Rencontre – Astrid, écrivaine française à Chihuahua
Publié le 04/11/2009 par " Nicolas Quirion "
Astrid Desmarécaux vit depuis trois ans à Chihuahua où elle travaille comme professeur de français. Ses deux passions, l’écriture et les voyages, se rejoignent dans les livres qu’elle écrit, de véritables journaux de la vie d’expatriée qu’elle mène depuis de nombreuses années.
Astrid Desmarécaux vit depuis trois ans dans la ville de Chihuahua, capitale de l’Etat du même nom. Son parcours pourrait ressembler de très près à celui de n’importe quel expat baroudeur si un détail n’avait pas piqué notre attention : quand la majorité des voyageurs se contente d’un simple blog pour garder le contact et raconter leur vécu Astrid, elle, publie des livres sur la base de ses journaux de voyages, avec le lot de joies et de difficultés que cela comporte!
“Le virus du voyage…”
“Je viens de Lille, j’ai fais mes études là-bas, une licence d’anglais et une maîtrise de Français Langue Étrangère (FLE).”
On ne choisi généralement pas ce genre de filière par hasard ! Avant même d’avoir obtenu son diplôme, Astrid traverse la Manche pour passer un an près de Londres comme assistante de français…
“Après cette première aventure à l’étranger j’avais attrapé le virus du voyage ! Pas question de rester en France, je voulais vraiment aller voir ailleurs.”
La seconde étape, ce sera la Belgique, à Bruxelles où Astrid passe 3 ans comme prof de français et conseillère pédagogique. Une expérience positive même si, comme elle le dit “Bruxelles ce n’est pas très exotique quand tu viens de Lille !”
A la rencontre du Mexique
“Le Mexique m’avait toujours attiré… Et puis une copine avait fait un stage à
Monterrey et avait été emballée par le pays et la vie là-bas. Depuis ce temps là je me disais qu’il fallait que je fasse un an au Mexique. De plus, quand j’étais à Bruxelles, j’avais plusieurs élèves mexicains qui sont devenus ensuite des amis, comme ils étaient très sympas, ouverts et chaleureux ça m’a donné encore plus envie de partir.”
Après avoir répondu à une annonce proposant un poste de professeur de FLE, Astrid atterrit fin juillet 2006 dans la ville de Chihuahua, capitale de l’état du même nom… Mais cette ville correspond-elle vraiment à l’image que l’on se fait du Mexique ?
“Quand j’ai eu le boulot le directeur m’a prévenu tout de suite que la ville n’était pas des plus jolies, mais que les gens étaient sympas. Donc je m’attendais un peu au pire. Et effectivement quand je suis arrivée je me suis tout de suite rendu compte que c’était loin d’être la ville de mes rêves…
C’est grand, très américanisé. Un peu comme dans le film U-Turn d’Oliver Stone. En revanche j’ai bien constaté que les gens sont d’une exceptionnelle gentillesse, très serviables. Rien à voir avec la froideur européenne.”
Au départ, l’aventure mexicaine n’était censée durer qu’un temps : “Je voulais faire un an seulement au Mexique et ensuite continuer à voyager.” Oui mais voila… Il n’est pas toujours si facile de dire au revoir au Mexique. Comme beaucoup de lecteurs du Grand Journal en auront fait l’expérience, on a vite fait de se retrouver “coincé”… ou amoureux !
“J’ai rencontré Gil au lycée ou je travaille. Je le sentais bien et je me suis dit que ça valait la peine de tenter. Et c’est comme ça je suis restée à Chihuahua d’où il est originaire. Mais l’une des premières choses que je lui ai dite c’est que je ne souhaitais pas passer toute ma vie ici, il m’a répondu que lui non plus. Nous avions donc trouvé un terrain d’entente !”
Prof de FLE à Chihuahua
“Les deux premières années ont été dures ! Je ne parlais pas bien espagnol et ça a été difficile de s’adapter…”
Pas facile en effet d’affronter le choc culturel, surtout quand on travaille dans un lycée “pour gosse de riches” où les habitudes des élèves sont très différentes de celles des ados français… En bien comme en mal !
“Beaucoup d’élèves viennent pleurer pour réclamer des points à la fin de l’année alors qu’ils ne font rien le reste du temps… La plupart des profs cèdent à ce genre de demande, mais ce n’est pas du tout ma manière de voir les choses! Je ne vais pas faire de cadeau à celui qui ne le mérite pas. Les élèves font souvent preuve d’un certains manque de maturité, mais par contre il n’y a pas tout les problèmes de violence et d’insolence qu’on trouve en France… Quand j’en parle à ma mère qui est prof là-bas, elle est très étonnée !”
