Vélo, cancer, dopage : Fignon dit tout
Publié le 14/06/2009 par " Le Grand Journal "
Le Tour de France part dans quelques jours. Le livre de Laurent Fignon « Nous étions jeunes et insouciants… » sortira chez Grasset un peu avant.
« On m’a détecté un cancer des voies digestives. On ne sait trop où exactement. Mon cancer est un cancer avancé, puisqu’il a envoyé des métastases… C’est certainement le pancréas. Donc on ne sait pas ce qui me reste à vivre. On ne sait pas ce qui va se passer. Mais je suis optimiste. On va se battre et réussir à gagner ce combat… »
Comme il l’a souligné, et ses médecins avec lui, aucun lien ne peut être formellement établi entre la déclaration de la maladie et la prise de produits dopants (corticoïdes, amphétamines), largement évoquée par l’ancien champion dans son livre.
Quand on sait que le dopage des années 80 n’est qu’un sympathique amusement par rapport à l’artillerie lourde utilisée au cœur des années 90 par beaucoup de grandes formations professionnelles, on n’aimerait pas être à la place des champions de l’époque. Que les dieux du cyclisme (et ceux des autres sports, bien à l’abri derrière le peloton) aient la force de nous donner tort dans les années à venir…
Dans l’interview qu’il nous a accordée, Laurent Fignon revient sur des aveux qui vont faire grand bruit.
La Dépêche: Il y a quelques jours, lors de notre première rencontre, vous avez tu votre cancer. Faut-il penser que vous n’étiez pas prêt à le révéler ou que vous aviez avec votre éditeur un plan média pour le lancement de votre livre « Nous étions jeunes et insouciants » ?
Laurent FIGNON : Rendre publique sa maladie n’est pas évident. Je souffre d’un cancer avancé puisqu’il a envoyé des métastases. Certainement le pancréas. On ne sait pas combien de temps il me reste à vivre.
La Dépêche: Contre toute maladie, il y a un combat à mener et il faut tout faire pour le gagner. Pourquoi ne gagneriez-vous pas celui qui vient de s’engager pour vous ?
L.F. : Bien sûr, d’autant plus que je suis né avec une qualité. Je n’ai pas eu à la travailler, elle est innée. Dès lors que j’entre en compétition, je deviens un autre : il faut que je gagne, ce qui ne veut pas dire que je gagne toujours.
La Dépêche: Dans votre livre, vous reconnaissez avoir pris des amphétamines et de la cocaïne dans votre carrière de coureur. Pensez-vous que cela a joué dans l’arrivée de votre maladie ?
L.F. : Je n’en sais absolument rien. à mon époque tout le monde faisait pareil. Cela faisait partie de notre mode de vie. C’étaient des excitants. J’ai expliqué ce que nous faisions aux médecins. Pour eux, ça ne peut pas être ça. Ce serait trop simple. Si tous les cyclistes qui en ont pris devaient avoir un cancer on en aurait tous. D’ailleurs il ne faut pas parler de dopage car la nature du mot n’explique pas exactement notre façon de faire. Il faut plutôt parler de tricherie, car ce que nous faisions était du bidouillage.
La Dépêche: Peut-on toujours parler de bidouillage aujourd’hui ?
L.F. : C’est une autre époque qui a commencé dans les années 90. Des produits sont arrivés. Il y a eu d’abord la cortisone, puis la testostérone, puis les hormones de croissance, puis l’EPO. Tout cela modifie les performances. Quand un sportif se met soudain à avoir des performances mirobolantes, il faut s’interroger. La progression d’un sportif doit être constante. Aujourd’hui, ce n’est souvent pas le cas. Mais enfin, dire que l’EPO est à l’origine de certaines maladies, c’est aller un peu vite car on ne sait pas s’il y a des relations. Aucun hématologue compétent ne vous dira que l’EPO est dangereuse sauf dans la durée. Cela dit, dans l’instant, il peut y avoir des problèmes cardiaques.
La Dépêche: Cependant on a annoncé la mort de fort jeunes athlètes, cyclistes ou coureurs à pied qui avaient été contrôlés positifs au dopage…
L.F. : De toute façon le sport de haut niveau n’est pas bon pour la santé. Les efforts intenses que l’on demande au corps, la pression que l’on subit diminuent l’espérance de vie. À cela, il faut ajouter les risques encourus au moment où l’on s’arrête, où l’on casse son rythme de vie. Se reconvertir, même si on a de l’argent, n’est pas une mince affaire.
La Dépêche: Lance Armstrong qui a souffert comme vous d’un cancer revient sur le Tour de France. Lui donnez-vous des chances de gagner ?
L.F. : Gagner la Grande boucle 2009 après tant d’autres n’apporterait rien de plus à son palmarès. Je ne suis pas certain qu’il se soit engagé pour gagner, plutôt pour continuer à faire parler de lui. Il a, je crois, quelques ambitions politiques. Il se peut d’ailleurs qu’il perde le Tour là où il l’a toujours gagné, c’est-à-dire contre la montre. A son âge, il n’a plus la puissance nécessaire pour s’imposer.
La Dépêche.fr -(legrandjournal.com.mx)
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