Cette semaine, le Grand Journal vous propose un résumé de l’actualité au Mexique, avec la fin du mandat de l’ambassadeur français Daniel Parfait et ce qu’en retiennent les médias mexicains, l’adoption de mesures timides pour la protection de la liberté de presse…
et la fusion Televisa-Iusacell, la mise en justice des ex-gouverneurs de l’Etat de Tamaulipas, les manifestations du corps enseignant contre l’Evaluation Universelle. Enfin, de nouveaux espoirs pour les enfants souffrant d’hydrocéphalie, et un hommage rendu au photographe décédé Héctor Garcia.
Les médias mexicains reviennent sur le mandat de Daniel Parfait, ambassadeur de France au Mexique
Le mandat de Daniel Parfait, en tant qu’ambassadeur de France au Mexique se conclut ce jeudi, et marque, aux dires des médias mexicains, la fin d’une période de grande tension diplomatique entre les deux pays, dérivée de la condamnation à 60 ans de prison de la française Florence Cassez reconnue coupable de complicité d’enlèvements et la négation du gouvernement mexicain de l’extrader malgré les demandes du président déchu Nicolas Sarkozy.
Les medias mexicains se souviennent ainsi que les premiers effets de la distance diplomatique qui s’est imprimée entre les deux pays, se sont immédiatement faits sentir, les conséquences ayant été l’annulation de l’Année du Mexique en France, une invitation que Nicolas Sarkozy avait fait personnellement en 2009 au président mexicain Felipe Calderón. Les échanges ensuite ont été tellement épineux qu’il y a eu même un temps une demande officielle de la part du Mexique pour que soit substitué Daniel Parfait, une requête bien évidemment refusé par le Quai d’Orsay qui a maintenu son diplomate en poste jusqu’au terme de son mandat, hier.
Renforcement de la protection des journalistes, un premier pas
Le Congrès mexicain a émis cette semaine une déclaration constitutionnelle afin que la réforme à l’article 73 de la Constitution pour la protection de la liberté de presse entre en vigueur sans délai dès sa publication au Journal officiel.
La réforme en faveur de la liberté d’expression permet la création d’un mécanisme d’exception qui attribue aux autorités fédérales les facultés nécessaires à la prise en charge des délits contre les journalistes et médias de communication en général.
16 Etats en tout ont envoyé au Congrès de l’Union leur vote d’approbation de cette déclaration (Aguascalientes, Baja California, Campeche, Chihuahua, Colim, Durango, Guerrero, Hidalgo, México, Nayarit, Nuevo Leon, Sinaloa, Tabasco, Tamaulipas, Veracruz et Zacateca).
Un premier pas donc, dans la défense de la profession même si, souligne-t-on dans la Chambre haute, il manquera des lois secondaires qui garantiront la création d’instruments de mise en œuvre de la réforme. Le Sénateur pour le PRD Carlos Sotelo a également déclaré qu’il est nécessaire d’élever au rang constitutionnel le droit du secret professionnel des journalistes.
« Le phénomène de la criminalisation de la liberté d’expression est très préoccupant, il ne semble pas pouvoir s’arrêter, si l’on peut saluer cette réforme avec consentement, il faut néanmoins réaliser un exercice d’auto-critique au sein du pouvoir législatif ; il y a eu des avancées mais il faut admettre que nous n’avons pas avancé suffisamment pour accorder de multiples iniciatives sur ce thème, comme la réforme pour élever au rang de loi constitutionnelle le secret professionnel des journalistes, la clause de conscience, entre autres » a-t-il affirmé.
L’Etat de Veracruz propose également un nouveau système de protection de la liberté de presse
Le gouverneur de Veracruz, Javier Duarte, en l’honneur de la Journée de la Liberté d’Expression, a annoncé son intention de créer une Commission d’Etat d’Attention et de Protection des Journalistes. Cette initiative, si elle est approuvée par le Congrès de l’Etat, entraînera une modification de l’article 67 de la Constitution de Veracruz afin que la Commission jouisse d’une autonomie totale par rapport au gouvernement, comme c’est le cas de la Commission d’Etat pour les Droits de l’Homme et l’Institut de Veracruz d’Accès à l’Information.
