Nous nous sommes rendus à Cozumel à la rencontre de celles et ceux qui perpétuent les traditions préhispaniques d’une île autrefois centre névralgique de la civilisation Maya. Petrus, originaire de Mexico, vit sur l’île depuis sept ans. Il gère une petite entreprise d’imprimerie, PAO et conception de visuels multimédias.
Il s’est également beaucoup documenté sur les anciens rites mayas au point d’organiser aujourd’hui des initiations aux cérémonies de temazcal -bains de vapeur- en pleine jungle, au centre de l’île !
Nous avons rendez vous avec lui à 9h du matin en centre ville de San Miguel de Cozumel. Nous suivons son « 4×4″ qui s’enfonce rapidement sur un chemin en terre bordé de part et d’autre d’une végétation dense et luxuriante: la « selva » nous enrobe et nous remémore l’époque ou la déesse de la lune et de la fécondité, Ixchel, attirait les communautés mayas alentours.
A peine une demi-heure de route suffit pour arriver dans une clairière et une
maison devant laquelle un homme s’affaire autour d’un véritable bûcher, l’alimentant régulièrement avec de grosses bûches de bois récoltées au pied des nombreux arbres avoisinants.
Petrus le salue, nous le présente comme son assistant en charge de la gestion du feu, élément central de la cérémonie du temazcal…
Il nous demande de prendre place dans des hamacs sagement alignés en face du bucher, de nous relaxer et commence à nous relater les origines de cette tradition millénaire:
« Le Temazcal est un bain de vapeur traditionnel très antique puisque les cultures mésoaméricaines l’ont développé. Les Mayas, bien sûr, mais aussi les Aztèques, les Incas et celles d’Amériques du sud. De ce que nous connaissons sur ses origines exactes, les bains de vapeur sont nés en Scandinavie, en Europe du nord. On peut considérer qu’il est le prédécesseur de tous les bains de vapeurs actuels. On suppose qu’il est arrivé ici suite aux premières migrations de ces peuples nomades du nord par le Détroit de Bering vers le 10e siècle après Jésus -Christ.
La bonne santé du corps passe par la sudation pour éliminer les toxiques, les graisses etc.
Mais au-delà du nettoyage du corps on peut considérer ses effets d’une manière spirituelle, mystique, énergétique !
Ce rite est très similaire dans toute l’Amérique Latine. Il intègre les quatre éléments de la nature: l’eau, la terre, le feu et l’air associés aux quatre points cardinaux. Pour les Mayas par exemple, le nord est le point cardinal le plus important alors que pour les Aztèques c’est l’est, mais le procédé est identique. Le rite se découpe en quatre étapes bien distinctes, quatre portes comme on les appelle, chaque porte est en relation avec un point cardinal et l’un des quatre éléments de la nature. Dans notre corps nous trouvons l’eau, la terre, l’air: nous respirons, un fort pourcentage de liquide coule dans notre corps, le contact avec la terre est quotidien. Le feu c’est le spirituel, l’énergie, l’esprit, nos rêves, l’analyse…
Le feu est le cœur de la cérémonie du temazcal. Il est le seul des quatre élément à ne pas pouvoir être touché. Avec les pierres volcaniques nous pouvons contrôler la force du feu mais jamais le toucher physiquement.
Alors que L’eau, l’air, la terre sont en contacts directs avec notre corps, le feu, lui, jamais… Il brûle! »
Après ces explications, notre curiosité est suffisamment éveillée pour pouvoir commencer la cérémonie. Nous nous levons de nos hamacs et nous dirigeons vers le temazcal. Avant de pénétrer dans ce qui ressemble -par sa forme arrondie -à un igloo, le rite dicte de se placer autour d’un cercle. Les quatre coins cardinaux en rapport avec chacun des quatre éléments sont « interpellés » par Petrus. La cérémonie peut commencer !
Nous rentrons à tour de rôle par une petite porte arrondie, à genoux et en prenant bien soin d’y pénétrer en respectant un sens de gauche vers la droite. L’intérieur est rond, bas d’un plafond vouté et au centre, un âtre assez vaste attend les pierre volcaniques chauffées à blanc qui vont être sorties du buché aperçu a notre arrivée.
L’évacuation d’air au dessus de l’âtre est bouchée, Petrus hèle son
assistant qui apporte les premières pierres acheminées sur une fourche et déversées dans l’âtre, puis un lourd tissu tombe sur l’entrée et plonge la pièce dans l’obscurité la plus totale. Petrus, entre psalmodies, incantations et derniers conseils prodigués, jette de l’eau, en fait une décoction d’herbes odoriférantes, sur les pierres incandescentes ce qui a pour effet immédiat de diffuser une vapeur chaude, moite et humide qui rappelle immédiatement la sensation du sauna, la différence étant, qu’au fur et a mesure des quatre étapes de la cérémonie -l’air, l’eau, la terre et le feu- et de l’apport de nouvelles pierres, le bain de vapeur se fera de plus en plus chaud mais toujours très supportable !
A chaque changement de « porte », des thèmes différents sont abordés:
Des instruments de musiques préhispaniques sont mis à notre disposition pour une séance de percussions libératrices, une autre « porte » aborde les sons vocaux, les chants et autres cris, la dernière » porte » délasse et laisse l’imagination voguer car là, le silence le plus total est requis et la chaleur intense. Enfin, la sortie et le retour à la réalité et au grand jour pour, un peu abasourdi, aller se jeter dans l’eau froide d’un cenote naturel , quasi contigu au temazcal.
Le contraste chaleur/ fraîcheur est …saisissant!
On ressort d’une séance de temazcal avec à la fois une sensation d’ivresse et de grande sérénité. Les bienfaits de la vapeur et de la forte sudation qui en résulte apportent une relaxation et un état de décompression fort. A l’esprit, un peu embrumé par cette vapeur et les thèmes abordés, se mêle un sentiment diffus de fierté d’avoir participé à une cérémonie millénaire.
Mais surtout, surtout, d’avoir fusionné un court moment – quatre heures quand même- avec notre environnement naturel, notre corps, notre esprit… et une tradition Maya!
Jean-My Cochois - (www.legrandjournal.com.mx)
Crédits photos: Nadjat.E, Petrus