Obama reçoit son prix Nobel de la paix
Publié le 11/12/2009 par " Le Grand Journal "
Le président américain a reçu formellement à Oslo, “avec une profonde gratitude et une grande humilité”, le prix qui lui avait été décerné il y a deux mois. Nobel de la paix mais aussi président d’un Etat en guerre, il a notamment affirmé que “les outils de guerre ont un rôle à jouer pour préserver la paix”.
Barack Obama a reçu formellement, à Oslo, jeudi 10 décembre, le prix Nobel de la paix qui lui avait été décerné le 9 octobre dernier.
Déclarant accepter le Nobel “avec une profonde gratitude et une grande humilité”, lors de la cérémonie à l’Hôtel de ville de la capitale norvégienne où il a reçu la récompense des mains du président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland, le président américain a ensuite justifié son statut paradoxal de prix Nobel et président d’un Etat en guerre.
Le rôle de la guerre “pour préserver la paix”
Barack Obama a ainsi évoqué l’ironie de recevoir le Nobel, neuf jours seulement après avoir décidé d’envoyer 30.000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan pour “finir le boulot”. “Les outils de guerre ont un rôle à jouer pour préserver la paix”, a-t-il dit, dans un Hôtel de ville rempli de personnalités, dont la famille royale norvégienne.
“Et pourtant cette vérité doit coexister avec une autre : aussi justifiée soit-elle, la guerre promet une tragédie humaine”, a-t-il ajouté, assurant avoir “un sens profond du coût des conflits armés”. “Dire que la guerre est parfois nécessaire n’est pas un appel au cynisme, c’est la reconnaissance de l’histoire, des imperfections de l’homme et des limites de la raison”, a déclaré Barack Obama qui s’est décrit comme “le commandant en chef d’une nation engagée dans deux guerres”. “Comme tout autre chef d’Etat, je me réserve le droit d’agir unilatéralement si c’est nécessaire pour défendre ma nation”, a-t-il ajouté.
Un coup de griffe à George W. Bush
Il a aussi affirmé que les Etats-Unis “devaient demeurer un exemple dans la conduite des guerres” et qu’ils ne devaient pas sacrifier leurs idéaux pour combattre leurs ennemis, un coup de griffe implicite à son prédécesseur à la Maison Blanche, George W. Bush. “Nous perdons notre âme lorsque nous transigeons avec les idéaux pour lesquels nous nous battons. Et nous faisons honneur à ces idéaux en les respectant non seulement lorsque c’est facile, mais également lorsque c’est difficile”, a déclaré Barack Obama.
“D’autres candidats plus méritants”
“C’est un prix qui fait appel à nos plus hautes aspirations : malgré la cruauté et la dureté de notre monde, nous ne sommes pas que les prisonniers du destin”, a également déclaré le président américain. “Nos actes font la différence et nous pouvons infléchir le cours de l’histoire vers davantage de justice”, a-t-il ajouté.
Le président américain a rappelé que son Nobel avait été critiqué, disant ne pas mériter de côtoyer des personnalités aussi prestigieuses que Martin Luther King et Nelson Mandela dans la galerie des lauréats Nobel. “Je ne doute pas qu’il y a d’autres (candidats) qui étaient peut-être plus méritants”, avait-il déjà confié lors du point presse précédant la remise de la récompense.
“Le but, ce n’est pas de gagner un test de popularité ou de remporter un prix, même aussi prestigieux que le prix Nobel de la paix”, avait-il dit.
“Si je réussis dans mes missions, j’espère que les critiques diminueront en ampleur (…). Si j’échoue, tous les compliments et les prix du monde ne cacheront pas cet échec”, avait-il ajouté. “Il a osé soulever les questions difficiles en mettant le doigt sur l’équilibre très délicat entre guerre et paix et pourquoi, dans certaines circonstances, on ne peut pas échapper à la guerre”, a commenté Geir Lundestad, l’influent secrétaire du comité Nobel.
