Au Mexique, la Sierra Gorda de l’état de Querétaro est une réserve de biosphère. Yann Artus-Bertrand nous présente un reportage sur cette région incroyable dont les cinq missions franciscaines font partie du patrimoine de l’humanité.
Le nom de Sierra Gorda désigne une région montagneuse de la Sierra Madre orientale, cordillère qui s’étend du nord au sud en longeant la côte du golfe du Mexique, depuis le nord de Coahuila, à la frontière des Etats-Unis, jusqu’à l’isthme de Tehuantepec qui marque géographiquement le début de l’Amérique centrale.
Ce territoire qui contient la réserve de biosphère Sierra Gorda, propose des paysages brisés de la diversité écologique où vous pouvez trouver plus de 1700 espèces de plantes vasculaires, certaines espèces endémiques ou menacées comme le cactus baril géant, le beffroi, le club d’écriture, de magnolia et bien plus encore.
Par ailleurs, parmi la faune peut admirer quelques-unes des 360 espèces d’oiseaux, 130 mammifères et près de 100 espèces d’amphibiens et de reptiles enregistrée ici. Il a des espèces animales rares ou en voie de disparition comme le vert ara, les ours noirs, des loutres, singe araignée, le porc-épic, le vert et le papillon toucan Humboldt, entre autres.
Etat de Querétaro de Arteaga (région de la Sierra Gorda)
Les cinq missions franciscaines de la Sierra Gorda ont été édifiées pendant la dernière phase d’évangélisation de l’intérieur des terres du Mexique (milieu du XVIIIe siècle), et sont devenues une référence pour la poursuite de l’évangélisation de la Californie, de l’Arizona et du Texas. La façade richement ornée des églises est d’un intérêt tout particulier car elle représente un exemple des efforts créatifs conjoints des missionnaires et des Indios . Les peuplements ruraux qui se sont développés à proximité des missions ont conservé leur caractère vernaculaire.
Les missions de la Sierra Gorda témoignent d’un échange d’influences considérable lors de l’évangélisation du centre et du nord du Mexique et de l’ouest des États-Unis. Les cinq missions de la Sierra Gorda apportent un témoignage sur la rencontre culturelle entre les missions européennes et les populations nomades du centre du Mexique. Elles demeurent une illustration essentielle de cette deuxième phase d’évangélisation en Amérique du Nord.
Description historique
Le nord de la région de la Sierra Gorda, où se trouvent les missions, fait partie de la région centrale et montagneuse du Mexique. Jadis, les autochtones prenaient part aux travaux miniers et au commerce, et vivaient dans de petits peuplements éparpillés au pied des montagnes. La Sierra Gorda formait une barrière naturelle entre les peuples d’agriculteurs sédentaires et les chasseurs-cueilleurs nomades du nord. À l’époque de l’arrivée des Espagnols, les autochtones vivaient principalement de l’agriculture. Les Huastec vivaient dans de vastes domaines féodaux et possédaient une grande expérience de la filature du coton. Les Jonace vivaient dans des grottes et attaquaient ces domaines. L’importante tribu des Pame, cultivait le maïs et vivait dans des maisons de branchages ou de feuilles de palmiers ; peuple docile, ils étaient coopératifs avec les moines.
Au XVIIe siècle, les intérêts politiques et les mines d’argent provoquèrent souvent des conflits armés impliquant les Espagnols et des groupes autochtones, qui ont entraîné la destruction d’une part importante des premières missions. Au XVIIe siècle, les Franciscains tentèrent de pénétrer plus avant dans le pays, mais ne parvinrent pas à établir une présence permanente. Au XVIIIe siècle, ils obtinrent une nouvelle autorisation, qui aboutit à la décision, en 1744, de fonder cinq missions (Jalpan, Concá, Tancoyol, Landa et Tilaco). Du fait des conflits persistants dans la région, les premières années furent difficiles, retardant la construction des complexes jusqu’en 1750-1751, sous l’égide du frère Junípero Sierra.
La phase de construction s’est étendue sur deux décennies, combinée à un actif travail d’évangélisation de la part des frères franciscains. À la fin de la période, en 1770, la mission était achevée. La situation politique avait changé et les missions étaient sécularisées.
Au XIXe siècle, les missions pâtirent de rébellions et de conflits armés ; ainsi, les autels dorés furent détruits. Vers la fin du siècle, les églises furent confrontées à d’autres problèmes ; certaines images furent remplacées, par exemple dans la partie centrale de la façade de l’église de Jalpan. Au XXe siècle, la population diminua, et certaines missions furent parfois abandonnées ; d’autres subirent des altérations, comme c’est le cas des patios de Landa (1966) et de Jalpan (1964).
Néanmoins, elles ont perduré en tant qu’entités religieuses, dominant les peuplements qui s’étaient constitués alentours et représentant une référence pour la région. Depuis la publication de Monique Gustin en 1969 sur l’art baroque dans la région de la Sierra Gorda, la sauvegarde de ces chefs d’oeuvre du baroque a suscité un regain d’intérêt qui a abouti à leur restauration dans les années 1990.
Junípero Serra (1713-1784), prêtre franciscain espagnol qui obtint le titre d’Apôtre de la Californie pour son travail de missionnaire en Amérique du Nord (béatifié par le pape en 1988) donna l’impulsion à cette phase d’évangélisation. Il contribua à l’établissement des missions de la Sierra Gorda, où il servit de 1750 à 1758, avant de partir pour le centre-sud du Mexique (1758-1767). Lorsque l’Espagne commença à occuper l’Alta California (actuelle Californie), Serra se joignit à l’expédition et, fonda la mission San Diego en 1769, la première en Californie. Serra et ses successeurs fondèrent au total 21 missions en Californie, qui devinrent les principaux facteurs de développement de la région.
Source : évaluation des Organisations consultatives