« Les temps nouveaux nous obligent à créer un organe et un cadre juridique capables de garantir la sûreté et la liberté des medias de communication » a-t-il déclaré en conférence de presse qui a réuni près de 700 membres de la profession de tout l’Etat.
Namiko Matzumoto Benitez, fervente défenseuse des droits de l’homme à Veracruz, sera chargée de rendre compte des travaux de création de la Commission, qui seront menés collégialement par des professionnels de l’information, comme Norma Gibb Guerrero (Directrice du journal La Opinion de Poza Rica), Baltazar Pazos Gomez (Grupo Pazos), et Rocio Oje Callado (directrice de la Faculté des Sciences et Techniques de la Communication de l’Université de Veracruz), divers journalistes, directeurs et présentateurs télé et radio, enfin des juristes afin d’établir les fonctions, attributions et modes d’opération du nouvel organisme.
Le gouverneur a finalement annoncé que le déroulement du projet recevra la collaboration de la Société Interaméricaine de Presse (SIP), représenté par Roberto Rock, également vice-président de la Commission de Liberté de la Presse et de l’Information de la SIP, et directeur éditorial du journal El Universal. Société
La fusion Televisa-Iusacell soulève la critique
L’opération de fusion annoncée il y a quelques jours déjà entre Televisa et la compagnie de téléphonie mobile Iusacell soulève de nombreuses critiques parmi les entreprises concurrentes qui dénoncent les pratiques monopolistiques. Cette action pourrait en effet créer un levier pour que le Groupe Televisa et le Groupe Salinas, concessionnaire de TV Azteca, unissent leurs stratégies publicitaires, informatives et créent ainsi un “monopole de l’opinion publique”.
L’affaire remonte déjà à l’année dernière, lorsque Emilio Azcárraga Jean (Televisa) y Ricardo Salinas Pliego (Groupe Salinas) ont annoncé un investissement de l’ordre de 1 milliard 600 millions de dollars dans la compagnie de téléphone Iusacell en échange de l’obtention de la part de Televisa de 50% du contrôle de l’entreprise.
Or ce 1 février, la Commission Fédérale de la Concurrence (CFC) s’était interposée à cette opération, considérant cette fusion comme un élément négatif à la libre-concurrence du secteur. Depuis lors, les Groupes Televisa et Salinas n’ont de cesse de monter des dossiers pour révoquer la décision de la CFC. Et il se pourra bien que celle-ci finisse par céder comme le craignent de nombreuses organisations de défense de la concurrence, les rangs panistes de la chambre des députés et le mouvement #yosoy132 qui a manifesté dernièrement devant le siège de Televisa pour protester contre la fusion des deux entreprises et contre la télécratie ambiante au Mexique.
Cette semaine, le Groupe Dish, société MVS et Echostar, par l’intermédiaire de son président Joaquin Vargas, a publié un communiqué exprimant les conditions minimums qui devront être mises place par la CFC selon eux en cas de fusion, pour rendre acceptable cette nouvelle situation : « Dans aucun autre pays au monde, il n’existe une telle emprise sur à la fois la télévision ouverte et restreinte que c’est le cas au Mexique. [Si la fusion est permise, nous demandons à ce] que tous ceux fonctionnant par des systèmes de souscription, puissions retransmettre depuis n’importe quelle antenne de Televisa et TV Azteca que pour leur titre de concession, sont ouvertes et gratuites, sans coût pour les souscripteurs ; que n’importe quel concurrent de Televisa et TV Azteca puisse s’annoncer sur leurs chaînes dans des conditions égales à leurs autres clients. »
De nouvelles perquisitions dans l’affaire du blanchiment d’argent des ex-gouverneurs de Tamaulipas
30, c’est le nombre de perquisitions qui ont été menées dans les différentes propriétés des ex-gouverneurs de Tamaulipas, Tomás Yarrington Ruvalcaba et Eugenio Hernández Flores, soupçonnés de blanchiment d’argent et de liens avec le narcotrafic. 10 autres personnes sont également mêlées à l’affaire, plusieurs ont été détenus dont le dernier en date le chef d’entreprise Farough Fatemi Corcuera soupçonné d’être l’un des prête-noms de Tomas Yarrington.