Scepticisme
En décernant le Nobel de la paix, le 9 octobre, à un président entré en fonction il y a 11 mois, sans succès diplomatique majeur à son actif et ayant hérité de deux guerres en Irak et Afghanistan, le comité Nobel avait stupéfait la planète – et le lauréat lui-même. Ce choix, justifié par “ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples”, fait toujours de nombreux sceptiques.
Deux Américains sur trois estiment que Barack Obama ne mérite pas le Nobel de la paix, selon un sondage paru cette semaine. En Norvège, seules 35,9% des personnes jugent qu’il le mérite contre 33,5% d’un avis contraire, selon un autre sondage publié mercredi.
“L’occasion de soutenir les idées d’Obama”
Avant de lui remettre la médaille et le diplôme assortis d’un chèque de 10 millions de couronnes (près d’un million d’euros), le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a de nouveau tenté de désamorcer les critiques déplorant un choix prématuré. “Nombreux sont ceux qui estiment que le prix est arrivé trop tôt”, a dit Thorbjoern Jagland. “Mais l’histoire est remplie d’occasions perdues. C’est maintenant, aujourd’hui, que nous avons l’occasion de soutenir les idées du président Obama”, a-t-il dit, précisant que le prix était “un appel à l’action pour nous tous”.
Oslo sous une surveillance inédite
Plusieurs organisations ont appelé à manifester pour protester notamment contre l’engagement militaire en Afghanistan. “Nous estimons qu’Obama a reçu le prix de manière prématurée, mais maintenant qu’il l’a, il va falloir qu’il s’en montre digne”, a déclaré à l’AFP Benjamin Endré Larsen, leader de l’organisation Fredsinitiativet, à l’origine de l’appel à défiler. Et près de l’Institut Nobel flottait une banderole “Obama, tu as gagné le prix, maintenant mérite-le”.
Pour la venue de Barack Obama, arrivé jeudi matin en compagnie de Michèle, son épouse, dans la capitale norvégienne, Oslo a déployé le plus important dispositif de sécurité de son histoire : les contrôles aux frontières ont été rétablis, des avions de chasse et un avion de surveillance Awacs devaient patrouiller les cieux, et plus de 2.000 policiers ont été mobilisés à terre.
Des batteries de missiles antiaériens ont été déployées autour de la ville, elle-même survolée en permanence par de bruyants hélicoptères de sécurité.
Les Nobel de littérature, de chimie, de physique, de médecine et de sciences économiques devaient aussi être été remis ce jeudi à Stockholm.
Nouvel Obs
Article du 10 décembre 2009
Barack Obama n’a pas caché sa surprise en apprenant qu’on lui avait décerné la prestigieuse récompense. C’est un président américain déjà en butte aux difficultés qui est couronné ce jeudi à Oslo.
À quoi pensera le président Barack Obama jeudi à Oslo, quand il s’avancera vers le vénérable jury de l’Académie Nobel pour recevoir son prix ? À sa mère, militante des causes humanitaires, qui consacra sa vie à construire des projets sociaux dans de lointains pays ? À son père, cet idéaliste déçu qui, même absent, n’a jamais cessé d’inspirer ses pas ? Aux soldats américains qui risquent leur vie en Afghanistan dans une guerre dont il vient de réaffirmer l’importance pour la sécurité du monde, au risque de souligner la contradiction apparente entre le Nobel de la paix qu’il reçoit et le rôle de commandant en chef qu’il assume ? Ou à l’année lourde de nuages menaçants qui l’attend en 2010 ?
Barack Obama reçoit le Nobel de la paix et les 10 millions de couronnes norvégiennes qui vont avec (près de 1 million d’euros), au terme d’une année 2009 dont il a été la véritable vedette à travers le monde. Jamais sans doute un président des États-Unis n’aura été autant courtisé, plébiscité et exposé à la fièvre médiatique. Aussi admiré que Bush avait été honni (sans doute exagérément), Obama a suscité une frénésie presque irréfléchie d’attentes et d’enthousiasme, notamment à travers l’Europe, y atteignant des taux de popularité de plus de 80 % qui ont fini par agacer ses homologues européens. Son nouveau style de politique étrangère, sa volonté de fermer la prison spéciale de Guantanamo, son discours du Caire tendant la main au monde musulman, son appel au multilatéralisme ont ravi les opinions publiques, prêtes à croire – par rejet de son prédécesseur – à un «Père Noël Obama», capable de changer le monde et l’Amérique.
