Football – David Trezeguet arrête sa carrière en équipe de France

Publié le 09/07/2008 par " Le Grand Journal "

trezeguet1.jpgLa décision est tombée ce mercredi, définitive. David Trezeguet arrête sa carrière en équipe de France après 71 sélections pour 34 réalisations. Retour sur dix ans de titres, de buts et d’incompréhension.

Il a fini par dire stop. Stop à cette équipe de France qui se refuse désormais à lui. À 30 ans, David Trezeguet a décidé d’arrêter de briguer une 72e sélection. Une décision liée selon lui à un homme. « Raymond Domenech reste en place et je quitte l’équipe nationale. La contre-performance à l’Euro et le maintien du sélectionneur me poussent à prendre cette décision irrévocable. » Mais bien au-delà du simple cas de l’actuel sélectionneur, Trezeguet aura marqué sa carrière en Bleu autant par son efficacité statistique que par l’incompréhension autour de son utilisation et son apport global. Domenech n’aura fait que cristalliser jusqu’à l’extrême ce décalage permanent.

Un buteur en or

Pourtant, l’histoire tricolore de Trezeguet avait débuté de façon idéale. Impressionné par les performances du jeune buteur de Monaco (18 buts en 27 matches de Championnat en 1997-1998), notamment lors d’un quart de finale retour de Ligue des champions à Manchester et une frappe pleine lucarne énorme (2-1, 1-1), Aimé Jacquet avait lancé le jeune homme pour l’inauguration de Stade de France face à l’Espagne (1-0) le 28 janvier 1998, avant de l’embarquer quelques mois plus tard à la Coupe du monde en compagnie de son compère monégasque, Thierry Henry. Quelques bouts de matches lui donnent quand même l’occasion de marquer un but (face à l’Arabie Saoudite) et surtout de donner le but en or à Laurent Blanc lors de l’irrespirable huitième face au Paraguay. Trezeguet dessine déjà son profil : un minimum de temps de jeu, un maximum d’efficacité. Très peu utilisé en qualifications pour l’Euro 2000, c’est encore lui qui envoie les champions du monde en titre en phase finale continentale grâce à un but décisif face à l’Islande (3-2). La simple répétition de son apothéose personnelle en bleu. En finale de l’Euro face à l’Italie, c’est lui, une nouvelle fois entré en cours de jeu, qui donne le trophée à la France d’un but plus en or que jamais (2-1 a.p.). Bizarrement, cet exploit ne dope pas la suite de son aventure internationale, malgré un nombre croissant de titularisations. Quelque part, la Coupe du monde 2002, dont la France repart bredouille (un nul, deux défaites et aucun but inscrit), marque un virage pour Trezeguet.

Trezeguet, Henry : l’éternelle question

Ironie du destin, c’est l’évolution de son ancien partenaire d’attaque qui esquisse le début de ses propres difficultés. En effet, Thierry Henry, après le fiasco coréen au cours duquel il avait été placé à gauche, aspire désormais à occuper la pointe de l’attaque. Malgré une prestation de haut vol du duo lors d’un amical en Allemagne (3-0), la complémentarité entre les deux stars ne saute pas aux yeux car Henry et Trezeguet invitent respectivement à deux options radicalement différentes. Alors que le Gunner d’Arsenal, adepte du jeu direct, dévore les espaces, le Turinois figure davantage le renard des surfaces nécessitant un bloc haut et des centres en abondance. En fait, cette différence de style rappelle une différence culturelle de taille : Trezeguet a passé l’essentiel de sa jeunesse en Argentine et appartient à une longue tradition de buteurs purs, quelque part entre Batistuta et Crespo. Au fond, choisir entre le volume de jeu de Henry et l’efficacité ultra circonscrite de Trezeguet, c’est choisir entre l’attaquant qui fait bien jouer et celui qui fait gagner. Raymond Domenech, nommé à la tête de l’équipe de France au lendemain de l’Euro 2004 et qui a encore accentué l’incompatibilité Henry-Trezeguet, va se charger de trancher.

Le maudit du 9 juillet

L’actuel sélectionneur est clairement désigné par l’avant-centre de la Juve comme le principal motif de l’arrêt de sa carrière internationale. Pourtant, Domenech ne le met pas au placard comme il a pu le faire plus tard avec Robert Pires ou Ludovic Giuly. Mais son efficacité déclinante sous la tunique nationale commence à le placer en retrait dans la hiérarchie. D’autant plus qu’avec le retour de Zidane, Domenech opte pour une seule pointe et un bloc plutôt bas. Dans cette configuration, évidemment Henry, plus rapide, plus travailleur et tout aussi efficace, est davantage l’homme de la situation aux avant-postes. Trezeguet rate le tir au but décisif en finale de la Coupe du monde face à l’Italie (1-1, 5-3 t.a.b.), terrible renversement de l’histoire huit ans après son but en or face à cette même Squadra Azzurra. Domenech, l’homme du 9 juillet, sort renforcé du mondial allemand. Pas Trezeguet. Surtout que ce dernier est titularisé lors des 3 défaites post-Coupe du monde jusqu’à fin 2007. « Trezegol », lassé de ce décalage avec ses performances italiennes (meilleur buteur étranger de l’histoire de la Juventus), se permet même, sur Canal+, de donner un cours de tactique à Domenech. Celui-ci apporte lui-même sa réponse le 18 mai dernier : Trezeguet ne sera même pas dans sa liste élargie à 30avant l’Euro 2008.

France Angleterre (1-0) restera donc son ultime cape en bleu, le 26 mars 2008. Que retiendra l’histoire de son aventure tricolore ? Quelque chose d’un palmarès incontournable (champion du monde et d’Europe) assorti de statistiques imparables (34 buts en 71 sélections, 3e bilan de l’histoire derrière Platini, 41, et… Henry, 45), mais aussi un débat permanent sur son apport collectif, son influence, à tout jamais cantonné dans un rôle de remplaçant de luxe. Le joker a définitivement rangé ses cartes.

France Football.fr – (www.legrandjournal.com.mx)

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