Un Polonais au sommet de l’Europe
Publié le 14/07/2009 par " Le Grand Journal "
Un Polonais à la tête des députés européens. Dans la torpeur de l’été, la nouvelle pourrait passer inaperçue. Et pourtant, c’est une page symbolique que le Parlement européen vient d’écrire, hier, en élisant à sa présidence Jerzy Buzek à une très large majorité.
L’homme est connu des élites européennes. Il a été Premier ministre de son pays, de 1997 à 2001, et a orchestré, à ce titre, les négociations d’adhésion de la Pologne à l’Union européenne. Libéral, ancien membre du mouvement Solidarnosc, dans les années 1980, il incarne une Pologne qui n’a pas vécu son entrée dans l’Union comme une conquête, mais comme un juste retour de l’histoire.
Car il y a tout juste vingt ans, en juillet 1989, la Pologne anticipait de quelques mois la chute du Mur de Berlin en tenant ses premières élections libres. Prise en étau tout au long du siècle, entre Berlin et Moscou, la Pologne accédait enfin à une réelle indépendance. D’autant plus méritée qu’elle fut conquise pacifiquement.
Nul n’aurait songé, alors, voir un Polonais occuper si rapidement l’un des trois grands fauteuils de l’Europe. Depuis hier, c’est chose faite. Jerzy Buzek est le premier homme politique des dix nouveaux membres de l’Union à se voir confier une telle responsabilité. Il aime rappeler que la véritable intégration prend plus de temps que l’élargissement. Comme si un rideau de fer invisible continuait de séparer l’Europe.
Sans surestimer le poids de sa fonction, il est permis de penser que son élection devrait permettre de banaliser la contribution des pays d’Europe centrale et orientale au projet européen. D’autant que certains enjeux cruciaux vont se jouer à l’Est. Le partenariat oriental, notamment, avec la délicate question des relations avec la Russie. Et son corollaire, le dossier énergétique.
Cette élection illustre enfin la capacité d’innovation du Parlement vis-à-vis d’une Commission européenne de plus en plus effacée. Les nouveaux députés européens ont d’ailleurs choisi de ne pas reconduire formellement José Manuel Barroso. Ils décideront, aujourd’hui, si le vote censé confirmer le choix du Conseil européen, en juin, sera reporté simplement à septembre ou plus tard encore. Une façon d’accroître le pouvoir de contrôle du Parlement sur la Commission.
Le calendrier très chargé de l’automne s’y prête. Le 2 octobre, les Irlandais participeront à leur deuxième référendum sur le traité de Lisbonne. Chez les députés européens, la tentation sera grande, en septembre, d’attendre de connaître le résultat de Dublin avant de s’aventurer dans un deuxième mandat Barroso.
Car, en cas de vote positif des Irlandais et si les présidents polonais et tchèque ratifient le traité à leur tour, c’est toute l’architecture institutionnelle de l’Union qui sera à redéfinir. Avec l’instauration d’une présidence stable du Conseil européen dont on espère qu’elle saura incarner l’Union. De ce point de vue, le choix de Jerzy Buzek à la tête du Parlement prépare le terrain à une représentation géographiquement équilibrée des Vingt-Sept dans les prochaines instances.
Ouestfrance.fr – (www.legrandjournal.com.mx)
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