C’est à la pointe de cette vague d’euphorie que les membres du comité Nobel ont décidé, le 9 octobre dernier, de lui attribuer la médaille de la paix, moins d’un an après son arrivée aux affaires, avant même qu’il ait eu le temps d’accomplir quoi que ce soit de concret. À la stupéfaction de beaucoup d’observateurs, et à la sienne (qu’il n’a pas cachée), le jury n’a pas récompensé une action, mais la promesse de changement qu’incarne Obama. Lui donnant une sorte de chèque en blanc. «Cela s’explique par le rapport très particulier qu’ont les Scandinaves, notamment les Norvégiens, à l’Amérique, jugeait mercredi un diplomate français. Obama représente cette Amérique idéalisée, multilatéraliste, pacifique, que Bush avait fait disparaître et dont ils espéraient le retour.»
En baisse de popularité
Le paradoxe est que le président reçoit le prix Nobel au moment précis où la vague de soutien qui le portait reflue rapidement. Aux États-Unis, où la crise économique pèse lourd, son taux de popularité est tombé à 46 % d’opinions favorables, selon un sondage de l’université Quinnipiac paru mercredi. Deux Américains sur trois estiment que leur président ne mérite pas le Nobel. Dans les organisations de défense des droits de l’homme, on reproche à Obama d’avoir trop sacrifié au pragmatisme, occultant la question des libertés politiques au nom du «dialogue» avec les dirigeants d’Iran, de Russie ou de Chine.
L’enthousiasme pro-Obama faiblit aussi en Europe, où l’octroi du prix au président américain a été accueilli avec des réserves, mais pour d’autres raisons. Selon un sondage paru mercredi dans le journal norvégien Verdens Gang, seulement 35,9 % des Norvégiens jugent qu’il s’agit d’une bonne idée, contre 33,5 % qui pensent le contraire. La décision du chef de l’État américain d’envoyer 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan a renforcé l’«obamascepticisme». L’Europe a du mal à comprendre que la paix exige des sacrifices. Obama, qui est américain, le comprend parfaitement et assume son rôle de «président de guerre», même s’il a fixé le début de retrait de ses troupes à 2011. Selon son porte-parole, Robert Gibbs, il devrait revenir sur ce thème de la paix et de la guerre au cours de son discours ce jeudi.
Il n’en reste pas moins que le «cadeau» du comité Nobel pourrait se révéler encombrant pour le patron de l’Amérique, alors qu’une année 2010 très difficile se profile, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, selon les prévisions de l’hebdomadaire The Economist. Dans une simulation organisée par le politologue Graham Allison à la Kennedy School de Harvard la semaine dernière sur l’évolution de la crise nucléaire iranienne, plusieurs experts ont prédit notamment que la question de l’Iran déboucherait sur une division des alliés occidentaux, une montée des tensions entre l’Amérique et la Russie et, peut-être plus grave, entre l’Amérique et Israël. En 2009, Barack Obama le pragmatique a planté un décor avec talent et reçu une décoration récompensant ses intentions. Il va maintenant devoir agir sur une réalité coriace.
Le Figaro
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une seule observation: nous trouvons dans les textes une répétition banale des adjectifs et des adverbes joints au terme “humilité” qualifiée de “grande humilité” ou bien la “profonde humilité” ou bien encore “le plus humble”… c’est difficile de concevoir des qualificatifs pour cette vertu qui en soi les élimine. De quoi s’agit-il ici? Dans le langage “ordinaire” chacun de nous, livré a ses automatismes, perd la concience du poids des termes et se dévalue. “L’homme de la rue” vit entre les mains du “pilote automatique” qui ne contrôle rien précisément livré à la répétition de clichés verbaux… Et, pour finir, qui peut accorder crédit à ce langage débordant?