Les fouilles se sont essentiellement déroulées dans les Etats du Quintana Roo, Tamaulipas et dans la capitale et ont donné lieu à la consignation entre autres, de plusieurs documents d’importance et d’ordinateurs et équipements de computation.
Pour l’heure, aucune convocation des principaux suspects n’a pu être sollicitée bien que les fonctionnaires du Ministère Public ont annoncé la probabilité de gardes-à-vue dans les jours qui viennent.
Manifestations des professeurs contre l’Evaluation Universelle
Ils réclament l’ouverture d’un dialogue, ces 12,000 professeurs en manifestation contre la mise en place de l’Evaluation Universelle, un système d’examen de la qualité de l’éducation proposé par l’ONU mais qui selon les opposants ne tient pas compte des réalités de terrain que les professeurs doivent affronter au jour le jour au Mexique.
Organisés par la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (CNTE), et majoritairement issus des Etats de Oaxaca, Chiapas et Michoacán où les conditions d’éducation sont les plus déplorables, les professeurs ont marché sur la capitale jusqu’au siège du gouvernent, rue de Bucareli, pour témoigner de leur refus de se soumettre à l’évaluation imposée par les autorités fédérales.
Ils ont réclamé l’ouverture d’un débat public, ce vendredi, incluant le président de la République Felipe Calderon, pour aborder le thème de la situation de l’éducation au Mexique et proposer des actions concrètes afin d’y apporter des améliorations adéquates au terrain. Ils exigent l’annulation de l’Alliance pour la Qualité de l’Education qui programme la mise en place de l’Evaluation universelle. En outre, ils dénoncent la divulgation sur le marché noir de l’évaluation nationale préalable (dite ENLACE) qui doit être appliquée ces jours-ci sur le thème de la réussite académique dans les centres scolaires du pays.
Neurochirurgiens du Chiapas développe une nouvelle technique de traitement de l’hydrocéphalie infantile
Depuis septembre 2010, 27 enfants souffrant d’hydrocéphalie ont été intervenu avec succès à l’hôpital général Dr Rafaek Pascacio Gamboa, au Chiapas, leur permettant de leur ôter de façon définitive la valve de Pudens qui joue jusque-là le rôle de drain des liquides qui s’y produisent anormalement, et provoquent une croissance excessive du crâne.
Cette nouvelle technique chirurgicale de neurochirurgie endoscopique n’est pas seulement innovante au point de vue médicale, elle offre également un soulagement financier immense aux familles des patient ; la valve de Pudens pouvant coûter jusqu’à 500 000 pesos sans compter son installation délicate et risquée sur le cerveau de l’enfant et le nécessaire suivi postérieur deson fonctionnement.
En Amérique latine, les causes les plus communes d’hydrocéphalie sont liées à un contrôle prénatal déficient ou à des infections comme la méningite ou la ventriculite chez les nourrissons.
Une vingtaine d’opérations supplémentaires sont prévues pour soulager de nouveaux jeunes patients.
Mort du photographe mexicain Hector Garcia
Celui, dont on disait qu’il pouvait capter « l’âme du Mexique » à travers son objectif, s’est éteint cette semaine à l’âge de 88 ans à cause d’une insuffisance cardiaque.
Photographe de renom, que l’écrivain Carlos Monsivais avait baptisé “le Photographe de la Ville”, il laisse un grand héritage derrière lui, une source inépuisable de clichés historiques sur la capitale, sur les rues de la capitale et son ron-ron quotidien.
Plusieurs fois récompensé du Prix National du Journalisme (1958, 1969 et 1979), il a réalisé plus de 65 expositions individuelles, et autant de collectives pour présenter ses œuvres, tant au Mexique qu’à l’étranger et de nombreuses institutions privées comme publiques se disputent ses photos : le Musée national d’Anthropologie et d’Histoire, le Musée de la Photographie au Mexique, la Bibliothèque nationale de Paris, The Library of Congress à Washington et le Musée du Vatican. Il a également illustré de nombreux livres comme Mexique, Editions du Seuil, Paris (1964); Salvador Novo, Nueva Grandeza Mexicana, Ediciones Era, México (1967); Fernando Benítez, Los Indios de México, Ediciones Era, México 1970.
Une chaleureuse cérémonie lui a rendu hommage au Palais des Beaux-Arts de la ville de Mexico il y a deux jours.