouvelle Espagne, la Guelaguetza se déroulaient chaque 16 juillet et se répétait 8 jours durant la « octava ».
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En septembre, la première école d’enseignement du Mariachi ouvre ses portes.
C’est à MExico city (et non à Guadalajara, comme on aurait pu s’y attendre, le style musical mariachi y étant né) qu’ouvrira ses portes la première école professionnelle dédiée à l’enseignement du Mariachi. Le but est évidemment de préserver un patrimoine culturel déclaré l’Unesco Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité il y a maintenant un an.
L’institution académique dépendra du Centre Culturel Ollin Yoliztli (CCOY) et comptera sur l’expertise de l’Union Mexicaine de Mariachis pour offrir des classes de haut niveau et permettre la conformation d’un centre de documentation historique. Entre autres disciplines, l’école propose l’enseignement des instruments de musique traditionnels dans l’art mariachi (le violon, la guitarre, la trompette, la viole, la harpe), et des cours de chant.
La tutelle de l’institution será assurée par Leticia Isabel Soto, considérée comme l’unique experte doctorante à Los Angeles (UCLA) sur le Mariachi au Mexique.
Quant au centre de documentation, il réunira tous les enregistrements, partitions et photos que possède l’Union Mexicaine des Mariachis en forme dispersée, et lancera une convocation nationale pour récolter tout matériel utile et informatif sur le thème.
Un site funéraire découvert à Atzompa, Oaxaca
Des spécialistes de l’Institut National d’Anthropologie et Histoire (INAH) ont découvert un complexe funéraire vieux de plus de 100 ans, composé de trois chambres mortuaires, sur le site préhispanique de Atzompa, dans l’Etat de Oaxaca, très prochainement ouvert au public.
Cette découverte est fondamentale, parce-qu’elle se situe dans un édifice qui a été distribué exclusivement pour accueillir des tombes disposées verticalement, les unes sur les autres et donc très différents de ce qui a été découvert.
Les experts ont pu observer que l’une des chambres mortuaires découvertes était décorée de peintures murales qui font allusion au jeu de pelotes, un thème qui n’a jamais été abordé (ou vu jusqu’à présent) dans les contextes funéraires zapotèques (indigènes de la région de Oaxaca). Il semblerait que ces tombeaux appartenaient à des personnages importants.
Le site d’Aztompa se différencie ainsi beaucoup de Monte Alban, contenant des constructions au design propre. Pour l’heure aucun ossement n’a été retrouvé sur l’emplacement récemment découvert bien qu’il reste encore une tombe à dégager. Des marques de destruction des lieux ont également été observé, correspondant semble-t-il à l’abandon des lieux suite à l’occupation et qui expliquerait l’absence d’ossements. Parmi les croyances préhispaniques, il existe celle qui dicte que les édifices, surtout les plus importants, avaient une vie propre, et pour cette raison il fallait leur faire des offrandes mais aussi les vider de toute présence pour annuler leur existence.