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Rubrique : Tourisme France

Expo Goya au Petit Palais-Entre beauté et hallucinations

Publié le 21/03/2008 par Alain Figadère

goya.jpgLe Petit Palais présente l’Å“uvre gravée du grand peintre espagnol jusqu’au 8 juin «Goya graveur» qui est impressionnante.

Peut-être parce que l’art de l’estampe (eau-forte, aquatinte et la récente technique de la lithographie) avec ses rugosités, la violence de ses contrastes, les hachures, la main presque visible de l’artiste étaient plus propices au peintre espagnol pour exprimer son propos.

Un propos, car il y a dans cette Å“uvre une idée finalement assez neuve en art : la subjectivité, dont Kierkegaard nous dit qu’elle était la vérité même. De plus, la rigueur et la méticulosité avec laquelle sont accrochées ces séries d’Å“uvres, sans effet de théâtre la théâtralité du trait de Goya suffisant largement à l’exaltation des visions de l’un des plus grands dramaturges de l’histoire de l’art , intensifient encore davantage l’émotion du visiteur. On la doit à Véronique Dolfus.

Un dérèglement paradoxal de la raison

L’exposition commence par les anciens, c’est-à-dire ceux dont il avouait l’influence : Rembrandt le géant, Vélasquez et le gracieux Tiepolo, et bien sûr «  la nature  ». Mémoire respectueuse, féconde qui, loin d’inciter à un suivisme servile atemporel, loin de stériliser un tempérament, se met au service de son temps et s’en fait le témoin, c’est-à-dire le martyr, si l’on en croit l’étymologie. L’histoire, cette muse, qui a si souvent donné lieu à des allégories glorieuses, est ici non seulement inspiratrice, mais nécessité, urgence, modèle.

Parmi les salles, il y a ces alignements formidables, célèbres, inscrits même dans notre inconscient collectif si tant est que ce concept existe. Il y a, bien sûr, Les Désastres de la guerre. Les terribles exactions des armées napoléoniennes censées apporter les lumières, ce dérèglement paradoxal de la raison. C’est donc ainsi, ces horreurs apportées au nom de principes dont Goya était un admirateur fervent, que se situe cette série de gravures. Les gravures qui se succèdent dessinent charniers, souffrance individuelle, douleur de la multitude, inscrits avec un lyrisme impitoyablement réaliste. Les titres eux-mêmes incitent à regarder de près ce qu’on n’appelait pas encore un reportage.

Voici maintenant Les Caprices. Peintre de cour, Francisco sort dans la rue. Ce qui s’y passe n’est guère joyeux. L’artiste dénonce, avec une farouche détermination de témoigner, en 80 planches, les malheurs d’une Espagne superstitieuse, obscurantiste, misérable et cruelle. Une femme arrache les dents d’un pendu, les amours sont tragiques, certains ripaillent, des maisons brûlent, des pauvres pleurent. Goya se fait mordant comme l’acide nitrique de l’eau-forte. Il est tantôt ironique, tantôt cocace (Les voilà bien assises), tantôt encore fantastique avec ses figures du démon et ses ânes géants. Balancement et parfois réunion d’un naturalisme et d’une imagination qu’il guettait et qualifiait lui-même de monstrueuse sur fond de mort. Une mort exorcisée tantôt par le burlesque, tantôt par l’effroi et l’hallucination.

Pour clore cette exposition, les commissaires, Maryline Assante di Panzillo et Simon André-Deconchat, ont choisi d’évoquer la postérité de Francisco de Goya. Elle est nombreuse. Trois grands noms sont ici présents, Delacroix, Manet et Odilon Redon dont on peut admirer, par exemple, une Å“uvre si sÅ“ur de Goya, un hommage intitulé La Fleur du marécage, une tête humaine et triste (1885).

On songe aussi à ce qu’on verra chez Rimbaud, cette ­sorte d’hallucination tout à fait libre, éloquente : « J’ai heurté savez-vous d’incroyables Florides/Mêlant aux fleurs des yeux de panthère à peau d’homme ». C’est aussi l’atmosphère de cette exposition balançant comme l’artiste qu’elle concerne entre la raison et les imaginations, toutes deux génératrices de monstres et de beauté.

Gros plan sur «Le Colosse»

Il s’agit d’une estampe intitulée Le Colosse (1810-1818). Madrid et l’Espagne ont déjà vécu la famine et les atrocités des guerres napoléoniennes. Une image extraordinaire que celle de ce somptueux géant.

Assis sur la terre, si loin des habitations minuscules et d’un paysage qu’on devine dévasté, presque inexistant, que peut-il bien regarder en tournant le dos à ce si délicat quartier de lune dominant tellement la terre convulsée ? L’espoir de la paix peut-être, car, curieusement, il émane de cette oeuvre quelque chose qui ressemble à une sereine mélancolie.

Ce chef-d’oeuvre en rappelle un autre du même Goya, une huile sur toile datée de 1810, conservée au Prado, et qui s’intitule également Le Colosse.

Mais il y a dans la première oeuvre un géant presque apaisé, peut-être parce qu’il ne regardait plus les « grands cimetières sous la lune » dont parla Georges Bernanos, lui aussi épouvanté par le sentiment tragique espagnol.

«Goya graveur» au Petit Palais, Musée des beaux-arts de la ville de Paris, jusqu’au 8 juin. Tél.: 0153434000. Le catalogue: 49€.

La rédaction (www.legrandjournal.com.mx)

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Edito

Bruxelles tarde à valider le plan de recapitalisation des banques françaises, jugé peu compatible avec les règles de la Commission. Paris s'impatiente. Six semaines après avoir présenté son plan de renforcement du capital des six plus grandes banques françaises, la France attendait, hier encore, le feu vert de la Commission européenne. Au-delà d'un excès de zèle régulateur, Bruxelles se retrouve accusée d'entraver la relance que toute l'Europe réclame. L'affaire, qui brouille la complicité entre Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso, ne concerne pas le sauvetage des banques naufragées dans la tempête financière. Mais le soutien financier de 10,5 milliards d'euros que l'État français veut apporter à six banques réputées en bonne santé. Paris les considère comme les chevaux de bataille d'une relance immédiate. Le Trésor veut gonfler leurs fonds propres pour les amener à prêter plus à l'économie, une bouffée d'oxygène essentielle dans une atmosphère de crédit raréfié. C'est là que le bât blesse. Neelie Kroes, la commissaire néerlandaise à la Concurrence, retient sa signature en s'inquiétant des distorsions introduites par ces aides publiques. Bref, elle conteste l'avantage que les enseignes françaises pourraient en retirer face à leurs concurrentes européennes. En pratique, Bruxelles voudrait imposer à toutes les banques aidées - les naufragées comme celles qui restent à flot - de redresser leur bilan, c'est-à-dire de prêter moins en proportion de leurs capitaux propres, fussent-ils renforcés par les deniers de l'État. Les services de Christine Lagarde y voient un contre sens dangereux, au moment précis où les économies européennes plongent dans la récession. «Stupide», «bureaucratique», «tatillon» : les épithètes ont volé ce week-end sur la ligne Paris-Bruxelles. Le plan français prévoit explicitement que les banques aidées devront accroître leurs crédits à l'économie.

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