“Tu devrais essayer d’en faire un livre”
Mais comment passe-t-on du statut de prof de français et lecteur assidu à celui d’écrivain?
“J’ai toujours aimé écrire. En 6ème je me rappelle que j’avais écrit une BD. Puis j’ai commencé avec des poèmes, des nouvelles… j’ai même eu ma période fantastique quand j’étais au Lycée!
Après, quand je suis entrée à la fac j’ai commencé à lire beaucoup de récits de voyages, écrit par des gens qui avaient fait le tour de monde. Je me disais que moi aussi je ferai pareil : prendre mon sac à dos et me lancer sur la route… Bon je n’ai pas eu le courage partir comme ça, avec mon sac à dos, à la place je suis devenue prof de langue à l’étranger! Et comme depuis l’âge de 12 ans de 12 ans je tiens un journal j’ai continué tout naturellement à parler de mes voyages…
A Bruxelles je tenais mon blog, dans lequel je racontais mon quotidien et mes voyages en Europe. Les gens appréciaient et certains me disaient «tu devrais essayer d’en faire un livre ». Je me suis dis que pourquoi pas, et j’ai commencée à retravailler tout ça. Mes bouquin c’est ça, ma vie d’expatriée!
Le Mexique a été une source d’inspiration pour de très nombreux auteurs français, en quoi le fait de vivre au Mexique peut-il être un moteur pour l’écriture?
“Ce sont surtout les gens qui m’inspirent. Les petits comportements de la vie de tous les jours, le fait que les gens soient très serviables. Ici, il y a énormément de rancheros, au début ça me faisait rire, maintenant je suis habituée. Ils ont toute la panoplie ! Beaucoup pratiquent le rodéo, même les filles !
Sur le Mexique j’ai écrit « Piment et Guacamole » qui est le journal de ma première année ici, avec mes impressions toutes fraiches. Alors forcement il y a des trucs qui me paraissaient étranges avant et qui me semblent normales à présent, car c’est devenu la routine!”
Une fusillade dans la rue
Quand on parle du Nord du Mexique il est difficile de ne pas évoquer la question de la violence, qui remplit quotidiennement les pages des journaux, mais qu’en est-il vraiment pour une française expatriée à Chihuahua ?
“Ça s’est beaucoup calmé cette année, mais l’année dernière on s’est sérieusement demandé si on allait pas partir, c’était devenu extrêmement violent. On a eu des élèves kidnappés, certains parents assassinés, soit chez eux soit dans la rue. Beaucoup de restaurants ont été brulés. J’ai même assisté à une fusillade dans la rue, comme dans un film ! Le week-end les rues était complètement désertes.
Je ne me sens pas directement visée, je n’ai pas d’argent… Mais il peut toujours y avoir des accidents, des balles perdues… Des gens qui n’ont rien avoir avec le narco meurent aussi parfois dans les fusillades.”
“De très bon échos”
Peut on imaginer l’écriture comme un métier?
“Je me fais pas d’illusions, c’est très dur de vivre de ça. Si j’écris ces livres c’est plus pour moi, pour plus tard me souvenir, mais aussi pour ma famille, pour qu’ils sachent un petit peu ce que moi je vis quand je suis loin.
Cependant mes livres ont eu de très bons échos. J’ai une anecdote: deux jeunes françaises lectrices de mon blog m’avait contactées, et puis nous sommes restées en contact. L’une a acheté mes trois livres. A présent elles sont aux États-Unis et elle m’ont dit qu’elles avaient franchi le pas grâce à mes bouquins, que ça les avait encouragé à partir…. C’est une jolie victoire! Je suis contente d’avoir réussi d’une certaine manière à les aider à réaliser leur rêve.“
Et après le Mexique, quelle sera donc la prochaine étape?
“Je pense allé tenter ma chance aux États-Unis, un pays qui fait tant rêver… Je veux voir comment est la vie là-bas. Et après on verra.
Je suis quelqu’un qui a un peu la bougeotte, je m’ennuie vite !”
- Visitez le blog D’Astrid Desmarécaux: astridontheroad.e-monsite.com
- Lisez un extrait de “Piment et Guacamole”
Nicolas Quirion -(legrandjournal.com.mx)
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