Yucatan – Histoire: l’Acte de Foi de Maní

Publié le 26/06/2009 par " Nicolas Quirion "

acto de fe de mani 209x300 Yucatan   Histoire: l’Acte de Foi de ManíAu XVIème siècle, le petit village de Maní fut le théâtre d’un épisode tragique de l’histoire coloniale mexicaine. Prétextant qu’ils “ne contenaient que les mensonges du diable”, le franciscain Diego de Landa brula des centaines de manuscrits mayas d’une valeur historique inestimable.

Maní est un village situé à 80 kilomètres au sud de Mérida (Yucatán). Fondé à la moitié  du XVème siècle après la destruction de la proche ville maya de Mayapán où Tutul Xiu avait établi son empire. On suppose que Mayapán fut une importante cité maya à la population nombreuse.

Le couvent de Maní, le troisième plus ancien dans cette zone du Yucatán, a été construit en 1549, deux ans après que les frères franciscains eurent commencé l’évangélisation de la cité maya. Quelques temps plus tard, dans le même village fut construite l’église consacrée à l’Archange Saint Michel, toujours par les franciscains.

Dans ce même village, le 12 juillet 1562, Fray Diego de Landa fit procéder à la destruction et l’incinération d’idoles et autres objets religieux fait de pierre, de terre ou de bois, que les mayas utilisaient pour leurs cérémonies religieuses. De nombreux manuscrits réalisés sur des peaux furent également perdus à tout jamais. Ces tragiques évènements sont connus sous le nom de l’Acte de Foi de Maní. Une peinture de l’église de Valladolid (Yucatán) représente cet épisode:  on y voit des mayas brûler dans un feu, sous le regard du franciscain Diego de Landa (voir photo ci-dessus)

Diego de Landa Calderón est né le 12 novembre 1524 à Cifuentes, en Espagne. A 16 ans il entre au couvent de San Juan de los Reyes de Toledo, où il suit l’enseignement des franciscains. En 1549, Diego de Landa débarque au Yucatán, il y est nommé gardien d’Izamal en 1552 et se voit confier la construction du couvent qui remplacera les huttes dans lesquelles vivaient alors les franciscains. C’est aujourd’hui l’un des plus importants lieux de dévotion catholique du Yucatán. En 1556, Diego de Landa était gardien du Yucatán, en 1561 il fut nommé Provincial de la zone qui comprenait les territoires que nous connaissons aujourd’hui comme le Yucatán et le Guatemala et qui constituait alors la Capitainerie du Yucatán.

Tout les efforts des franciscains pour convertir les mayas au christianisme semblaient être vains : en effet les habitants perpétuaient secrètement leurs pratiques religieuses traditionnelles, en cachant leurs objets rituels dans des grottes au beau milieu de la forêt, et en réalisant leurs cérémonie dans la plus grande discrétion.

Ulcéré par le comportement des mayas, frère Diego de Landa organisa plusieurs expéditions à la recherche des lieux dans lesquels les mayas conservaient leurs objets sacrés. Il réussit en 1558 à détruire de nombreuses pièces à Chichén Itzá, jetant celles-ci dans le Cenote Sacré lors d’une tentative supplémentaire pour imposer sa religion en essayant de quitter à la ville son aura de lieu de culte et d’adoration maya.

En juin 1562 un autel clandestin est découvert à Maní, on y découvre cachés des milliers d’objets religieux et de manuscrits décrivant l’histoire et les traditions de la culture maya. Quand Diego de Landa prend connaissance de la situation il prend d’assaut le lieu, appuyé par le maire du village. Toutes les propriétés des mayas sont confisquées et les habitants sont détenus pour être interrogés.

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Il crée un Tribunal Religieux, qui devient bientôt un Centre d’Inquisition, pour interroger et torturer les villageois. Beaucoup d’entre eux se sont pendus avant d’avoir pu avouer où se situaient leurs objets sacrés. Bien d’autres se suicidèrent également auxquels on  avait coupé les cheveux, ou qu’on avait vêtus d’une manière différente à leurs traditions, ce qui représentait une immense humiliation pour eux.

Une fois terminés les interrogatoires et les tortures, plus de 5000 objets sacrés avaient été découverts, parmi lesquels  des centaines de manuscrits. Diego de Landa organisa un grand autodafé, au cours duquel tous les objets confisqués furent incinérés en guise de punition pour les indigènes qui n’avaient pas accepté la conversion religieuse.

L’excessive cruauté de Diego de Landa vis-à-vis des natifs provoqua l’indignation de ses coreligionnaires, qui l’accusèrent devant le roi et le Conseil des Indes. Un procès débuta à l’Audience de la Nouvelle-Espagne, et Landa dû retourner en Espagne en 1563 pour constituer sa défense face au roi. Il reçut l’aide du Général des Franciscains de Barcelone ; et en s’appuyant sur des décrets papaux qui autorisaient les Provinciaux d’Amérique à mettre en place des procédés d’Inquisition, Diego de Landa fut absous.

Durant son procès en Espagne, Diego de Landa écrivit un livre où il consigne certains aspects de la culture maya qu’il  intitule “Relación de Cosas Notables de Yucatán”. Il y interprète à sa manière certaines traditions et coutumes mayas, comme le langage et l’écriture et  de ce peuple mésoaméricain.

Nommé évêque de Mérida, Diego de Landa retournera au Yucatán en 1572, s’attelant à la tâche d’écrire une doctrine chrétienne en langue maya qu’il envoya imprimer à Mexico en 1575. Il n’en existe malheureusement plus aucun exemplaire.

Diego de Landa mourut à Mérida en 1579, laissant derrière lui une histoire douloureuse… Les dommages occasionnés par de Landa sont incommensurables : en brulant  les manuscrits mayas il a détruit des siècles de mémoires et d’histoire. Sans oublier le grand nombre de mayas (plus de 6300) qui perdirent la vie pendant qu’il était en poste comme Provincial du Yucatán.

L’Autodafé de Maní, ainsi que les errements de Fray Diego de Landa comme inquisiteur, sont des faits qui devraient pousser n’importe quel touriste intéressé par l’histoire du Yucatán à visiter ce petit village situé à 80 kilomètre au sud de Mérida. Afin de connaitre l’ancien couvent franciscain, l’église de l’Archange Saint Michel et percevoir à quel point -jusqu’à aujourd’hui- cet endroit conserve une ambiance de peur et de cruauté. Malgré le passage des ans, le sentiment des mayas  semble toujours imprégner le village de  Maní.

Histoires oubliées des villages du Yucatán
Eduardo Lara Peniche, traduction Nicolas Quirion

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